Retour sur les plus célèbres plans-séquences tournés au Steadicam

La Lettre AFC n°295

A l’occasion de la Master Class donnée par Garrett Brown dans le cadre du festival Toute la mémoire du monde et des conférences du Conservatoire des techniques de la Cinémathèque française, le CNC revient, sur son site Internet, sur les plus célèbres plans-séquences tournés au Steadicam.

Le premier, En route pour la gloire (1976)
Ce n’est pas le plus beau, ce n’est pas le plus précis, mais c’est le premier. Opéré par son inventeur Garett Brown, il dure deux minutes et quatorze secondes. Il commence en hauteur par une vue plongeante sur un camp de réfugiés avant de suivre le héros, le musicien Woody Guthrie (interprété David Carradine), en train de se frayer un chemin dans la foule. Le film fut récompensé par un Oscar de la meilleure photographie pour Haskell Wexler, ASC. (Bound for Glory, réalisé par Hal Ashby)

Garrett Brown et Haskell Wexler sur le tournage de "Bound for Glory"

Le plus iconique, Shining (1980)
Garett Brown, toujours lui, multiplie les plans au Steadicam dans l’hôtel isolé de Shining. Grâce à cet outil, il amplifie l’angoisse ressentie par le spectateur en filmant à hauteur d’enfant, en frôlant le sol et les murs. Comme lors de la scène où Danny circule dans les couloirs de l’hôtel sur son tricycle bleu ou dans le labyrinthe où Garett Brown exploite chaque virage. Quiconque a vu Shining ne peut oublier la poursuite finale dans le labyrinthe enneigé sur les pas de Danny. (Shining, de Stanley Kubrick, photographié par John Alcott)

Garrett Brown, Stanley Kubrick et Danny Lloyd sur le tournage de "Shining"
John Alcott, à droite, Garrett Brown et Stanley Kubrick, au second plan

Le plus haletant, L’Impasse (1993)
Brian de Palma affectionne le Steadicam qu’il a utilisé dans plusieurs de ses films. Dans L’Impasse, il est particulièrement intéressant dans la scène finale de la gare de Grand Central Station où Carlito Brigante (Al Pacino) cherche à fuir. L’opérateur Larry McConkey nous offre deux minutes et vingt-cinq secondes au ras de la veste en cuir de Pacino qui se cache dans la gare. La vue plongeante sur le hall des voyageurs est de toute beauté et le plan se termine en empruntant un escalator. Du grand art. (L’Impasse, photographié par Stephen H. Burum, ASC)

Le plus swinguant, Boogie Nights (1997)
C’est la première scène du film, qui débute à l’extérieur d’une célèbre boîte de nuit dans les années 1970. Opérée par Andy Shuttleworth et éclairée par Robert Elswit, ASC, la caméra fait entrer le spectateur dans le club, où l’on découvre les protagonistes du film dans l’animation de la soirée. Alors que l’on suit la serveuse à roulettes (Heather Graham), on s’arrête sur le héros du film, Mark Wahlberg. Un plan-séquence de près de trois minutes. (Boogie Nights, réalisé par Paul Thomas Anderson)

Le plus long, L’Arche russe (2002)
Dans ce film qui se déroule au sein du musée de l’Ermitage à Saint-Petersbourg, le directeur de la photo et opérateur Steadicam Tilman Büttner a réalisé une véritable prouesse technique. Le film n’est qu’un seul plan séquence de 96 minutes. On suit un homme qui déambule au milieu des statues ou un groupe de danseurs dans les couloirs. (L’Arche russe, réalisé par Alexandre Sokourov)

Tilman Büttner, au centre, et Alexandre Sokourov, à droite, sur le tournage de "L’Arche russe"

Le plus guerrier, Un long dimanche de fiançailles (2003)
Ici, Jean-Pierre Jeunet utilise le plan séquence au Steadicam pour montrer la répercussion d’un ordre militaire « Baïonnettes au canon ! ». Opéré par Valentin Monge et éclairé par Bruno Delbonnel, AFC, ASC, ce plan de vingt-deux secondes remonte la tranchée montrant les soldats effectuant l’ordre et le répétant à leur voisin.

Le plus bouleversant, La Môme (2007)
Quand Edith Piaf apprend la mort de Marcel Cerdan, la caméra la suit dans l’appartement qu’elle occupe alors à New York. La scène débute par un rêve où Edith Piaf (Marion Cotillard) imagine le boxeur à ses côtés puis au fur et à mesure qu’elle parcourt l’appartement, elle croise ses employés, tous affichant des mines déconfites. Quand on lui apprend la terrible nouvelle, elle pousse alors un cri guttural qui se termine en chanson qu’elle entonne sur scène. Opéré par Roberto De Angelis, ce plan de plus de cinq minutes est très technique entre les différentes allers-venues de la chanteuse jusqu’à son moment paroxystique dans un couloir étroit qui la mènera sur scène. (La Môme, d’Olivier Dahan, photographié par Tetsuo Nagata, AFC)

Le plus choréographié, Reviens-moi (2008)
Joe Wright est aussi très client du Steadicam qu’il a utilisé dans nombre de ses films comme Orgueil et préjugés ou Hanna. C’est dans Reviens-moi qu’il a conçu, avec le directeur de la photo Seamus McGarvey, BSC, ISC, ASC, la séquence la plus impressionnante. Nous suivons le héros Robbie Turner (James McAvoy) cherchant à retrouver son amour Cecilia Tallis (Keira Knightley) sur la plage de Dunkerque ravagée par le désastre de la fuite devant les nazis. On en découvre l’étendue au fur et à mesure de son avancée sur la plage et c’est comme si on était projeté dans un tableau de Bosch ou dans le Guernica de Picasso. Opéré par Peter Robertson, le plan de cinq minutes et huit secondes, fut particulièrement compliqué à mettre en place et nécessita plusieurs heures de répétition.

(Source CNC)

Lire un commentaire, en anglais, où Peter Robertson explique son travail pour le plan de Reviens-moi (Atonement) sur le site steadishots.org.

En vignette de cet article, une image d’un des plans de Shining tourné au Steadicam.