La caméra Origin de Dalsa, de Montréal à Beaune

par Rémy Chevrin et Eric Guichard

A l’occasion des 14es Rencontres cinématographiques de Beaune, nous avons pu passer un moment avec le producteur québécois François Leclerc, l’un des initiateurs, avec notre confrère québécois Daniel Vincelette, du projet Le Gant, premier film court tourné avec la nouvelle caméra numérique non compressée Origin de Dalsa.

Entouré, entre autres, de cinq opérateurs québécois de renom (John Berrie, CSC, Eric Cayla, CSC, Serge Desrosiers, CSC, Pierre Mignot et Daniel Vincelette, CSC) et du 1er assistant opérateur Michel Bernier, le réalisateur Kim Nguyen a tourné au mois de février pendant cinq jours ce court métrage dans de réelles conditions de tournage : scènes de nuit, de jour, intérieurs jour et nuit dans des décors naturels, situation de froid extrêmes, etc., bref un panel de situations qui permet de juger des qualités réelles de cette caméra.
Notons cependant que pour enrichir le test, l’ensemble des prises de vues a été effectué en doublon, puisqu’une caméra 35 mm classique était couplée à l’Origin sur une même plateforme.

Travelling dans une rue de Montréal lors du tournage du "Gant" (en arrière-plan, la cathédrale Christ Church)

L’Origin est en fait une caméra développée par la société Dalsa située à Waterloo (Canada anglophone) : cette entreprise est spécialisée principalement dans le domaine des capteurs CMOS en application dans la photographie mais aussi dans les domaines militaire, médical et aéronautique (NASA).
Elle est fabriquée par une petite équipe d’une dizaine de personnes, au sein même de la société dans l’Ontario. Dotée d’un capteur de 8 Mpixel, équipée d’une visée optique reflex P-S Teknik, elle tourne à une vitesse de 0 à 50 i/s et accepte des objectifs 35 mm en monture PL.

Eric Cayla, CSC, directeur de la photo

François Leclerc insiste sur plusieurs points remarquables :

  • Performances indéniables de la captation d’images, de la qualité de la définition et du rendu des couleurs
  • Grande restitution de la carnation
  • Visée reflex avec du hors champ
Pierre Mignot, directeur de la photo, et Michel Bernier, assistant opérateur

La caméra souffre malheureusement de quelques défauts :

  • Poids très inadéquat à la manipulation, environ 35 à 40 kg- Sensibilité du capteur donnée pour 64 ISO. Cependant les ingénieurs de Dalsa affirment travailler sur un capteur dont la sensibilité passera à environ 320-400 ISO dans les mois qui viennent.
  • Réglage du gain de 0 à +5 db
  • Enregistreur externe (R2D2) encombrant, nécessitant 17 disques durs et proposant 50 minutes de rushes qui doivent être sauvegardés le soir même.
Daniel Vincelette, CSC, directeur de la photo

Le problème majeur, lui, se retrouve au moment du traitement des images après disque dur.
Aux dires de François Leclerc, l’ensemble de la postproduction (suivie au Québec par René Villeneuve et effectuée chez Eclair sous la responsabilité de Philippe Soeiro) a été freinée par les difficultés de caler les logiciels de Discreet sur la somme gigantesque d’informations à traiter.
Plusieurs essais ont été nécessaires pour réussir à convertir l’ensemble des informations sur les stations de traitement des images (Luster ou Inferno), la difficulté majeure étant le passage du 4K 16 bits en 10 bits sans perte de qualité.

Il est à noter que l’altération visible de l’image du film n’est dûe qu’au traitement des informations après tournage et non à la captation de très haute qualité de cette image (quelques effets de pompage viennent d’un défaut de synchronisation entre les HMI et la caméra - ce problème étant aujourd’hui résolu).

Les comédiens Silvio Orvieto et Anne-Marie Cadieux

Cependant, les travaux récents laissent présager de gros progrès sur la restitution 35 mm.
Nous avons appris que, dès la mi-janvier, Dalsa mettra sur le marché cinq caméras et qu’il est prévu d’ores et déjà un tournage IMAX 3D avec deux caméras Origin synchronisées pour le milieu de l’année prochaine.

Serge Desrosiers, CSC, directeur de la photo

L’enthousiasme du producteur François Leclerc nous laisse à penser qu’il est nécessaire de partager l’ensemble des expériences de tournage et de postproduction pour faire progresser ces nouvelles technologies.
Il ne restera qu’à produire des projecteurs numériques 4K et la chaîne sera bouclée !

N’oublions pas que ces recherches, développées par Dalsa et son équipe ainsi que par tous les techniciens de tournage et de postproduction, représentent en fait un " work in progress " où chacun apporte son expérience et sa technologie afin de nourrir ce projet.