"Goha", de Jacques Baratier, projeté à Cannes Classics

Restauration par les Archives françaises du film du CNC en collaboration avec Diane Baratier, AFC

Comme chaque année, les Archives françaises du film du CNC présentent l’un de leurs travaux de restauration du patrimoine français. C’est un cinéaste rare, Jacques Baratier, réalisateur en 1967 du Désordre à vingt ans, qui est à l’honneur cette année, grâce au soutien de sa fille Diane. A noter que Goha, film présenté à Cannes en 1957 sous pavillon tunisien, est le premier film de Claudia Cardinale et qu’Omar Sharif, qui vint à Cannes pour la première fois avec Youssef Chahine, y apparaît sous le nom d’Omar Cherif.

Goha, personnage mythique propre à tout le bassin méditerranéen, se retrouve aussi bien en Egypte qu’au Liban ou en Tunisie sous différents noms. Ce film tourné en 1957, donne la vie à un Goha merveilleusement interprété par Omar Sharif. Dans ce film, Goha sous la plume de Georges Schéhadé est un pauvre garçon naïf et ignorant qui ne sait rien de la vie, un être qui ne raisonne pas et ne calcule pas ; il semble poursuivre son temps au lieu de travailler et de devenir un homme. Dans le voisinage de Goha habite un " savant " respecté et admiré par tous qui se nomme Taj El Ouloum, ce qui veut dire : Couronne des sciences !
Le plus sage et le plus fou se rejoignent dans un même dédain de ce qui est raisonnable...

Omar Sharif dans le personnage de Goha
DR


Il aurait été dommage que les négatifs de ce film se désintègrent et c’était bien ce qui été en train d’arriver. Ils étaient en trop mauvais état pour que de nouvelles copies soit tirées et il a fallu passer par le numérique pour qu’ils redeviennent comme avant. Le film a été sauvé par les Archives du Film Français au CNC, le ministère de la culture tunisien et l’Association Jacques Baratier. C’est l’équipe de Béatrice de Pastre orchestrée par Daniel Borenstein qui a fait la restauration. Bruno Patin, l’étalonnage chez Eclair Group, et Le Diapason, la restauration sonore.
Diane Baratier, AFC

Omar Sharif
Collection Cinémathèque française


Goha dans la presse
J’aime dans Goha une poésie, une fraîcheur, un humour et une qualité plastique, qui sont de rares vertus.

François Truffaut (Arts)

- Dans Goha, le film oriental de Jacques Baratier, je retrouve, sinon Ophüls, sinon Disney, du moins une odeur qui les rappelle, l’odeur de fée. Décrivant des êtres humains et des objets d’apparence normale, tous dans un pays musulman non daté ni situé, Baratier n’organise pas un album photographique criant de quotidien observable mais un monde oriental qui dégage tout le charme du légendaire et de l’illuminé, tel Gulliver à son heure et Lola Montès dans sa permanente gloire.

Jacques Audiberti (Arts)

- Il s’agissait pour Baratier d’aller plus loin même que la sincérité. D’où la gaucherie de ses plans fixes qui cherchent à fixer la simplicité les yeux dans les yeux et, par conséquent, à fixer la poésie que se précipite vers l’obturateur, tout comme l’alchimiste fixe une substance entre deux plaques de verre. Cette gaucherie n’est donc pas signe d’incompétence, mais de pudeur.

Jean-Luc Godard (Arts)

- Goha, film beau comme une légende des Milles et Une Nuits, film de notre temps bien qu’intemporel, est à la mesure exacte d’un orient réel et d’une poésie arabe dont la beauté restituée avec les moyens les plus simples du cinéma nous surprend et nous étonne avant de nous enchanter.

Jacques Siclier (Présence du cinéma)

- La poésie orientale, que jamais encore, ni peut-être notre littérature, n’avait rendu sensible, jaillit comme une source fraîche. Avec la collaboration de son opérateur Jean Bourgoin, Jacques Baratier est le chef d’orchestre de cette réussite. Il n’est point sûr qu’il l’ait entièrement contrôlée. Toute œuvre accomplie échappe à son auteur par quelque côté. La sagesse du metteur en scène fut de ne pas essayer d’ajouter par des effets formels à la poésie naturelle des visages et des paysages de Schéhadé.

Claude Mauriac (Le Figaro littéraire)

- Un travail fin, heureux, bruissant et soyeux. Des images simplement venues mais mystérieuses par un je ne sais quoi d’immatériel et de fragile, un conte qui s’entrelace et nous retient.
 Pour la première fois semble-t-il, le cinéma ouvre les portes des villes poétiques, que hantent des personnages nés du rêve. C’est une étrange mutation, celle des pierres, des arbres, des animaux et des hommes, vues par l’œil d’un perspicace et candide inventeur d’illusions heureuses.

Pierre Marcabru (Combat)

- Une absence de technique cinématographique se mêle ici à une simplicité concertée qui enchante. Goha est un film exceptionnel, insolite, merveilleux, en un mot, il s’agit d’un conte.

Paule Sengissen (Radio Cinéma Télévision)

  • Lire un article publié sur le site de la Cinémathèque française à l’occasion de la rétrospective des films de Jacques Baratier.