L’éditorial de la Lettre de novembre 2009

par Caroline Champetier

par Caroline Champetier La Lettre AFC n°192

A elle seule, la soirée d’ouverture du Festival international de Tokyo où
j’étais membre du jury aux cotés d’Alejandro Inarritu (président) de Mieko Harrada, Jerzy Skolimowski, Yoo Ji Tae et Masamichi Matsumoto, pourrait être le sujet d’une réflexion approfondie sur la représentation du monde dans l’art cinématographique aujourd’hui.

Deux films nous ont été projetés : Océans de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud sur lequel nous reviendrons longuement quand il sortira en France et des extraits (quatre fois dix minutes) d’Avatar de James Cameron. Océans est une somptueuse fresque faisant appel aux techniques de notre époque hybride, prises de vues argentiques et numériques, machines conçues pour chaque type de séquence, étalonnage numérique orchestré par les metteurs en scène eux-mêmes.

Ce soir-là, à Tokyo, la projection en 35 mm a plongé la salle dans une émouvante méditation poétique et politique.
L’inconnu de notre monde nous y était offert avec une intégrité où la place des metteurs en scène (il n’est pas anodin qu’ils aient été deux) reste celle d’êtres humains conscients du monde où ils vivent et soucieux d’en témoigner.
La compile d’Avatar (un dessin animé 3D produit sur de fantastiques ordinateurs conduits par les mouvements d’acteurs réels) nous a quant à elle, littéralement projetés dans un autre espace. Ce puissant appel du vide, au propre et au figuré, la 3D exultant véritablement face à l’imminence de l’abîme et à la sensation de vertige, ne serait-il pas en fait un déni du monde tel qu’il est et tel que nous avons à en rendre compte ? Les milliers de films à faire encore en 2D pour comprendre les mécaniques humaines sont-ils dépassés, par qui, par quoi ? Que des penseurs de la représentation nous répondent, " Avatar Enter the World ".

"Enter the World Avatar"
Façade japonaise, 2009

Post scriptum : La projection stéréoscopique dans la grande salle du festival se faisait sur un écran standard d’une vingtaine de mètres de base. Le système utilisait des lunettes " actives "(électronique embarquée commandée par infrarouge depuis le projecteur) laissant alternativement passer l’image vers l’œil gauche puis l’œil droit. Parfaitement compatible avec les écrans de projection 2D, ce système paraît préférable aux dispositifs à lunettes " passives " (filtre polarisant de sens opposé sur chaque œil) qui imposent l’installation des malfamés écrans " silver " concentrant la visibilité optimale sur les rangs médians de la salle. (La CST bataille valeureusement sur ce sujet, espérons que notre tutelle l’entende).