Pierre Lhomme ou faire partie de la famille !

Par Jean-Michel Humeau, AFC

par Jean-Michel Humeau La Lettre AFC n°300

Évoquer Pierre Lhomme, c’est plonger dans un passé qui commence à mes années d’études à l’IDHEC, de 1957 à 59, où Ghislain Cloquet, pour nous familiariser avec le milieu du cinéma, nous présenta Pierre Lhomme, Jean-César Chiabaut, Sacha Vierny, Chris Marker, Yann Le Masson et d’autres.

L’enseignement de Ghislain, dans l’étroit studio du boulevard Aurelle de Paladine, était un mélange d’anecdotes, de savoir-faire, de conseils et d’avertissements sur les risques du métier. C’était un merveilleux conteur du travail, des chausse-trapes, des ombres de perche, de l’emplacement des projecteurs. Avec son collègue Pierre Lhomme il nous préparait au métier et nous conseillait de porter une attention particulière au visage des actrices...

Après les détestables 28 mois obligés, j’ai remplacé Alain Derobe sur La Tulipe noire. Connaître Henri Decae puis Jean Rabier me fit entrer dans la famille cinéma. J’ai revu Pierre par l’entremise de George Barsky et Yann Le Masson, habitués de l’Old-Navy. J’ai pu travailler avec lui à deux reprises, sur un portrait de Mary Mac Carthy in Paris vers 1970, puis plus tard sur Le Vent, de Joris Ivens, qu’il co-réalisait. Je me souviens de l’attention qu’il portait aux objectifs, à la qualité des émulsions de la pellicule pour le rendu des visages, de ses analyses de l’importance des mouvements de caméra dans la construction du récit, et dans le cas du reportage de l’importance du regard du cadreur sur le sujet filmé : « Plus tu es près, moins la caméra est perçue comme un voyeur et plus tu deviens un interlocuteur, pour peu que tu ouvres les deux yeux ».

Pierre Lhomme et Jean-César Chiabaut, en 2005
Photo Jean-Michel Humeau

C’était l’avènement de la Living caméra des frères Mekas, du cinéma direct de Michel Brault. C’était aussi le développement du son synchro du 16 mm, des "ingéson" comme Antoine Bonfanti, Luc Perini, Gérard Delassus. Après Sucre amer, de Yann Le Masson, Pierre m’a délégué auprès du Parti communiste réunionnais pour faire Réunion 67, comme ensuite L’heure de la libération a sonné, de Heini Srour. En même temps 68 est arrivé et j’ai plongé dans ce bain de libertés. Je lui dois de m’être écarté des équipes traditionnelles : deuxième, premier, cadreur, cursus un peu long à l’époque, tandis qu’il devenait ce grand directeur de la photo comme ses prédécesseurs Alekan, Matras, Claude Renoir. Comme il l’a fait avec de nombreux autres jeunes opérateurs, il n’a jamais cessé de m’accompagner avec bienveillance en « m’éclairant de loin pour que je ne tombe pas ».