Le chemin de Jean-Jacques Bouhon vers la lumière

Par Marc Salomon, membre consultant de l’AFC

La Lettre AFC n°280

J’ai connu Jean-Jacques Bouhon en 1981, dans une école privée où il venait nous encadrer (en alternance avec Jean-Noël Ferragut) sur des exercices de tournage en Super 16, sous forme de petits courts métrages. C’était pour nous le premier et unique contact avec la réalité du travail de prise de vues où notre "soif de pellicule" se confrontait enfin aux contraintes de la mise en scène et des décors.

C’est bien avec Jean-Jacques que nous avons commencé à entrevoir la place du chef opérateur, la rigueur et la souplesse, le savoir-faire et les prises de risque, la préparation et l’improvisation.

Nous nous sommes vraiment retrouvés en 1993 sur le tournage de Waati, de Souleymane Cissé, Jean-Jacques directeur de la photo et moi au cadre. Je nous revois débarquant en catastrophe à Abidjan un dimanche soir pour retrouver une équipe sur place depuis deux semaines mais en stand-by après le départ du chef opérateur russe. Un tournage difficile pour de multiples raisons sur lequel Jean-Jacques ne ménagea pas sa peine, entre les séquences avec un lion déambulant en sous-bois et de nuit au milieu des figurants (sous le contrôle malgré tout rassurant de Thierry Le Portier), les scènes tournées sous la chaleur torride ou les tempêtes de sable du désert aux environs de Tombouctou et le matériel soumis à rude épreuve (quand il ne restait pas bloqué à l’aéroport...) ce qui l’obligea souvent à recourir au système D en s’appuyant sur son expérience et sa maîtrise technique infaillible. Je ne m’étendrai pas ici sur les rapports parfois tendus avec la mise en scène, sinon pour témoigner que Jean-Jacques avait constamment à cœur de maintenir le cap, au service du film, car il n’était pas du genre à baisser les bras pour se "débarrasser” d’un plan.

Depuis plusieurs années, nous nous retrouvions régulièrement à La fémis où nous avions toujours plaisir à partager nos points de vue sur ce métier, son histoire et son évolution. Jean-Jacques restait curieux et attentif à toutes les nouveautés technologiques, s’interrogeant sur ce qu’elles apportent tout en restant vigilant à ce que les progrès techniques ne deviennent pas l’alpha et l’oméga de l’image cinématographique et fassent perdre de vue l’essentiel : une image au service d’une histoire.

Jean-Jacques Bouhon, en pirogue sur le Niger en mars 1993
Photo Marc Salomon

Cher Jean-Jacques, j’aimerais aussi garder de toi cette image au Mali, lorsque dans les rares moments de détente, tu rapiéçais un pantalon sur une pirogue descendant le fleuve Niger, car dans ton sac, entre la Spectra, le spotmètre et le thermocolorimètre, il y avait aussi le kit de couture du parfait voyageur professionnel prévoyant.
Aujourd’hui tu as franchi un autre fleuve vers une autre rive où, sans aucun doute, tu poursuis ton chemin vers la lumière.