Disparition du directeur de la photographie Walter Bal

La Lettre AFC n°258

C’est bien tardivement que nous avons appris le décès du directeur de la photographie Walter Bal, survenu le 3 avril 2015. Il avait soixante-seize ans. Pierre-William Glenn, AFC, avec qui il a partagé de nombreuses aventures cinématographiques, évoque ci-après son souvenir.
François Truffaut, Walter Bal et Pierre-William Glenn sur le tournage d’"Une belle fille comme moi", en 1972
DR

Walter Bal, mon ami par Pierre-William Glenn, AFC
J’ai connu Walter Bal à l’IDHEC en 1965, il y a tout juste 50 ans... Il avait intégré l’Ecole en section Prise de Vues un an après moi. Hollandais, il avait dû passer ses baccalauréats en français pour tenter et réussir un concours, déjà très sélectif à l’époque.
Walter était né le 10 mai 1939 à Djakarta, il s’est éteint le 3 avril 2015 au Nicaragua. Comme en pourraient témoigner symboliquement ses lieux de naissance et de mort, du début à la fin, Walter est resté un aventurier inclassable, un homme singulier, original, à la fois très intelligent, polyglotte (il parlait couramment quatre langues), et en même temps volontairement fruste en refusant, presque caricaturalement, l’abstraction et l’intellectualité. Walter était exceptionnellement doué pour la prise de vues, il a été pour moi un 1er assistant formidable de 1967 à 1973 sur une dizaine de longs métrages avec René Gilson, José Giovani, François Truffaut, il a réalisé un film, Bobo Jacco, avant de partir au Canada.
Nos aventures communes incluent un documentaire sur les compagnies de mercenaires qui n’avaient pas d’existence légale à ce moment-là, Air America et Continental Air Services, opérant sur les arrières du Viet-Cong en 1974, un accident de moto très spectaculaire qui vaut à La Nuit américaine de très beaux faux raccords (Walter porte selon les séquences en continuité un pancho pour cacher son bras cassé dans l’accident survenu à la moitié du tournage), un séjour dans des lits jumeaux à l’hôpital pour maladies tropicales, d’où nous ne pensions plus jamais sortir vivants et où l’on a été incapable de diagnostiquer le mal qui nous avait atteint chez les Méos des hauts plateaux du Vietnam...

Notre amitié parle de cinéma, d’acteurs et d’actrices que nous avons aimés. Nous avons même figuré tous les deux, en 1967, aux côtés de Patrice Chéreau, de Marcel Marechal, dans le Trotsky de Jacques Kébadian. Notre amitié m’évoque nos rencontres cocasses avec Agnès Varda, avec Alexandra Stewart, avec Annie Girardot... Mais elle parle aussi de football (Walter jouait très bien à ce sport que je n’ai jamais pratiqué mais qu’il m’a fait aimer), de Velocette, de Norton et de Triumph, d’escalades et de chutes mortellement dangereuses, d’incendies où l’on perd tout ce qu’on possède (Walter est sorti miraculeusement indemne, en short, de sa maison en feu au Canada).
Elle est riche d’une compétition tennistique qui a duré près de 50 ans (Walter s’est entraîné quasiment jusqu’à sa mort pour devenir champion canadien des vétérans...) Il m’attendait tous les ans avec une raquette à l’aéroport de Montréal et venait me défier régulièrement pour des matches à Paris). Il est partit en Amérique pour y entamer une carrière substantielle de chef opérateur de longs métrages indépendants et de réalisateur de publicité grâce à la complicité de son compatriote producteur Peter Kroonenburg. Avec un humour particulier, mélangeant fiction et réalité, il s’est présenté comme chef de La Nuit américaine, ce qui était vrai d’une certaine manière puisqu’il y incarne brillamment ce rôle au côté de François Truffaut...

Walter était doué en tout, il savait écrire, dessiner, jouer de la musique, trop doué même puisque je pense que ses dons l’ont empêché d’une carrière plus glorieuse. J’ai appris tardivement sa mort, et c’est la raison de cette manifestation d’amitié tardive, par sa femme Josée qui l’a aidé fidèlement pendant les quarante ans de son exil américain. Josée vient de m’apprendre que ses cendres ont été enterrées sous un lilas dans le jardin de sa fille Alexandra, le 26 octobre. Gageons que les fleurs de lilas seront belles en 2016, comme Walter était beau, et que tous ceux qui l’ont pratiqué et fréquenté ne l’oublieront pas.