Où Eric Guichard, AFC, parle des zooms Angénieux avec lesquels a été tourné le film "Les Saisons"

par Angénieux, Eric Guichard La Lettre AFC n°261

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Après Océans : 7,5 millions de spectateurs dans le monde (dont 2,9 en France) et Le Peuple migrateur : 4,6 millions de spectateurs dans le monde (dont 2,7 en France), Les Saisons, le nouveau film de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud, sort en France le 27 janvier 2016. Il a été tourné avec l’intégralité de la gamme Optimo d’Angénieux.

Les Saisons est un nouveau défi relevé : 26 millions d’euros de budget, 500 heures de rushes, une équipe de dix chefs opérateurs : Eric Guichard, Stéphane Aupetit, Michel Benjamin, Jérôme Bouvier, Laurent Charbonnier, Philippe Garguil, Laurent Fleutot, Sylvain Maillard, Christophe Pottier, Jam Walencik, 18 mois de tournage de juin 2013 à décembre 2014 entre la France, la Finlande autour des bœufs musqués, la Pologne au milieu des bisons et les forêts du Canada à la recherche du polatouche, petit écureuil cerf-volant.

Après s’être intéressés aux oiseaux dans Le Peuple migrateur (2001) et au monde sous-marin avec Océans (2009), Jacques Perrin et Jacques Cluzaud ont choisi cette fois-ci de mettre en scène une chronique poétique de l’Europe depuis 15 000 ans, filmée exclusivement du point de vue des animaux. Le film raconte leurs aventures au gré des changements climatiques dans une Europe sous l’influence croissante des hommes.

Eric Guichard AFC, directeur de la photographie, habitué des prises de vues animalières en fiction, travaillait avec Luc Drion sur Belle et Sébastien, de Nicolas Vanier, lorsque Luc Drion décède accidentellement à l’automne 2012.

Luc avait depuis de nombreux mois commencé un travail préparatoire au tournage des Saisons et Eric a accepté de reprendre, en janvier 2013, le travail amorcé par son ami.
Sur Les Saisons, c’est à Eric Guichard que revient la cohérence, en qualité et en intention, de l’ensemble des images du film avec la forte complicité de Laurent Desbruères (Digimage) qui avait étalonné tous les films précédents de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud.

Choix des équipements
Eric Guichard : Luc avait commencé un certain nombre de tests sur les caméras alors disponibles sur le marché. Systématiquement un plan en 35 mm était tourné comme référence à ce que les deux réalisateurs connaissaient le mieux. Le premier travail de Luc, puis de moi-même, a été de convaincre Jacques Perrin et Jacques Cluzaud d’adopter le support numérique.

Certes Océans avait déjà été tourné en numérique mais dans un espace particulier que sont les fonds sous-marins. Dans ce contexte, le numérique permettait entre autres de prolonger les sessions de tournage sous l’eau, mais toutes les séquences terrestres du film avaient été faites en 35 mm par Luc Drion.

En 2012, la F65 de Sony venait de sortir. La question de la gestion du workflow faisait encore peur aux productions mais le champ d’investigation possible de cette caméra m’intéressait. Jacques Perrin, dans son souci permanent de naturalisme, voulait rendre des sensations de matières : les pelages, les plumages, les robes des chevaux, etc. La définition, l’espace couleur et la capacité de la caméra à enregistrer le mouvement de la Sony F65 ont guidé mon choix.

« Le choix des optiques est pour moi crucial »
EG : La spécificité du tournage animalier n’autorisant pas de multiples prises, le choix du zoom s’impose. Sur Les Saisons, Jacques Perrin et Jacques Cluzaud souhaitaient casser les codes animaliers de la très longue focale. D’ailleurs Jacques Perrin n’a jamais été un adepte de la très longue focale. L’idée était vraiment de travailler au plus près des animaux. L’utilisation des focales a été mise au service d’une perspective naturaliste destinée à donner au spectateur un vrai sentiment d’immersion dans la nature. Les bisons et les ours, par exemple, ont été filmés au plus près de ce qui était possible. Dans ce film, tout a été pensé pour préserver l’intégrité des animaux et perturber le moins possible leur comportement : de la mésange à l’ours, du hérisson au bœuf musqué.
Pour chaque prise, pour personnaliser la présence de l’animal, l’objectif devait se situer à la hauteur de chacun d’eux. Le choix d’une petite grue démontable avec une tête télécommandée s’est vite imposé ! Nous pouvions ainsi travailler au plus près des animaux sans les effrayer et sans abîmer le décor.

Compte tenu de la définition de la caméra, j’ai souhaité des zooms qui cassent un peu cette texture trop chirurgicale, pour amener de la rondeur. J’avais tourné Belle et Sébastien en 35 mm également avec des zooms Angénieux. Je voulais retrouver ce rendu.

