A propos de la restauration de "Céline et Julie vont en bateau", de Jacques Rivette

Par Olivier Chambon, AFC

par Olivier Chambon La Lettre AFC n°271

Le 14 octobre dernier, au Marché du film classique du festival Lumière 2016 à l’institut Lumière de Lyon, Régine Vial, directrice de la distribution aux Films du Losange, venait parler de la restauration numérique de Céline et Julie vont en bateau, réalisé par Jacques Rivette en 1974 et photographié par Jacques Renard.
L’AFC, désireuse d’être partie prenante dans la restauration des films, décidait de m’y envoyer.

En effet, certains de nos membres actifs participent activement à la restauration de films qu’ils ont photographiés, mais d’autres se plaignent de n’avoir pas été contactés par des ayants droits indélicats. Je souligne ici le concours précieux que m’a apporté Gérald Duchaussoy, chargé de mission au Marché du film classique. Je le remercie, au nom de l’AFC, de son accueil chaleureux.

Les Films du Losange ont 55 ans d’existence aujourd’hui. Ils ont produit, entre autres, Rohmer, Rivette, Barbet Shroeder, Duras… Leur attachement aux films qu’ils ont produits, et donc le désir de pouvoir continuer à les montrer, en dehors du seul point de vue économique, leur ont fait en restaurer 42 à ce jour, avec l’aide du CNC. La restauration est, bien entendu, aujourd’hui indispensable à la notoriété des films dits "de patrimoine". Ceux-ci sont désormais visibles en DCP 2K ou 4K et sauvegardés sur un nouvel interpositif 35 mm.

Pour Céline et Julie…, le choix du labo s’est naturellement porté sur Eclair car c’est eux qui avaient traité le film en 1974. Sinon, Les Films du Losange travaillent également avec Digimage ou Lumière Numérique. L’étalonnage a été fait par Bruno Patin a partir du négatif original. Régine Vial souligne que lorsque le réalisateur est vivant et disponible, c’est lui qui supervise la restauration. Si ce n’est pas le cas, elle fait appel au directeur de la photo. Ici, c’est Irina Lubtchansky qui a supervisé l’étalonnage.

Une des principales difficultés venait de ce que le film mélangeait séquences tournées en 16 mm et séquences tournées en 35 mm. Il été également très difficile de faire raccorder le roux des cheveux d’une des comédiennes dans ces différentes parties. D’autres part, les collures sur les parties 16 mm étaient de mauvaise qualité et provoquaient des dérives colorimétriques en début de plan. Mais heureusement Bruno Patin connaissait très bien le film. Régine Vial en profite pour souligner la grande qualité des industries techniques françaises et la cinéphilie de leurs techniciens.

La restauration du son a été supervisée par Pascal Ribier, chef opérateur du son ayant travaillé souvent pour les Films du Losange ; Regine Vial souligne que le son optique vieillit mal, ce qui provoque une dérive dans les aigus. Ils sont donc repartis du mixage en magnétique 35 mm.

Céline et Julie vont en bateau est ressorti en juillet 2016 au Reflet Medicis où il a fait 5 000 entrées. Certes, ce n’est pas un chiffre important mais accompagnée d’une sortie DVD et Blue Ray chez Potemkine, l’œuvre reste vivante. La politique des Films du Losange est d’essayer au maximum de ressortir les films, au rythme d’un ou deux par an. Il y a une véritable attente des films de patrimoine en salles, mais aussi dans les cinémathèques ou les musées. Un film non restauré a aujourd’hui beaucoup de mal à vivre auprès des distributeurs et des diffuseurs.

  • Lire un compte rendu très intéressant de la conférence "12 laboratoires a l’honneur", dont trois sont membres associés de l’AFC.