Dans un premier temps, faire abstraction de mes goûts et séparer, tant que faire se peut, le fond de la forme.
Puis, à l’aune de mes expériences professionnelles, déceler les vraies prouesses techniques des facilités qui flattent l’œil et l’oreille.
Les projections se succèdent à un rythme soutenu ce qui ajoute l’inévitable écueil des cruelles comparaisons à la difficulté de l’exercice.
Très vite me sont apparus trois catégories de films : ceux techniquement passables, ceux techniquement intéressants, voire très bien faits et ceux dont la technique est intimement liée à l’œuvre, fait partie du récit, devient acteur aux côtés des comédiens.
Dans cette catégorie deux ou trois films retinrent mon attention, puis l’un d’eux a su, à mes yeux et à mes oreilles, incarner le mieux cette osmose : Biutiful de Alejandro Gonzàles Inàritu.
L’image de Rodrigo Prieto, dont nous avions vu le travail trois jours avant, si différent dans le film de Oliver Stone, apporte une force et un réalisme de documentaire à ce drame humain sur fond de drame social, mais avec pudeur et retenue, sans voyeurisme ni complaisance, alternant images crues et violentes de l’horreur journalière et ambiances intimes, voire joyeuses.
Mais c’est la bande son qui a le plus retenu mon attention. Des directs (servis par des acteurs remarquables), une richesse et une intelligence du montage son, des idées à chaque séquence, un mixage sachant, comme l’image, alterner violence (mais pas agressivité) et douceur, cris et chuchotements (compréhensibles).
Il y a des plans sonores intelligents, des voix magnifiquement traitées (et pas maltraitées), des bruitages efficaces mais pas lourds, des prouesses techniques ; un exemple : faire passer des voix compréhensibles au travers d’une musique de boîte de nuit mesurée dans le Grand Théâtre Lumière à 107 dB !)
Un son au service du film qui apporte des informations au même titre que l’image, le texte, le jeu, la réalisation. Sans jamais se mettre en avant et tout en restant à sa place.
Bien évidemment cela passe par la qualité de tous les intervenants de la chaîne son, et particulièrement du mixeur Leslie Shatz, mais je n’ose imaginer que cela ait été possible sans une attention du réalisateur au son, à tous les moments, au tournage, au montage et à la postproduction et une connaissance de l’apport du son comme élément de création.
Une leçon à retenir, un film à donner en exemple.
(Eric Vaucher est chef opérateur du son)


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