Voilà presque vingt ans, depuis La Liste de Schindler, en 1993, que Janusz Kaminski élabore l’image des films de Steven Spielberg. Né en Pologne en 1959, Kaminski a fait presque toute sa carrière aux Etats-Unis, sauf une excursion en France à l’occasion du tournage du Scaphandre et le papillon (2007), de Julian Schnabel
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. Aux côtés de Spielberg, le chef opérateur est passé du noir et blanc de La Liste de Schindler aux couleurs pop d’Arrête-moi si tu peux (2002), de l’univers glacial d’A.I. (2001) au réalisme de Munich (2006). Pour Cheval de guerre, les deux hommes se sont mesurés aux chefs-d’œuvre de l’âge classique hollywoodien.
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- Janusz Kaminski, debout au 1er rang à droite
- Sur le tournage de Cheval de guerre de Steven Spielberg
Avez-vous défini une méthode au fil de votre collaboration avec Steven Spielberg ?
La beauté de notre relation est qu’elle n’est pas fondée sur la confrontation des points de vue. Nous avons fait les repérages ensemble, nous savions que la terre donnerait sa forme au film. Il fallait qu’elle soit vaste, et que les personnages s’en détachent, ce qui nécessitait beaucoup de lumière, des éclairages complexes.
Le ciel était très beau, ce qui signifiait que la pellicule serait plus exposée. De la majesté du paysage on passait à la beauté de la guerre. Je précise bien que je ne trouve pas la guerre belle, mais je sais qu’il y a une beauté dans les gestes de la guerre.
On a construit ce décor de no man’s land, nous n’avons presque pas eu recours aux trucages numériques. Il y avait des dresseurs pour le cheval, et nous avons filmé ce dernier, sauf au moment où il tombe dans la tranchée. Là, ce sont des images numériques, et également quand il est pris dans les fils de fer barbelés. Nous l’avions tourné mais le faux barbelé n’était pas assez convaincant.
Comment avez-vous ménagé les transitions entre les différentes parties de l’histoire ?
Nous avons commencé par dépeindre un monde idéal aux couleurs vives pour nous en éloigner au fur et à mesure qu’on s’enfonce dans la guerre. Mais la guerre n’est pas filmée de manière réaliste, le film est destiné à un jeune public, on prend du recul.
Quelle est la part de la technologie numérique dans le travail sur l’image ?
Les images de la dernière séquence sont celles qui ont été tournées, il n’y a rien de numérique, c’est une combinaison de lumière naturelle et d’éclairages. Nous faisons tirer des rushes argentiques tous les jours et nous prenons nos décisions à partir de ça. Tout le travail est fait sur le plateau. Bien sûr, on fait des corrections pendant la postproduction, mais ce que vous voyez est ce qui a été tourné. Steven sait obtenir les éléments dont il a besoin.
Cette façon de travailler n’est-elle pas en train de disparaître ?
Nous ne sommes pas les seuls, Wally Pfister et Christopher Nolan travaillent comme ça. L’image numérique est un médium très intéressant, mais très plat qui impose un énorme travail lors de la postproduction.
Est-ce que Steven Spielberg projette des films à l’équipe avant le début du tournage, comme le fait Martin Scorsese ?
Nous ne regardons pas de films avant de nous mettre au travail. Bien sûr, nous sommes familiers de la manière dont John Ford capturait les paysages. Tout comme nous avons vu Les Sentiers de la gloire, les décors de no man’s land se ressemblent de toute façon. Pour Lincoln [le film qu’il a tourné avec Spielberg après Cheval de guerre], j’ai regardé des photographies de l’époque, et j’ai réalisé que certains angles reflétaient mieux l’authenticité du personnage.
Discernez-vous une cohérence dans cette incroyable variété de films ?
Cheval de guerre ne parle pas de la guerre mais de la volonté de survivre d’une créature. Comme la petite fille en rouge dans La Liste de Schindler, c’est la vie au milieu de la mort. Ce ne sont pas des références conscientes d’un film à l’autre mais ce sont les mêmes personnes qui font du cinéma.
Quelle expérience vous reste-t-il à faire avec Steven Spielberg ?
J’aimerais qu’il fasse un film contemporain sur une passion érotique. Il le fera, et mon rêve deviendra réalité.
(Propos recueillis par Thomas Sotinel pour Le Monde du 22 février 2012)

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