Angénieux, un ingénieux équilibre entre artisanat et industrie

par Renato Berta

La Lettre AFC n°194

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J’ai rencontré Philippe Parain lors de la présentation de la nouvelle pellicule Fuji, le 24 septembre dernier.
En discutant de la qualité des zooms Angénieux, je lui ai fait part de mes " doutes " concernant des défauts historiques, en particulier les distorsions.
Le jeudi 26 novembre, j’ai fait une intervention à l’Ecole d’Architecture de Saint-Etienne, et profitant de la proximité de Saint-Héand, je me suis rendu en visite chez Angénieux.
Saint-Héand, la gare
A gauche, Renato Berta accueilli à l’arrivée du train en gare de Saint-Héand

J’ai été accueilli par Madame Edith Bertrand, responsable communication et Monsieur Dominique Rouchon-Picariello, directeur commercial civil, qui m’a présenté un historique de la maison.
Une spécificité d’Angénieux est de regrouper conception et production sur un même site.
La découpe du verre, le polissage, le traitement antireflet des lentilles ainsi que de la mécanique à l’aide de machines uniques, d’une part, le montage des zooms, d’autre part (le 24-290 mm nécessite près de 2 semaines de travail comprenant les phases de réglage avec différents tests, le marquage des distances et des ouvertures) font partie du savoir-faire traditionnel et artisanal d’Angénieux : un bijou à notre époque d’industrialisation à outrance, anonyme et financière.
L’usine est encore imprégnée par la présence de Pierre Angénieux, et on remarque encore le côté familial/artisanal de l’entreprise.
Je pense que Thales a réussi à trouver un équilibre ingénieux entre industrie et artisanat, sûrement pas évident à organiser et à gérer.

Renato Berta en visite chez Angénieux
De gauche à droite : Bruno Coumert, ingénieur concepteur optique, responsable du Bureau d’études, Emmanuel Faure, responsable Chargé d’Affaires, Bernard Féraud, responsable Qualification et Expertise, Renato Berta, Dominique Rouchon-Picariello, responsable de la Direction commerciale civile

J’ai pu rencontrer des techniciens, avec lesquels j’ai eu un dialogue au sujet des derniers "petits" sortis de l’usine : les zooms 15-40 et 28-76 mm.
Bien évidemment nous avons testé les prestations de ces objectifs sur un banc optique.

Je peux les relater ainsi :
Définition : égale à une focale fixe (avec une mire projetée)
Focales : 28mm, si on pouvait avoir quelques mm de moins ...?
Ouverture : 2.6 T, si on pouvait avoir deux petits tiers en plus ...?
Densité en rapport au focales : très bonne.
Etale de lumière : beaucoup améliorée, restent des petites interrogations.
Mise au point : très bonne course et surtout plus de "pompage"
Mécanique : très bonne fluidité.
Encombrement - poids : en diminuant de quelques mm les focales vers les grands-angles, et augmentant l’ouverture de 2/3 de diaph, le poids serait trop important. Je constate qu’il est difficile d’avoir une relation directe et simple prestation/poids, étant donnée la complexité des calculs.

Je dois avouer que j’ai été émerveillé par la qualité de ces deux objectifs et je suis bien obligé de réviser mes jugements établis sur les générations de zooms précédentes.
Mais la chose que je juge la plus importante, c’est la grande disponibilité d’écoute de ses concepteurs, leur ouverture au dialogue et leur curiosité.

En parlant d’avenir, nous avons évoqué le fait que monter un objectif sur une caméra est un geste qu’il faudra oublier, mais il faudra plutôt s’interroger sur comment monter une caméra sur un objectif, avec tous les problèmes d’ergonomie qui en découlent...

Il reste maintenant les appréciations subjectives.
La prochaine étape serait de tester ces objectifs en conditions de tournage, mais à Saint-Héand. Cela pour ne pas interrompre ce précieux dialogue utile à tous.