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Tout là-haut

Un film de

Serge Hazanavicius

Photographié par

Rémy Chevrin , AFC

Sortie : 20 décembre 2017

- Modifié le
Quand Serge Hazanavicius m’a rencontré en octobre 2015 et que nous avons évoqué son projet, nous avons tout de suite senti qu’une passion exceptionnelle allait nous animer : la montagne et son engagement sans limite. La deuxième passion qui fut aussi forte est l’amour du cinéma et l’envie de lier cinéma et montagne comme peu d’occasions avaient pu le faire auparavant. Les outils avaient évolué et l’ambition du film pouvait nous laisser imaginer des prises de vues qu’il y a de cela quelques années nous n’aurions pu mener.

Même génération de ski, même passion de la glisse, même éducation cinéphile, de nombreux points communs générationnels, il ne restait plus qu’à s’atteler au projet de cinéma ensemble et de construire une équipe et des outils qui aient du sens pour la fabrication du film à venir.
Un point très important que Serge a tout de suite évoqué, c’est la vérité de la glisse et de son engagement dans des pentes très peu "ridées" en haute altitude. Il ne voulait pas d’un film à trucage ou sur fond vert ni de reconstitution de décors en studio. Il s’agissait de tourner en montagne dans les vraies conditions du scénario et les vraies conditions de haute montagne (mise à part la face nord de l’Everest trop élevée). Chaque membre de l’équipe technique devait avoir un haut niveau en ski car de nombreux décors nécessitaient d’y arriver à ski avec beaucoup de matériel porté à dos d’hommes ou de femmes, le tout sécurisé par des guides de haute montagne.

Les personnages principaux de Scott et Pierrick, interprétés par Kev Adams et Vincent Elbaz, ont dû exceller dans leur sport respectif (snowboard et ski classique) afin de raccorder parfaitement avec leur doublure. Perfectionnement de ski pour Vincent et lourd apprentissage de la glisse en snowboard pour Kev, les deux acteurs se prêtant avec plaisir à ces formations intenses sur les pentes de Chamonix et des Grands Montets.

Décors chamoniards hivernaux et estivaux ont alterné avec décors népalais et tibétains, la partie tibétaine étant tournée sur le territoire indien du Ladakh, près de la Chine et du Pakistan. C’est une des seules "tricheries" qui nous a été imposée car nous n’avions pas l’autorisation d’entrer sur le territoire tibétain, la Chine ne voulant pas de caméra sur cette partie de leur espace ; l’autre paramètre étant une saison difficile en météo et des altitudes trop élevées, inadaptées pour des techniciens comme nous, peu habitués au 6 000 à 7 000 m d’altitude. Les quelques images indispensables de la face Nord de l’Everest ont donc été tournées par Bertrand Delapierre, Stéphane Dan, Yann André et Jonathan Charlet, et ont été intégrées à nos images tournées en Inde.

Autre grosse partie de la préparation du film qui s’est étalée sur trois mois entre octobre 2015 et janvier 2016, le choix du matériel. Mes envies sont allées dès le début vers RVZ
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et son équipe dynamique et motivée, emmenée par Samuel Renollet et Frédéric Lombardo
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 : un savoir indéniable sur des constitutions d’équipements "sur mesure". Il nous fallait fiabilité, compacité et légèreté, clé de notre succès sur nos décors très difficiles d’accès, qui nécessitaient des approches soit en ski, soit en benne et marche, soit en hélicoptère pour les très hautes altitudes.
Mon choix s’est porté sur trois caméras RED
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Weapon en 6K, format 2,40
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sphérique et trois zooms Angénieux
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15-40 mm, 28-76 mm et 45-120 mm. Ce matériel a été utilisé jour après jour dans des conditions extrêmes, préparé pour supporter des températures de -35°C, du vent glacial (110 km/h), entre 3 000 et 5 000 m. La compacité a été aussi un point fondamental, aussi bien pour le portage à dos d’homme que celui en hélico, où, à haute altitude, le moindre kilo supplémentaire est un souci. Des sacs spécifiques ont été fabriqués et adaptés afin d’y accueillir chaque caméra, montée chaque matin, avant d’aller sur le décor, d’autres sacs étant chargés pour accessoires, batteries, vidéo… En tout, pour les trois caméras, douze sacs de 20 kg, nous donnant une parfaite autonomie quel que soit l’environnement.