Nous avons beaucoup utilisé le Steadicam® sur toutes les scènes de poursuite, pour amplifier la notion de vitesse. Depuis Microcosmos, Jacques Perrin est constamment dans la recherche d’outils spécifiques de prises de vues.

Dans le cadre des Saisons, Loumasystems™ a développé en collaboration avec Alexander Bugel de Sandor Weltmann un scooter électrique à quatre roues pour travailler directement au milieu de la forêt.
Sur ce scooter, était installé un opérateur Steadicam®, soit en place avant, soit en place arrière, un quad accompagnant de loin le scooter pour gérer le point et l’exposition et permettre au réalisateur de suivre la scène.
Nous avions besoin d’optiques légères, compactes rapidement interchangeables. Et puis il nous fallait des optiques tout terrain, capables de supporter ces conditions du tournage.
La grande question pour une telle durée de tournage a été la disponibilité des zooms. Nous étions partis sur quatre équipes. Mais dès le début, je savais qu’il y en aurait plus à certains moments. Johann Mousseau a commencé à penser à un partenariat avec Angénieux car il n’y avait pas assez de zooms en location sur la place de Paris pour gérer ce film. Nous avons garanti la disponibilité de notre équipement en achetant cinq zooms.
Nous avons aussi sollicité des loueurs. Panavision, qui a fourni tous les équipements et caméras, ainsi qu’Emit.
Nous avions dix zooms en permanence sur le film. Nous avons utilisé l’intégralité de la gamme sphérique Optimo d’Angénieux : Optimo 24-290, Optimo 28-340, Optimo 19,5-94, Optimo 45-120, Optimo 28-76 et Optimo 15-40 ainsi que des multi.

Gestion du tournage
EG : Quand j’ai eu connaissance du script du film, le gros travail de préparation avec Martin Blum et Vincent Steiger, les assistants réalisateur, et Olli Barbé, le producteur exécutif du film, a été de dresser une liste précise des outils et moyens nécessaires pour chaque scène à tourner, pour permettre à la production d’avoir une meilleure visibilité sur les 18 mois de tournage envisagés.

Nous avons défini quatre catégories de tournage selon l’envergure de l’architecture à prévoir. Les scènes les plus complexes à tourner nécessitant au moins deux caméras, des éclairages, un DIT, le scooter ou le quad, une tête gyrostabilisée, etc. Michel Benjamin et moi étions particulièrement présents sur ces scènes : celles de pluie, de neige, ou encore celles de poursuite, ou celles de nuit. Les scènes autorisant une architecture plus légère : une seule caméra et une équipe limitée (moins de dix personnes, sans compter les animaliers), beaucoup de ces scènes ont été tournées par Laurent Fleutot, celles des vols en ULM qui nécessitent peu d’infrastructure mais du déplacement et du temps, par Christophe Pottier. Et enfin, les séquences dites "sauvages" avec 3-4 personnes maximum (chef opérateur, assistant, data manager, parfois machiniste), tournées par des directeurs de la photo comme Laurent Charbonnier et Philippe Garguil, spécialistes de l’approche et de l’affût avec une connaissance fantastique des comportements des animaux.

Ce découpage préalable m’a été précieux pour organiser la cohérence des prises et garantir l’unité des images. François Paturel, comme DIT – Digital Imaging Technician – a eu un rôle capital dans l’organisation du Data management et, grâce à lui, nous avons pu présenter aux réalisateurs une image plus précise sur le plateau.

Gestion des animaux
EG : En ce qui concerne les animaux, le souhait de Jacques Perrin est de n’avoir recours à aucun trucage numérique et de laisser évoluer l’animal dans des conditions les plus naturelles possible.

Dans le script initial, le film commençait à la préhistoire mais pour ces raisons-là, les mammouths ayant disparu et ne pouvant être reconstitués qu’en image de synthèse, le film ne débute qu’il y a 20 000 ans. Pour quelques plans charnières qui servent la narration du film : l’attaque de la biche par le lynx par exemple, les animaux (les oiseaux, et surtout les loups) ont été imprégnés. L’imprégnation consiste à faire naître, vivre et cohabiter ensemble des animaux de différentes espèces.

Et après 18 mois de tournage, le film a été monté par Vincent Schmitt entre mai 2014 et juin 2015. La gestion des rushes et la conformation ont été gérées chez HD Systems par Olivier Garcia et Sébastien Bradu. Digimage Cinéma a été en charge de l’étalonnage confié à Laurent Desbruères et des finitions jusqu’à validation des DCP d’exploitation entre mai et décembre 2015.

Propos recueillis par Jean-Yves Le Poulain et Edith Bertrand