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La pellicule 35 mm Kodak sert un choix naturaliste et offre et un rendu exquis à ‘’L’Avenir’’

Entretien avec Denis Lenoir, AFC, ASC

mardi 21 mars 2017 - Modifié le 21/03

Le film écrit et réalisé par la Française Mia Hansen-Løve, et dans lequel Isabelle Huppert Voir Isabelle Huppert dans l’index tient le rôle principal, dépeint la vie d’une professeure de philosophie qui traverse une période difficile. Librement inspiré de la vie de la propre mère de sa réalisatrice, le film pose des questions philosophiques sur le radicalisme, la révolution, la foi ou le vieillissement. Isabelle Huppert Voir Isabelle Huppert dans l’index a été honorée pour son jeu sobre et élégant par les prix des critiques de Londres, Los Angeles et New York.

« L’histoire semble être terriblement mélancolique et minimaliste, mais il y a tant de vie dans le personnage de Nathalie, incarnée par la touchante performance d’Isabelle et habilement dirigée par Mia, que les épreuves qu’elle traverse se transforment en énergie positive et enthousiaste. », nous dit Denis Lenoir
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, AFC, ASC, maître de la photographie cinématographique, et pour qui L’Avenir marque un retour à la pellicule après six ans de séparation.

« Je connais Mia depuis longtemps. J’avais tourné Eden pour elle en numérique, elle n’avait pas été satisfaite du résultat, et voulait retourner au film. L’Avenir est plein de sous-entendus et Mia voulait lui donner une esthétique naturaliste. Pour être honnête, j’étais réticent à m’éloigner du numérique car je n’avais pas utilisé le film depuis 2009. Je me demandais si j’allais me souvenir comment faire et à quoi ça allait ressembler. Mais comme je voulais absolument travailler avec Mia, j’ai relevé son défi. »

© Ludovic Bergery

Afin de respecter la chronologie des saisons, les prises de vues principales ont été tournées en juin et juillet 2015 et en novembre et décembre en bord de mer à Saint-Malo et au Mont Saint-Michel, près de Valence, dans le Vercors et à Paris.
« Tout au long de ma carrière, et pour des raisons pratiques et logistiques, j’ai essayé de n’utiliser qu’une seule émulsion, la plus sensible possible, sur la plupart des tournages. Compte tenu de la variété de décors et des différentes scènes, de jour, en intérieur, de nuit, dans L’Avenir, j’ai fait le choix de la Kodak
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Vision 3 5219
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 500T. C’est une émulsion que j’adore et que je connais bien. Elle a une dynamique extraordinaire, et je savais que je pouvais la contrôler par l’éclairage, l’utilisation de filtres et l’exposition, et couvrir tous nos besoins. J’aime avoir un beau négatif bien dense, et j’ai décidé dès le départ de la poser à 400 ISO. »

Pour éviter d’éventuelles associations malheureuses, Denis Lenoir
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a réalisé des tests impressionnés de différents objectifs, en aveugle, afin de déterminer lesquels offriraient le rendu naturaliste souhaité par Mia Hansen-Løve, à la condition qu’ils ouvrent à 1.4 et soient suffisamment légers pour travailler à l’épaule, Denis opérant lui-même. Les tests ont amené le directeur de la photo à choisir les focales fixes Leica
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Summilux
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et différentes combinaisons de filtres Tiffen Black Pro-Mist et Soft FX, pour s’adapter aux différentes conditions et neutraliser les problèmes de flare.

© CG Cinéma

Le style esthétique de L’Avenir a autant fait appel aux talents diplomatiques que créatifs de Denis. « Mia s’intéresse beaucoup à la lumière et a des préférences esthétiques pour ses films. Sur cette production, elle avait exprimé un désir particulier de réalisme. Cela dit, Isabelle Huppert
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a aussi un point de vue sur l’esthétique de sa lumière, qui était un peu différent de celui de Mia. Elles sont toutes deux des femmes brillantes et fortes, et avaient toutes deux raison. Ce n’était pas un film à arroser de HMI, et certainement pas une grosse production hollywoodienne policée. Pour respecter leurs choix, je savais qu’il y avait un terrain intermédiaire qui leur apporterait à toutes deux satisfaction. »

Pendant le tournage, l’approche de l’éclairage s’est concrétisée par l’utilisation de lampes déco, de petites sources discrètes qui renforcent la lumière naturelle et de softlights portés à la main par le chef électricien en fonction de l’action.

« Finalement, je me suis retrouvé à éclairer de la même façon que je le fais en numérique, avec une quantité réduite de matériel. Mais c’était en film, et j’ai adoré ça. », dit-il, enthousiaste. « Avec la combinaison de l’éclairage, des optiques, des filtres et de la pellicule, j’ai pu trouver le "sweet spot" qui leur plut toutes les deux, et nous avons tourné des images très élégantes. »

© Ludovic Bergery

Denis Lenoir
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indique qu’il a été particulièrement impressionné par les capacités dynamiques de la 500T, et pense à une scène en particulier – lorsque Nathalie rentre chez elle après quelque temps à la campagne – pour laquelle il a poussé la pellicule à ses limites.

« Mia voulait que la scène soit sombre, les volets métalliques fermés. », explique-t-il. « Mais j’ai remarqué qu’il y avait des trous dans les volets, qui laissaient passer la lumière du jour. Renforcer cet effet grâce à des projecteurs additionnels à l’extérieur a créé une ambiance amusante de rayons et de points de lumière dans l’appartement. Finalement, la scène était sombre, mais elle avait aussi de charmantes hautes lumières, qui ont été parfaitement enregistrées par la 500T. Le film n’écrête pas les hautes lumières, même surexposées, et en postproduction, on peut aller chercher des valeurs dans les hautes lumières pour faire ressortir des détails. »

Il atteste aussi de la redécouverte de la puissance du grain dans l’image filmée. « Le grain est un outil créatif qui est présent naturellement en film. On peut accentuer l’effet de grain avec l’exposition, l’éclairage et la densité de couleurs. Bien sûr, nous avions peu de marge de manœuvre en ce qui concerne le grain et le contraste sur L’Avenir, mais même cette légère touche apporte quelque chose d’organique à l’image. Quand on essaye ça en numérique, l’image prend du bruit.
En postproduction, personne ne va demander quelle quantité de bruit vous voulez, mais vous poser la question du grain. Bien sûr, on peut ajouter du grain numérique en postproduction, mais je ne suis pas très fan du procédé car je ne trouve jamais ça satisfaisant. Mia avait ajouté du grain sur Eden mais elle n’a pas aimé le résultat. Si vous voulez du grain, adoptez la pellicule, dès le départ.

« Je ne suis pas du genre à dire que je ne tournerais plus jamais en film. Au contraire. Mon expérience sur L’Avenir, avec de grandes performances artistiques, dirigées par une excellente réalisatrice, captées sur pellicule, en utilisant très peu d’éclairage, dans une large variétés de situations, en intérieur et en extérieur, a été très agréable. Et le résultat est tout simplement exquis. Mon Dieu, pouvez-vous obtenir cela aussi facilement en numérique ? Je ne le crois pas ».

https://www.youtube.com/watch?v=ytFfNrliAzg

- Lire l’article original, en anglais, sur le site de Kodak
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US.

(Traduit de l’américain par Laurent Andrieux
Voir Laurent Andrieux dans l’index

pour l’AFC)


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