Pedro Almodovar dénonce un "plan d’extermination" du cinéma espagnol

La Lettre AFC n°236

Le Monde.fr avec AFP, 13 octobre 2013
Le cinéaste Pedro Almodovar accuse dans une tribune le gouvernement conservateur espagnol de vouloir exterminer le cinéma de son pays, après l’annonce que le secteur, déjà affaibli par une hausse de la TVA et la crise, subira de nouvelles coupes budgétaires en 2014.

Dans une tribune intitulée "La improvisación, la “oportunidad” y la ignorancia sobre el cine español et publiée samedi 12 octobre sur le site indépendant infoLibre, le réalisateur dénonce la hausse brutale du taux de la TVA, passé de 8 % à 21 % en 2012.
« Toutes les prédictions faites à l’époque de cette hausse, (que le public arrêterait d’aller au cinéma, que beaucoup de salles fermeraient), se sont vérifiées, sauf celles du gouvernement qui pensait augmenter ainsi ses recettes », écrit-il. « Si le résultat est contraire à leurs prévisions : pourquoi les ministres du secteur et le gouvernement en général se montrent-ils aussi euphoriques ? Il ne peut y avoir qu’une seule réponse : parce qu’ils punissent le cinéma espagnol jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien. Parce que tout cela suit un rigoureux plan d’extermination. »

La " bête noire du gouvernement "
Selon Pedro Almodovar, la droite espagnole n’a jamais pardonné au secteur sa mobilisation en 2003 contre la guerre en Irak, à laquelle a participé l’Espagne sous le gouvernement conservateur de José Maria Aznar. « Depuis notre Non à la guerre, le cinéma espagnol est devenue la bête noire des gouvernements du PP (Parti populaire). Les coupes et le mépris actuels résultent de ce ’Non’, dont je ne pourrais jamais me repentir même s’il ne devait plus rester un cinéma ouvert », écrit-il.
Selon le projet de budget 2014 approuvé le 30 septembre en Conseil des ministres, le budget consacré à l’Institut de la Cinématographie et des Arts audiovisuels (ICAA) sera en 2014 de 48,21 millions d’euros, soit 12,4 % de moins qu’en 2013, quand il avait déjà fondu de 22,6 % par rapport à 2012.
L’opposition socialiste dénonce une chute de 58 % du budget public destiné depuis 2011 au cinéma, un secteur qui souffre en plus depuis plusieurs années de la chute de la consommation en Espagne, pays en récession et au chômage record (26,26 %), et du piratage.

(LeMonde.fr avec AFP, 13 octobre 2013)