Le directeur de la photographie Armand Marco, AFC, s’en est allé

La Lettre AFC n°262

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Le faire-part annonçant la disparition d’une connaissance amie de longue date nous prend bien souvent au dépourvu : on s’en veut par contrecoup de n’être pas venu plus tôt aux nouvelles. Celle de la disparition d’Armand Marco, membre de l’AFC, survenue samedi 20 février 2016 à l’âge de soixante-dix-sept ans, à Yerres, a attristé bon nombre d’entre nous. Armand fut l’un des piliers de notre association de longues années durant.

Ce n’est en effet pas peu de dire qu’Armand Marco a été un membre "actif" de l’AFC ! Et ce depuis mars 1995. Dès janvier 1996, il siège au conseil d’administration, s’investit dans Imago – la fédération européenne des directeurs de la photographie – à partir de 1997, représente la même année l’AFC à MadridImagen – éphémère festival international de l’image mis sur pied par nos confrères espagnols – et par la suite dans de nombreuses réunions à travers l’Europe, est membre du bureau de l’AFC à partir de 2002, accomplit un important travail sur l’ouvrage Making Pictures : A Century of European Cinematography, publié par Imago en 2003, fait partie du comité de rédaction de la revue Lumières, les cahiers AFC pour ses numéros 3 (2009) et 4 (2011). Et ce n’est qu’un résumé…

Né en Algérie en 1938, Armand arrive en France en 1958, se forme à l’image de cinéma sur les bancs de "Vaugirard" (aujourd’hui ENS Louis-Lumière), d’où il sort en 1962. Il assiste Claude Lecomte en 1965, puis Quinto Albicocco, Willy Kurant et surtout Alain Levent, avec qui il passe au cadre en 1968.
Ses débuts en tant que directeur de la photographie datent de 1970 et sa carrière se poursuit jusqu’en 1997. Il aura croisé sur sa route des réalisateurs à la palette narrative aussi variée que Sylvina Boissonnas, Jean ­Valère, Jean-Luc Godard, Michèle Rosier, Claude Faraldo, Jean Eustache, Armand Gatti, Miklós Jancsó, Raoul Peck, alternant fictions, documentaires, courts métrages et films pour la télévision.

Par-delà de son travail, nous garderons en mémoire, lors de nos réunions auxquelles il mettait un point d’honneur à assister, sa voix grave et posée, son visage aux yeux rieurs et au sourire enjôleur, ses réflexions approfondies et justes, ses mots pesés, laissant son ego de côté, remettant de temps à autre à l’heure, mais toujours à bon escient, des pendules que le tourbillon de certaines de nos activités avait parfois tendance à emballer. La transmission de son savoir, en intervenant à La fémis ou ailleurs, a été de tout temps l’une de ses préoccupations.
La maladie et la disparition de sa compagne l’avaient profondément et durablement affecté, l’éloignant de nous au fil des mois. Les toutes dernières tentatives pour le joindre étaient restées sans réponse.
Au regard de son entourage, Armand était un être solaire. Il s’en est allé, ­laissant à petit feu s’éteindre sa lumière intérieure. Il va nous manquer, à tous et à chacun.

Au nom de ses directrices et directeurs de la photographie, l’AFC présente à sa fille Cécilia, à son frère Guy et à sa famille ses sincères condoléances.

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Post scriptum ou la solitude du chef opérateur de fond… par Jean-Noël Ferragut, AFC
Il est des coïncidences et des similitudes que l’on ne peut s’empêcher de relever. Alors que nous recherchions, en septembre 2015, une photographie pour mettre en couverture de La Lettre n°256 faisant part du décès de Paul Bonis, Sylvie Zucca nous mettait en contact avec le photographe de plateau Jean Ber. Celui-ci nous soumettait une belle image de Paul, seul dans un couloir étroit de chambres de bonne, le visage et le regard tournés vers la lumière provenant d’un vasistas.
De nouveau à la recherche d’une image d’Armand à mettre en couverture de cette Lettre-ci, parmi les photos de tournage sur lesquelles il figurait au travail et à la caméra, une en particulier nous a paru évidente parce que somme toute assez inattendue, une photo où il est au pas de course, seul dans une ruelle étroite, cellule à la ceinture et verre de contraste ballotant contre sa poitrine. Cette photographie est elle aussi signée Jean Ber, double coïncidence !