2 Days in New York

Paru le La Lettre AFC n°218 Autres formats

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Je suis parti rejoindre Julie à New York un mois et demi après avoir terminé le tournage de Skylab avec elle. Nous avons enchaîné les tournages des deux films et nous voulions garder le même procédé de tournage en HD et d’enregistrement des datas.
Julie Delpy et Lubomir Bakchev, cadrant à l’épaule un plan de Chris Rock
Photo Jojo Whilden


Sur Skylab, la caméra était une Sony F 800 qui enregistre sur des prodisques et cela nous a permis d’avoir une solution de pré-montage surplace.
Pour 2 Days in New York, j’avais déjà entendu parler de la possibilité que l’Alexa de Arri soit disponible à la location (août 2010). Et après avoir vu des essais chez Studio l’Equipe à Bruxelles avec le producteur Christophe Mazodier, nous nous somme mis d’accord pour trouver cette caméra pour notre film. L’enregistreur ne fonctionnait pas encore à cette époque, mais cela ne m’a pas découragé car j’avais envisagé d’enregistrer avec un Nanoflash à 280 Mb 4:2:2 si il n’y avait pas d’autre solution.

Le début du tournage a été retardé de deux semaines, ce qui permit que l’enregistreur soit débloqué par Arri et nous avons utilisé le ProRes en 4:4:4:4.
Les essais que nous avons vus chez Studio l’Equipe représentaient un comédien noir assis à l’intérieur d’un café et un comédien blanc à l’extérieur appuyé sur le mur baigné de soleil. Il n’y avait pas un seul élément bouché ou cramé sur les visages des deux comédiens. Cela m’avait stupéfait. Julie a la peau très blanche à l’opposé de celle du comédien avec lequel elle allait jouer, Chris Rock. Je m’étais dis qu’un peu plus de latitude rassurerait tout le monde.

Aujourd’hui, je reviens un peu de cette fascination pour la latitude de 13 ou 14 diaphs. Nous avons fait l’étalonnage (avec Peter Bernard) avec le Rec 709 et nous avons cherché le Log C juste pour un plan. Je trouve même que le beau contraste d’un film se trouve dans une latitude de 4,5 diaphs ou 5, ce qui correspond à la latitude d’un positif. Je parle évidemment de la copie finale.
Le choix de l’Alexa pour ce film m’a paru bon. Depuis, j’essaie d’avoir cette caméra sur chaque film en attendant l’Aaton Penelope-Delta qui vient de pointer son nez au Micro Salon.

Tourner dans un autre pays n’est pas chose facile et aux USA encore moins. Je trouve que c’est beaucoup plus confortable de tourner toujours avec la même équipe car les habitudes s’installent et font que je peux me concentrer sur la lumière, la mise en scène et le cadre. Pour choisir l’équipe à New York, je me suis plus attaché au côté humain que professionnel. De toute façon tous ceux qui m’ont été présentés par la production là-bas avaient des CV à faire rêver.
J’ai un peu joué à l’opérateur naïf qui demande aux " gaffers " et aux " key grips " comment ils font des films en Amérique et j’ai écarté tous ceux qui m’expliquaient concrètement comment faire. J’ai gardé les deux qui m’ont dit que nous ferions comme j’aurai envie. J’ai compris un peu plus tard qu’ils travaillaient souvent ensemble.

Le " gaffer " que j’ai choisie, Nina, et toute son équipe, électros et groupman (ou plutôt groupwoman), étaient des filles. Avec les machinos aussi il y avait une fille. Elles faisaient toutes un travail exceptionnel et très pro. Je crois qu’en France, la parité chez les ouvriers n’est pas pour demain !
Il a été difficile pour moi de parler lumière avec le chef machino. J’ai mis peut-être deux semaines avant de m’habituer à séparer l’installation de la lumière et les coupes des faisceaux. C’est le chef machino qui installe les drapeaux, les mamas, les cinefoils, les calapaques... Du coup, au début je disais tout à Nina, comme à un chef électro en France, et je ne comprenais pas quand Rob (key grip) venait chercher de l’information sur la lumière. Mais au final, je trouve que ce n’est pas mal de faire cette séparation. Le clivage machino/électro n’existe pas, ils font la lumière ensemble. La dolly est conduite par le " dolly grip ", et il ne fait que ça. Du coup, sur notre film, je crois qu’il a lu au moins trois livres.

J’ai découvert les Chimera Strips sur ce tournage et depuis je les utilise tout le temps. Je sais qu’ils existent en France, mais moi je n’étais jamais tombé dessus avant.
Nous nous sommes posé la question de l’unité avec le film précédent (2 Days in Paris) tourné avec peu de moyens alors que cette fois-ci nous en avions beaucoup plus.
Mais l’univers de Julie est tellement fort rien qu’à la lecture du scénario, que je savais que cette unité existait déjà. Du coup nous nous sommes permis de moins utiliser la caméra à l’épaule qui dominait dans 2 Days in Paris.

Les plans aux ralentis sont faits avec une Phantom. J’ai également utilisé le Canon 5D MK2 pour un plan tourné pendant la Halloween Parade, et les quelques plans extérieurs de New York sont faits avec la Sony F3 équipée d’optiques photo Leica R. Avec l’Alexa, j’avais une série Zeiss Ultra Prime.

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