C’est grâce à Jean Harnois que j’ai eu la chance de devenir l’assistant de Sven sur les trois films que Peter Brook a réalisé sur La Tragédie de Carmen puis, après un rendez-vous manqué pour Un amour de Swann, de le retrouver comme cadreur de la seconde caméra et opérateur seconde équipe sur L’Insoutenable légèreté de l’être réalisé par Philipp Kaufman.
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- Sven Nykvist et Andreï Tarkovski
- Sur le tournage du Sacrifice (Photo Lars-Olof Löthwall, avec l’aimable autorisation de Nostalghia.com)
Travailler aux côtés de Sven, c’était travailler aux côtés d’une légende. C’est du moins, avant, ce à quoi cela ressemblait à mes yeux. Mais en fait, c’était beaucoup plus que cela. C’était travailler avec un Monsieur dont les qualités humaines, la simplicité, la complicité, la gentillesse, le sens de l’humour et de la dérision étaient au-delà de ses qualités artistiques et techniques. Il savait faire en sorte qu’après quelques jours de tournage, et pour peu que vous ayez su gagner sa confiance, vous ayez le sentiment d’être son assistant, son cadreur depuis toujours. Il partageait avec vous ses doutes et ses angoisses, mais aussi ses joies... et ses souvenirs.
L’entendre raconter ses débuts « catastrophiques » de jeune chef opérateur sans expérience, l’entendre évoquer ses souvenirs de tournage en mettant toujours en avant ses « bourdes » et ses angoisses plutôt que ses satisfactions, l’entendre me questionner sur Woody Allen
Voir Woody Allen dans l’index
qu’il s’apprêtait à rencontrer, « parce que tu as eu la chance de travailler avec lui », et qu’il était comme un môme avant un rendez-vous avec le Père Noël, l’entendre me dire sur L’insoutenable légèreté de l’être qu’il m’enviait de faire les plans de seconde équipe, « C’est plus sympa la seconde équipe et en plus ce sera grâce à tes plans que j’aurai un nouvel Oscar », (nous ne fûmes que nommés mais grâce à « ses » plans), sont des souvenirs parmi d’autres qui font que, plus qu’un immense chef opérateur, j’ai surtout le sentiment d’avoir côtoyé un homme immense.
La dernière fois que j’ai vu Sven, c’était pour un dîner dans un restaurant près de son hôtel. Nous n’étions que tous les deux et avons passé une soirée d’une grande complicité. Il était fatigué et ne le cachait pas mais restait plein d’enthousiasme et de projets qu’il voulait partager. C’est son sourire au moment de notre « au revoir », la lumière de ce sourire et de son regard, qui resteront à jamais dans mon cœur, cette lumière à l’égal de celles inoubliables dont il a fait don aux films qu’il a éclairés.
(Philippe Houdart est membre de l’Association française des cadreurs de fictions, AFCF)

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