L’Histoire d’une mère

Une nouvelle collaboration avec Sandrine. Presque vingt ans entre le tournage de son premier film et celui-ci. Mais toujours la même envie chez elle de recréer son propre univers, son monde tel qu’elle le voit, la famille (grande ou réduite), plutôt dans une campagne, assez isolée.

Même si je fais "mon chemin" de mon côté (de plus en plus dans d’autres pays d’ailleurs) et que nous nous voyons assez peu finalement en dehors de ses tournages, mon engagement vis-à-vis de Sandrine reste le même, nous nous entendons, nous nous comprenons. En tant que réalisatrice, elle a toujours la même attitude vis-à-vis de moi : s’appliquer dans les mouvements de caméra, ne pas faire une lumière injustifiée, où elle pourrait avoir l’impression que je me fais soudainement "plaisir" et que je puisse sortir de ce que nous avions convenu. Elle est le genre de réalisateur(trice) à être très vigilante sur ce point, et je pense qu’elle n’a pas tort.

La lumière vient des décors – lampes sur une table de chevet ou plafonnier présent dans le cadre… Nous aimons chacune les ambiances en pénombre, les intérieurs peu visibles avec une lumière qui traverse les fenêtres et met les personnages un peu en contre-jour.
Une caméra qui devient très subjective à des moments, en alternant avec des plans sur pied.
Un rendu "HD" qui est toujours difficile à admettre pour Sandrine car le Super 16 mm a été plutôt notre choix antécédent de prédilection. Nous avions tourné auparavant une série de courts métrages avec Jeanne Moreau, et l’œil de Sandrine s’était déjà habitué plus ou moins à ce qu’elle redoutait, à savoir le rendu de la HD. Donc des filtres pour atténuer la définition, et surtout pendant l’étalonnage adoucir l’image le plus possible dans ses contours.

Des scènes de nuit dans le scénario qui étaient impossibles à faire, financièrement parlant. Nous avons opté pour des effets "fin de jour/début aube" lors des plans de rêve, pour les visions nocturnes du personnage.
De toutes façons, nous n’avions pas d’autres choix : une Sony F5 avec son boitier RAW. Image la moins contraste possible en prise de vues, puis assombrie à l’étalonnage en laissant les visages visibles (attention à la montée de grain), et les fond assombris : "le principe de base" en quelque sorte, et cela pouvait correspondre à ce que nous recherchions pour l’aspect "imaginaire/rêve" dans le film. Dans une réalité narrative plus classique, nous aurions dû opter pour d’autres méthodes, mais plus chères en fabrication.

Car notre budget était très faible (malheureusement), vingt-cinq jours de tournage et une équipe par conséquent bien réduite également. Et tous les jours, avoir l’impression d’inventer une atmosphère, d’être au top de nos possibilités (physiques et cérébrales).
Heureusement que notre complicité faisait que nous pouvions aller vite, directement vers ce que nous cherchions… car nous n’avions pas le temps de chercher, il fallait trouver de suite, une mise en place qui soit juste, la lumière qui devait aller avec, ajuster le décor qui est toujours lié à l’atmosphère lumineuse (merci à Annette, la sœur de Sandrine, qui avait toujours de quoi arranger les choses, un tissu sur une fenêtre ou jeté rapidement sur une lampe devenue gênante) et que toute l’équipe soit "sur la même page" lorsque nous filmions des plans plus longs et plus compliqués, souvent tournés à l’épaule d’ailleurs.
Et ne pas hésiter à mettre quelques couleurs par ci par là sur les projecteurs afin de rendre aussi l’image plus "intéressante", dans son rendu, plus "riche visuellement" (discrètement bien évidemment, pour ne pas basculer dans le "trop"). Nous courrions après le "ne pas faire pauvre et ennuyeux". Donc aussi se "dépêcher" à faire plus de plans, pour donner au maximum de la matière au montage.

Pour que Sandrine ne s’ennuie pas pendant les installations techniques, nous lui avions configuré une Sony F3 – avec enregistreur à part pour obtenir le rendu log –, qu’elle pouvait utiliser seule à l’épaule pour aller filmer en plan serré une toile d’araignée dans la grange, un ciel qui s’obscurcit, un insecte sur une branche, un chat dans un coin, tout ce qui pouvait donner un univers de regard un peu décalé, venant de l’enfant (muet).
Mais finalement, ces plans ne sont pas restés au montage, son propre carnet de notes visuels ne pouvant s’intégrer si facilement au reste du film (texture, vision).

L’Histoire d’une mère a été tout de même à la limite du système, financièrement, et à la limite de notre travail et de notre implication. Et sans l’engagement total de l’équipe (réduite certes mais très efficace), je pense qu’il était impossible de faire cela. Je ne pourrais donc que remercier très chaleureusement Marianne, Laurent, Ahmed et Lucien et Guillaume. Et une pensée pour Théo. Et la même chose pour l’étalonnage, merci à Aurélie et Philippe.

Portfolio

Équipe

Assistant opérateur : Laurent Coltelloni assisté de Lucien Burger
Chef électricienne : Marianne Lamour, assistée de Guillaume Lemaître
Chef machiniste : Ahmed Zaoui

Technique

Matériel caméra : Tigre (Sony F5 avec boîtier RAW, série Cooke S4)
Electricité : EyeLight
Etalonnage : Cosmodigital (Philippe Perrot)
Etalonneuse : Aurélie Laumont