Ouagadougou, extérieur petit matin

par Jean-Noël Ferragut

par Jean-Noël Ferragut La Lettre AFC n°172

NB Ce billet aurait dû paraître dans la Lettre de décembre, mais les surprises que réservent l’Internet et ses serveurs pour le moins facétieux en ont décidé autrement.

Nul besoin, à Ouagadougou, de réveil-matin pour vous sortir de la torpeur d’une nuit finissante. Les coqs environnants, nombreux même en pleine ville, se sont chargés de vous chanter en écho la bonne nouvelle : il est 5 heures et quelques et le jour va bientôt se lever.

Qui plus est, le haut-parleur de la mosquée voisine, orienté comme par enchantement en direction de votre chambre, a diffusé il y a un bout de temps déjà les appels du muezzin, interrompant ainsi votre sommeil, pour peu qu’il soit léger. Par chance, logeant à bonne distance du " goudron "*, vous avez au moins échappé au ronronnement bruyant des " moteurs "**, qui, avec leur mécanique souvent mal réglée, font le gros de la circulation ouagalaise.
La lumière du jour naissant dessine très vaguement les contours des objets familiers alentour. Sans coup férir, vous décidez de mettre un pied au sol et allez ouvrir grand la fenêtre, laissant ainsi pénétrer la fraîcheur de la nuit. Vous l’aviez évidemment fermée la veille au soir, ne donnant ainsi aucune chance aux moustiques de venir virevolter autour de vos oreilles et agacer votre inconscient. Peine perdue, soit dit en passant…

Ce qui paraît magique, lorsque vous jetez un œil au petit matin par la fenêtre ouverte, dans l’image tout en douceur qui s’offre à vous, c’est ce savant mélange de profondeur créée par les divers plans sonores de la ville en éveil et de silhouettes s’affairant ici et là aux tâches matinales. Mélange de lueur blafarde provenant de tubes fluorescents pas encore éteints au-dessus des portes des maisons et de lumière rasante émise par la timide apparition du soleil à l’horizon voilé. De brume provoquée par la fumée s’élevant des foyers allumés par les femmes dans les arrière-cours et de poussière soulevée par les deux-roues et autres véhicules des lève-tôt allant travailler, enveloppant les êtres et les choses d’une légère diffusion.

Mélange de ces tout petits riens qui composent des images somme toute assez banales, car quotidiennes ici. Mais contrastant tellement avec bon nombre d’autres, hyperréalistes celles-là, propres sur elles pourrait-on dire, quasi aseptisées, dépourvues trop souvent de la moindre pointe d’émotion, qu’il nous est et nous sera donné de voir, aujourd’hui et encore plus demain, sur l’écran large du cinématographe, version captation haute définition et projection numérique.
Accoudé au rebord de la fenêtre, on se prend à rêver d’un retour prévisible aux bons vieux trucs d’antan, comme enfumer les plateaux ou diffuser à l’envi, afin de pallier ces excès de réalisme, en particulier pour ce qui touche au rendu du grain de la peau...

* Goudron : nom donné en Afrique de l’Ouest francophone à toute voie bitumée
** Moteur : nom générique donné aux deux-roues, vélomoteur et autre moto japonaise de 125 cm3 ou plus

Mur peint évocant le Fespaco (Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou)
Burkina Faso, 2007 (Photo Jean-Noël Ferragut)

La Cinémathèque française organise du 17 janvier au 2 mars 2008 une rétrospective de 50 ans de cinéma africain. Ce sera l’occasion de voir ou de revoir des films d’Ousmane Sembène, à qui cette rétrospective est dédiée, de Souleymane Cissé, Henri Duparc, Flora Gomes, Gaston Kaboré et de bien d’autres, dont certains d’entre eux ont été photographiés par plusieurs d’entre nous.