Storaro et moi étions à Camerimage

Par Pascal Lagriffoul, AFC

par Pascal Lagriffoul La Lettre AFC n°281

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On était là. Une semaine de rencontres, de films, de discussions avec des chefs op’ à Camerimage. Le retour dans un état de fatigue particulier..., parti de l’hôtel pour l’aéroport de Poznan à deux heures trente du matin, juste après la dernière fête de la semaine, j’ai voyagé avec un réalisateur de Bombay. Une dernière rencontre et bien sûr, comme avec tous cette semaine, on se comprend tout de suite ! On parle d’images, de caméras, de tournage...

Les oreilles encore bourdonnantes, je me souviens. Conférences, discussions, projections, je parlerai de ces deux films-là : Life is Be, Still Life. En vie, toujours en vie, la vie, ma vie, nos vies.

Life is Be, un documentaire géorgien de Vakhtang Kuntsev-Gabashvili. Filmé, produit, monté par lui-même.
Quelques personnages de sa ville, Telavi, tentent de survivre entre communisme passé et capitalisme d’aujourd’hui. Ils essaient de remplir leur vie, de réinventer une sociabilité, ils célèbrent de vieux rêves déchus.
Je regarde cet ingénieur déclassé qui tente de rester debout, entre jeux vidéo, musique rock et livres de mathématiques. Il s’emmerde et se pose des questions…, comme moi entre deux tournages trop distants...
Angoisse existentielle.
« Life is Be », comme dit un graffiti dans le squat qu’occupe ce clochard qui écrit de la musique sur commande et joue une mélodie ordonnée et chaotique sur des pianos désaccordés. Essayer de trouver l’harmonie contre la réalité dissonante.

Le pouvoir des films, l’écho qu’ils déclenchent en nous.

Still Life (Gorge cœur ventre), un film de Maud Alpi, image de Jonathan Ricquebourg.
Une caméra implacable et empathique, le point de vue d’un personnage principal absolument authentique, traque les sentiments des animaux et des humains dans un abattoir. Ceux qui vont mourir, vaches, cochons, expriment leur peur viscérale. La caméra peut faire cela, sans un mot...
C’est un chien qui regarde, il compatit, il regarde...
Et tout est dans ce regard. Est-ce que je regarde comme lui ?
Ma caméra à moi, peut-elle faire cela ?
Ressentir ces douleurs ?
Regarder, c’est se taire et ressentir.
Je suis le chien Boston, je regarde et je souffre avec lui.
Et quand il va au paradis, au paradis des chiens, je vois combien ils sont heureux entre eux, tous ces chiens...
J’ai vu à Camerimage combien nous pouvions être heureux, les "cinématographers", entre nous.