La Possibilité d’une île

The Possibility of an Island

Paru le La Lettre AFC n°179 Autres formats

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Ce film de Michel Houellebecq, je l’ai fait enceinte, ou plus précisément nous l’avons fait à deux (à l’image) parce que j’étais enceinte.
Je connaissais Michel depuis le tournage d’un court métrage, notre première collaboration, et il était prévu de longue date, du moins dans l’esprit de Michel, qu’il y aurait un long. Le chemin pour y arriver fut difficile…

Puis il y eu ce livre et enfin son adaptation par l’auteur lui-même.
Vu mon état, j’acceptais de faire la préparation et une partie du tournage, et Eric Guichard me remplacerait pour le passage en studio à la moitié du tournage.
Tout le film se passant en Espagne et à Lanzarote, y compris le studio.
Ma collaboration consistait donc à tourner la plus grande partie des extérieurs et quelques scènes à Benidorm.
Voilà, bon…

Tourner avec Houellebecq n’est pas si simple, ou plutôt c’est un exercice très différent d’un tournage classique. Michel, comme écrivain, a l’habitude de travailler seul et n’ayant que très peu d’expérience de tournage, il a développé au court du film sa propre façon de travailler.

Benoît Magimel et Michel Houellebecq
sur le tournage de La Possibilité d’une île
© Photo Eric Guichard

Beaucoup de repérage, nous filmions beaucoup les décors, je proposais des idées de plans, il montait ces repérages sur son ordinateur le soir, y retournait une autre fois réessayait, remontait, cherchait un langage cinématographique. Evidemment, le peu de temps de préparation limitant un peu ses recherches.

Il voulait trouver tout lui-même, et aurait voulu pouvoir prendre beaucoup plus son temps, comme quand on écrit un livre, il déteste l’improvisation, refuse de tourner le plan qui, sur le moment, lui paraîtrait inutile, même les contrechamps de l’acteur principal par exemple. Comme si celui-ci voyait et n’avait pas besoin d’être vu. Mais il a aussi une intelligence exceptionnelle, une rapidité de compréhension, une pensée hors du commun, une personnalité très particulière, c’est un homme charmant, mais très réservé sur son travail, sur sa démarche, qui n’a pas envie de faire part de ses questionnements, qui ne parle que quand c’est totalement nécessaire.
Une expérience très particulière donc.

Benoît Magimel
La Possibilité d’une île
© Photo Eric Guichard

Nous avancions un peu à l’aveuglette, acteurs compris, ce qui n’a pas toujours été simple.
Puis il y a eu l’intervention d’Eric Guichard, il faudra qu’il en parle lui même. Moi j’ai eu mon bébé. J’ai revu Michel à la fin du tournage, exténué, frustré du manque de temps au tournage, pas prêt apparemment à renouveler l’expérience.
Puis silence total.

Un jour Mathilde, de chez Eclair, m’appelle pour me proposer que l’on visionne ensemble le montage, qu’elle puisse commencer à étalonner une première copie. J’appelle Michel pour lui proposer de venir et d’y aller même seul, étant, moi, en tournage. Ravi, il y va, je lui propose de m’appeler pour me raconter comment ça c’était passé, pas de nouvelles. Il a fait son truc tout seul ou presque, j’ai dû voir une fois une copie. La continuité du tournage en quelque sorte.
J’ai fini par voir le film quasi terminé, l’étalonnage était correct, je crois que les effets spéciaux, c’est aussi lui presque seul qui s’en est occupé (effets faits en Allemagne), le tout pas si mal… le film assez spécial… à voir…

Benoît Magimel dans la maison de Daniel 25
La Possibilité d’une île
Proposition d’étalonnage
© Photo Eric Guichard

Tourné en Scope anamorphique, Kodak, développement à Madrid, tirage et copies chez Eclair.
Produit par Mandarin.

Clonage de Daniel 25
La Possibilité d’une île

Technique

Pellicule : Kodak
Développement négatif : Madrid
Tirage des copies : Laboratoires Eclair