25e Festival du Film Britannique de Dinard

La Lettre AFC n°246

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Le Festival du Film Britannique de Dinard fêtera ses 25 ans du 8 au 12 octobre 2014. Une édition, dont le jury sera présidé par Catherine Deneuve proposera une sélection de six longs métrages en lice pour le Hitchcock d’or et quinze films en avant-première. Le festival marquera les cent ans de Technicolor.

A l’occasion des 100 ans de Technicolor, le Festival propose un moment de cinéphilie rare en projetant un des premiers films britanniques à avoir utilisé ce procédé : A Matter of Life and Death, de Michael Powell et Emeric Pressburger, photographié par Jack Cardiff.
La projection sera suivie d’une rencontre avec François Ede, directeur de la photo et réalisateur, spécialiste de la couleur au cinéma.

Technicolor, membre associé de l’AFC, est le parrain officiel de la manifestation et le CNC fait partie de ses partenaires institutionnels.
Un hommage à Michael Radford, une carte blanche à Stephen Wooley et plusieurs films en avant-premières compléteront cette cuvée 2014.
Chaque année, en amont du Festival du Film Britannique, la ville de Dinard offre au grand public des séances de cinéma gratuites avec " Dinard fait son cinéma ! ". Le Week-End (Weekend à Paris), réalisé par Roger Michell et photographié par Nathalie Durand, AFC, sera projeté le 5 octobre.

Glorious British Technicolor, par François Ede
Une question de vie ou de mort marque une date dans l’histoire du cinéma britannique de l’immédiate après-guerre. Michael Powell, au sommet de son art, pensait que cinéma britannique était capable de rivaliser avec les Majors d’Hollywood, sans pour autant renoncer à produire des œuvres personnelles. Le flamboyant Alexander Korda avait tracé la voie avec Les Quatre plumes blanches en 1939 et la couleur avait largement contribué au succès international du film.
Powell et son directeur de la photographie, Jack Cardiff étaient décidés à utiliser la couleur au service de la dramaturgie du film et « jouer avec le Technicolor comme personne ne l’avait jamais fait jusqu’alors ». Cardiff et Powell allaient définir une esthétique de la couleur assez éloignée des recettes qu’entendait imposer la " color consultant ", Natalie Kalmus.

Le prologue du film s’ouvre sur des images du cosmos suivies d’une scène intensément dramatique où un pilote de la R.A.F, Peter Carter (David Niven), dans le cockpit d’un avion en flammes, communique par radio avec la tour de contrôle. La voix calme qui lui répond est celle de June, une jeune américaine du WAC (Kim Hunter) dont il tombe aussitôt amoureux. Il lui déclare son amour avant de sauter sans parachute dans le Channel. Il échappe à la mort in extremis, mais un traumatisme crânien le plonge dans un délire épisodique où il reçoit la visite d’un émissaire du paradis chargé de le renvoyer ad patres.

Kim Hunter et David Niven
Photo de presse en N&B de "Stairway to Heaven", autre titre pour "A Matter of Life and Death" - 1947


En 1998, Jack Cardiff me racontait sa première rencontre avec Powell pendant la préparation du film :
- Michael voulait un film en noir et blanc et en couleurs, pour opposer formellement le monde réel au paradis. J’ai posé la question qui me brûlait les lèvres : « Vous voyez le paradis en couleurs, n’est-ce pas Michael ? »
- Non, me répondit-il, je vois le paradis en noir et blanc, tout simplement parce que tout le monde s’attend à voir le paradis en couleurs !
Powell précise dans son autobiographie que Cardiff lui aurait alors proposé de tourner non pas en noir et blanc, mais en Technicolor monochrome. Powell lui demanda à quoi ça ressemblerait du Technicolor sans couleurs. « Un peu nacré » , lui avait répondu Jack d’un air vague.

La vision que donne Powell du paradis est celle d’un monde sans passions, régi par une organisation quelque peu totalitaire et une bureaucratie tatillonne, photographiée dans une somptueuse grisaille nacrée. C’est pourquoi l’émissaire du paradis est enchanté de ses incursions dans le monde des vivants et en humant une rose constate avec regret que « là-haut, on est privé du Technicolor » alors que l’image vire subtilement du noir et blanc à la couleur dans un fondu enchaîné.
L’inventivité visuelle et l’humour sont constamment présents dans un film où Powell et son co-scénariste Emeric Pressburger mêlent les genres, du réalisme au fantastique, dans un hymne à la vie et à l’amour.
Heaven can wait !

(Texte à paraître dans le catalogue du Festival du Film Britannique de Dinard, publié avec son aimable autorisation)

Dans le portfolio ci-dessous, quelques images de la version restaurée du film Une question de vie ou de mort - © 1946 Carlton Film Distributors Limited. Tous droits réservés. Sous licence de ITV Studios Global Entertainment Limited et distribué par Park Circus Limited.