Premier compte rendu de l’Idiff 2006

par Eric Guichard

par Eric Guichard La Lettre AFC n°151

Ce qui frappe en arrivant à Cannes, c’est le temps. Un soleil radieux et une douceur estivale en plein hiver.
Mais nous ne sommes pas là pour paresser...

L’accueil du Forum est aussi chaleureux que le soleil. Je croise Alain Gauthier venu défendre les couleurs de Arri-Bogard.

Une rapide visite des lieux, 2 petits studios aménagés dans des salles de conférence. Philippe Ros et Philippe Coroyer ont bien fait les choses et chaque studio ne manque pas de matériel d’éclairage varié et ludique pour aider les directeurs de la photo.

Chaque caméra sera essayée dans trois situations.

- Atelier sur fond vert avec incrustation dans un décor par la société Def 2 Shoot.
- Atelier d‘éclairage en basse lumière avec un modèle.
- Atelier en extérieur avec un jongleur.

La première conférence démarre avec un peu de retard.

Le thème de la conférence :

État de lieux de la prise de vues en numérique haute définition pour le cinéma.

Jean-Jacques Bouhon, AFC et Fabien Pisano ouvrent le bal en nous faisant découvrir les premières images de la fiction animalière que Jean-Jacques a tournée en Afrique du Sud.

Il s’agit d’un premier étalonnage d’images transférées sur un support film provenant des images tournées avec la Sony 900.

Jean-Jacques nous montre ensuite une autre bobine, un deuxième transfert comportant de nouvelles corrections d’étalonnage.

Jean-Jacques explique le choix de tourner en HD pour des raisons liées à la difficulté des prises de vues de fiction avec des animaux.

Philippe Valognes de Panavision-Alga-Techno succède à la tribune et présente les dernières améliorations apportées à la Genesis.

Il annonce l’arrivée de la Gamma Box, et la BNC Box. La Gamma Box permettra de visualiser une reproduction d’images proche du retour film et de faire un dub de ces images pour le montage et la vision des rushes. La BNC Box est un boîtier avec une sortie 4:4:4 double flux, qui permettra de déporter l’enregistreur ou d’enregistrer sur une autre source.

Les nouvelles caméras tournent maintenant de 1 à 50 images/seconde et sont pourvues d’un mode changement de vitesse quasi automatique (plus de déchargement de cassette et validation plus rapide de la vitesse sur la caméra).

Il y a 34 caméras en circulation et 20 de plus seront disponibles fin mars. Philippe nous projette des essais de la Genesis (format Super 35 mm) reportées sur film, tournés lors des journées de l’ARP à Beaune.

Eric Hubert, producteur, présente à son tour des images brutes non étalonnées et non traitées issues de la Genesis. Ces images tournées par Jean-Marie Dreujou, AFC sur le film de Dany Boon La Maison du bonheur seront étalonnées par notre associé Digimage.
Eric Hubert a trouvé l’expérience de ce tournage intéressante et enrichissante d’un point de vue technique et pédagogique et bien sûr économique.

Bill Lowell d’Arri Média UK présente les avancées technologiques de la caméra Arri D-20 et des images tournées l’année dernière par Jean-Noël Ferragut lors de l’Idiff 2005. Il montre aussi des images brutes non étalonnées, tournées sur une voiture travelling lancée à grande vitesse.

Arri D20 dans le désert de Californie


La caméra est maintenant équipée du Flashmag (version Arri du Venom de Thomson), du système " motion blur ", et de 20 tables de réglages (LOG). A noter que la caméra était présentée avec les tous nouveaux Masterprime de Zeiss (12 optiques T 1,3 : 16 mm,18, 21, 25, 27, 32, 35, 40, 50, 65, 75 et 100)

Danys Bruyère du groupe TSF, enchaînait en présentant un compte-rendu sur le " workflow " (chaîne numérique de captation et de postproduction d’images non compressées et enregistrées sur disque informatique) et nous fait part de son point de vue sur cette chaîne de travail.

Patrick Leplat, accompagné d’un ingénieur de Panasonic, présentait une méthodologie de transfert sur film via Cineon, Avec le réglage " FilmRec ", de la caméra et en utilisant des LUT (tables de conversion) via la " Gbox gamma " garantissant une transparence des transferts sur film.

Daniel Vincelette, directeur de la photographie québécois, présentait des images 4K issues de la caméra Origin de Dalsa. Des images résolument proches de ce que nous connaissons bien : le 35 mm. L’Origin est maintenant disponible à la location à Los Angeles et Daniel pense pouvoir nous proposer de faire des essais en Europe dans le tout début 2007 en collaboration avec l’AFC.

Image issue de la Dalsa Origin


L’ensemble des participants insistèrent aussi sur la pérennité du montage final en utilisant un interpositif, seul support actuellement considéré comme pérenne à long terme.

Le temps manquait et les questions de la salle ne purent être posées. Un petit bémol qui sera nous l’espérons vite réparé lors des prochaines éditions.

PS : En dehors des images de Jean-Jacques Bouhon et des essais de la Genesis, projetées en 35 mm, les autres images furent projetées au format numérique 2K.

Intégration des effets spéciaux et de l’étalonnage numérique

Les intervenants furent Eve Ramboz, La Maison, pour Les Chevaliers du ciel, Franck Malmin, Def 2 Shoot, pour L’Empire des loups, Jean-Paul Rovela, MPC, pour Charly and the Chocolate Factory, Christian Guillon, L’EST, Gilles Gaillard, Mikros Image, Edouard Valton, Duboi. Le modérateur était Alain Lioret, Pixel Création Numérique.

Chaque intervention fut accompagnée d’extraits des travaux effectués par les sociétés présentes.

Je dois souligner la qualité des interventions malgré l’absence cruciale de directeurs de la photographie dans la salle, car celui-ci fut finalement au centre de toutes les questions liées aux difficultés d’intégration et du mélange d’images non étalonnées destinées aux trucages.

Eve Ramboz plaida pour que les images issues des scans soient préétalonnées, ou, comme le proposait Christian Guillon, d’obtenir des positifs OK master pour permettre une cohérence dans la chaîne de fabrication des effets spéciaux.

Jean-Paul Rovela en présentant des extraits de Charlie et la chocolaterie, photographié par Philippe Rousselot, AFC, souligna la nécessaire et indispensable étape de la prévisualisation des effets d’éclairage prévus par le directeur de la photographie avant de construire les décors 3D.

Christian Guillon insista sur le dialogue qui doit prévaloir au sein de l’équipe image, évoquant la Charte de l’image, document synthétique sur lequel chacun pouvait engager le dialogue.

Un message auquel nous devons répondre en continuant plus avant la concertation avec l’ensemble de nos partenaires.

Une nouvelle fois le débat questions/réponses ne pu avoir lieu faute de temps, privant la salle de nombreuses questions restées en suspens... et frustrant du même coup les intervenants venus chercher ce dialogue.

Depuis l’année dernière, de grandes améliorations ont eu lieu et nul doute que le bilan que nous ferons à l’AFC avec les membres de l’association invités cette année au forum permettra de mieux envisager l’avenir.

Une chose est certaine. Il faut trouver des solutions pour que de nombreux directeurs de la photo, coloristes, superviseurs d’effets visuels, réalisateurs et producteurs soient présents à cette manifestation.