Cette préparation, me semble-t-il, a été primordiale pour se donner les clés du succès durant les quatre mois de tournage. La même méthode a été aussi utilisée en Inde et au Népal, ainsi qu’en équipe réduite au Tibet. D’autres outils on été aussi utilisés comme la GoPro pour des caméras attachées au casque pendant les descentes des pentes, une Sony
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Alpha 7SII, une RED
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Scarlett pour les plans drone, qui ont été tournés par Bertrand Delapierre et Yann André à partir d’une base de drone Freefly Alta et d’une nacelle Movï 10, équipée d’un 25 mm Leica
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(merci Samuel), mais aussi une RED
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Dragon avec un 30-300 mm pour les nombreux plans hélico, effectués de main de maître par l’équipe d’ACS
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de Luc Poullain et Jim le cadreur. La scène d’autoroute de nuit en skate long board a nécessité aussi quelques outils particuliers, comme la RED
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Dragon, la Sony
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Alpha et la GoPro, sa mise en place ayant été conçue sur le papier par Serge, entouré des "stunt men" et de moi-même. Elle a été tournée par des spécialistes de la glisse skate long board de Volcom et je la trouve très réussie. J’ai proposé à Serge un parti pris radical de pénombre et de hautes lumières de phares de voiture, le tout dans une ambiance de silhouette très marquée, amplifiant la notion de danger : une boule à lumière et les phares à contre-jour, le tout à 1 600 ISO de la RED
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.

En ce qui concerne la machinerie, mes valeureux chevaliers Olivier Delaunay et Charlie Cointre ont conçu pour les scènes d’altitude deux formidables systèmes portatifs de "bijoute de face haute montagne" permettant d’imaginer, via pied et slider, les mouvements nécessaires, mais la plupart des scènes de montages étaient tournées à l’épaule (assez sportif dans les pentes à 50°). Pour tous les plans dans la vallée, nous sommes restés sur des outils classiques de dolly, tête, ou grue ST 50.

Enfin, en altitude, le choix pour le travail de lumière s’est porté sur une technique de contraste négatif/positif et de très précis repérages de lumière pour raccorder les scènes de glisse (avec doublure en pentes raides) avec les scènes de dialogues (dans les pentes avec acteurs) qui n’étaient pas tournées les mêmes jours.

Le choix de tourner en 6K a été porté par la possibilité de cropper dans certains plans d’hélico ou de haute montagne, où une distance minimum était à respecter, soit par sécurité, soit par impossibilité d’être au plus proche physiquement. La postproduction a été effectuée en 4K sur les fichiers natifs des caméras. L’expérience et l’expertise formidable d’Eclair
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Ymagis
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nous a permis d’obtenir des plans magiques, tout particulièrement lors de l’étalonnage EclairColor
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que nous avons mis au point sur ce projet en collaboration avec Cédric Lejeune, Thierry Beaumel, Karim El Katari et Philippe Reinaudo, toujours extrêmement réactifs lors des sessions d’étalonnage. Le film a gagné une vraie dimension réaliste, la sensation d’être physiquement au cœur de la pente, grâce au procédé EclairColor
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, qui nous a révélé beaucoup plus de valeurs de blancs que je n’avais eues jusqu’à maintenant. La sensation incroyable de découvrir multiples matières de neige : du cristal au cotonneux, du brillant au mat, du gris au blanc éclatant, du charnel au poisseux. Pour les montagnards, c’est une nouvelle expérience de la neige qui leur est proposée.

L’ensemble des VFX a été fabriqué par Digital District et l’équipe de David Danesi, très investie en amont du projet, ce qui a permis d’optimiser, par un travail sur storyboard, le coût des travaux dont la majeure partie consistait à de l’effacement de reflets dans les lunettes et quelques effacements de traces de skieurs dans certaines pentes. Les autres interventions eurent lieu autour de l’avalanche, qui fut en partie déclenchée par les skieurs puis grossie par les VFX, la partie tibétaine n’étant que de l’incrustation par rotoscopie du mont Everest dans certains plans.

Je pourrais encore parler des heures de chaque plan, de chaque journée, qui a été un bonheur de tournage, de rencontres, et je tiens à saluer avant tout ceux qui ont pris des risques incroyables, des rides de folie, et qui ont partagé avec nous leur passion de la glisse : les doublures Jonathan Charlet, Stéphane Dan, Julien Herry, Aurélien Ducroz, Sebastien Casagrande et tant d’autres que je ne peux pas nommer ici mais qui sont au générique.
Un énorme merci à toute l’équipe caméra qui s’est éclatée durant sept mois, ils se sont donnés jour et nuit avec passion et plaisir de la glisse : François Gallet, Pierre Chevrin, Raphaëlle Imperatori, Christophe Perraudin, Luna Jappain, Matthieu Lebothlan, Eric Blankaert, Loic Savouré, Boris Abaza, etc. (Et si j’en oublie, ils sont au générique, désolé les gars) mais aussi les "dronistes" !
Une spéciale dédicace à l’équipe électrique emmenée par Stéphane Bourgoin.
Un merci à Nikon
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et Ludovic Dréan pour le prêt d’un Nikon
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D800 de jeu à l’image.
Enfin merci à Serge de m’avoir fait confiance sur les choix techniques et humains et de m’avoir entraîné dans cette aventure dont je rêvais depuis bien longtemps.
Julie Gayet
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de Rouge International et Elisa Soussan ont été justes par leur présence et leur soutien et enfin, mille mercis à Philippe Gautier et son régisseur Benoît Charrié, incroyables meneurs d’hommes et grands fans des aventures humaines fortes.


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