Independencia

de Raya A. Martin, photographié par Jeanne Lapoirie, AFC

par Jeanne Lapoirie

Raya A. Martin est un jeune réalisateur philippin très remarqué dans les festivals. Un hommage lui était consacré au dernier Festival du Réel. Ses films évoquent l’histoire de son pays sous des formes très expérimentales.
Jeanne Lapoirie l’a rencontré au Festival du documentaire de Marseille (FID) et a été séduite par son film Indio Nacional, un film en noir et blanc, muet, accompagné au piano. Après la lecture du scénario d’Independencia, elle accepte l’aventure d’un film entièrement tourné aux Philippines.

Qu’est-ce qui t’a plu dans ce scénario ?

Jeanne Lapoirie : C’est une histoire très touchante d’une mère et son fils qui s’enfuient pour échapper aux Américains qui ne reconnaissent pas l’indépendance des Philippines. Cela se passe au début du vingtième siècle et sur deux générations. Artistiquement, le projet me plaisait car il est vraiment atypique !
Le réalisateur voulait que son film ressemble à un film tourné à l’époque où se passe l’histoire, donc au début du cinéma. Il est quand même sonore, en noir et blanc. Je n’ai pas trouvé de caméra à manivelle avec de bonnes optiques, j’ai donc tourné avec une Arriflex et je faisais varier la vitesse constamment et très légèrement pour avoir des variations d’exposition. J’ai pas mal filtré avec des White Promist pour avoir de la diffusion dans les hautes lumières.

Le film est entièrement tourné en studio ?

Oui, à l’exception d’une séquence dite de documentaire. Tout est sur fond de toile peinte avec un mélange de vraies plantes, de faux arbres pour les extérieurs forêt qui constituent l’unique décor et une cabane construite dans cette forêt. L’idée était de styliser l’image au maximum avec des peintures qui ressemblaient aux photos de l’époque.
Les axes sont toujours frontaux, avec deux ou trois valeurs de plan pour chaque scène. C’était vraiment intéressant car j’ai fait tous les effets que l’on trouve dans la nature : pluie, vent, orage de nuit avec des éclairs, soleil…

Le décor d’"Independencia"

Et tout cela en peu de jours de tournage !

Oui, une semaine de préparation et quinze jours de tournage ! Mais là-bas, les journées de travail sont très longues, 15, 18 heures… Je prenais tous mes repas au studio, même le petit-déjeuner ! Et l’équipe était très importante ; ils étaient très nombreux à la déco, par exemple, ou à la machinerie… Les toiles pour les fonds ou les plantes étaient changées en un clin d’œil ! Ils sont très bons et efficaces techniquement.

Jeanne Lapoirie travaille actuellement au Luxembourg avec Sam Garbarsky, le réalisateur d’Irina Palm, qui tourne une adaptation de la très touchante bande dessinée Quartiers lointains de Jirô Taniguchi.

(Propos recueillis par Brigitte Barbier pour l’AFC)