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Le documentaire s’inquiète de sa définition, de sa place et de son avenir

par Isabelle Regnier

samedi 1er mai 2004 - Modifié le 14/08

La décision du tribunal administratif de Paris du jeudi 11 mars concernant la nature de l’émission Popstars (" Le Monde " du 25 mars) a été perçue comme la première bonne nouvelle depuis longtemps ; cette émission ne pourra pas être qualifiée de " série documentaire ", ce qui lui interdit l’accès au Cosip (fonds de soutien du CNC
Voir CNC dans l’index

au documentaire). En novembre 2001, le Conseil d’Etat avait confirmé un avis du CSA reconnaissant à cette émission la nature d’Suvre audiovisuelle, l’inscrivant ainsi dans les quotas de diffusion de M6.

Telle qu’actuellement définie par un décret de 1990, la notion d’" œuvre audiovisuelle " désigne une émission constituée pour moins de 50 % de plateau, et ne relevant pas d’un certain nombre de genres. Y appartiennent les magazines d’information comportant moins de 50 % de plateau ; ces derniers représentent, selon Jacques Peskine, président de l’USPA, 80 % des quotas de Canal+ et 60 % de ceux de M6.

Depuis dix ans, avec l’arrivée des chaînes thématiques et de France 5, le nombre d’heures de documentaire produites a explosé (+ 240 % depuis 1997, selon le rapport Schwartz). Jean-Marie Barbe, directeur des Etats généraux du documentaire de Lussas, ou encore Sophie Goupil, présidente du jury de la Procirep, organisme d’aide sélective au documentaire, soulignent toutefois que le nombre de documentaires dits de création reste constant. Ils sont de moins en moins soutenus par les chaînes hertziennes et, désargentés, n’attirent plus non plus les acheteurs étrangers. La réforme de l’intermittence leur donne un coup supplémentaire, puisque les Assedic apportaient officieusement des millions d’euros en production chaque année. La réforme du Cosip aussi, qui va exclure de son champ une partie de la production et réduire globalement le taux du soutien.

Le Groupe du 24 juillet, soutenu par le Syndicat des producteurs indépendants (SPI) et de nombreuses autres organisations professionnelles, propose aussi d’intégrer à l’assiette du Cosip les recettes annexes des chaînes (SMS, numéros de téléphones payant...). Celle-ci est actuellement calculée à partir des recettes publicitaires, mais aussi de la redevance et d’une partie de la taxe vidéo, qui ne participent pas à l’accroissement du chiffre d’affaires des chaînes. Autres demandes : que les films les moins financés bénéficient d’une prime de qualité après réalisation, qu’un fonds sélectif soutienne la création indépendante, que les chaînes publiques soient obligées de diffuser une partie des films sélectionnés.

Entre-temps, des initiatives spontanées se mettent en place pour diffuser du documentaire sur Internet, en DVD (doc.net), et dans des lieux alternatifs.
(Isabelle Regnier, Le Monde, 2 avril 2004)


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