André Delvaux

par Charlie van Damme

par Charlie Van Damme La Lettre AFC n°115

André Delvaux participait le 4 octobre dernier à une rencontre internationale centrée sur le thème de la "responsabilité civique des Arts". Il eut juste le temps d’y apporter sa contribution avant de tomber, terrassé par une crise cardiaque.

André était un cinéaste complet qui appuyait sa mise en scène avec une égale maîtrise sur le jeu de l’acteur, le son, l’image, la musique, le décor, le montage, sincèrement attentif à chacun et à son travail, respectueux et chaleureux envers tous.

Je me souviendrai toujours de ce moment, en préparation de L’Œuvre au noir où il me montrait des reproductions d’œuvres de Rembrandt et de de La Tour. Je tiquais un peu : toujours les mêmes références...
« Oui, je sais, mais regarde » me dit-il. « Ces images sont le seul moyen pour nous de savoir comment s’organisait la vie en ces temps-là dans les maisons, les intérieurs. Regarde bien ; tout est déterminé par la chiche lumière d’une petite fenêtre, d’une lampe à huile, d’un feu de cheminée. Je veux que ma mise en scène s’appuie sur cette donnée fondamentale, qu’elle en rende compte. Alors, comme on y voit trop avec les yeux dès qu’on allume un projecteur, s’il te plait, quand tu sens que je m’écarte de ce principe sur le plateau, éteints tes lampes, ne laisse que la lumière naturelle, le temps que je puisse corriger le tir... »

André Delvaux, derrière l’Arri Blimp 35, et Charlie Van Damme pendant le tournage de "Belle" (1971), directeur de la photo Ghislain Cloquet
André Delvaux, derrière l’Arri Blimp 35, et Charlie Van Damme pendant le tournage de "Belle" (1971), directeur de la photo Ghislain Cloquet

Si sa filmographie, toujours sans concessions, est assez bien connue, ce que l’on sait moins, c’est que celle-ci se développe parallèlement à un combat permanent pour que vive une production cinématographique en Belgique. C’est à André Delvaux que l’on doit le dynamisme de l’INSAS, l’école de cinéma de Bruxelles. Non seulement il y jouait un rôle déterminant, mais c’est lui qui y fit venir quelques fortes personnalités du jeune cinéma français d’alors : Ghislain Cloquet, Antoine Bonfanti, Michel Fano, Henri Colpi, Suzanne Barou, Albert Jurgenson...

Il pesa de tout son poids et de sa notoriété grandissante auprès des instances publiques pour que se mettent graduellement en place des structures aptes à soutenir une production naissante. Sans ce travail fondateur et son acharnement, Chantal Ackerman, Jaco Van Dormael, Stÿn Konincks, les frères Dardenne et tant d’autres n’auraient peut-être pu jamais se révéler.

Il faut parler aussi de ce travail de l’ombre, confidentiel, amical et généreux : le soutien permanent qu’il apportait à ces jeunes collègues, parfois très débutant, toujours dans le respect de leur individualité, quand bien même ceux-ci s’engageaient dans des directions qui n’étaient pas les siennes, sauf... sauf s’il était en désaccord sur le plan éthique. Car pour lui, et je ne peux qu’adhérer à cette opinion, l’art en général et le cinéma en particulier ne sont jamais neutre et engage l’auteur.

C’est de cela qu’il parlait à Valencia. Un ultime boulot, qui résonne maintenant comme un testament et dont le contenu éthique et politique dépasse largement les frontières de la Belgique.

Pour tout cela, merci André.

Filmographie d’André Delvaux


L’Homme au crâne rasé (1965)
Un soir, un train (1968)
Rendez-vous à Bray (1970)
Belle (1972)
Femme entre chien et loup (1975)
Met Dieric Bouts (1975)
To Woody Allen, From Europe With Love (1980)
Bernvenutta (1983)
Bazbel Opera (1985)
L’Œuvre au noir (1988)
1001 films (1989)