Armand Marco, mon ami et mon maître

Par Katalin Kalmar

La Lettre AFC n°262

Monsieur Armand Marco, mon ami et mon maître en photo, nous a quittés. Sa modestie et sa capacité à ne pas se prendre au sérieux ont disparu avec lui pour toujours. Ne jamais être "un professionnel de la profession", tel était son souhait. Mais son exigence était maximale. Il a travaillé avec Jean-Luc Godard, Maurice Pialat, Armand Gatti, Claude Hagege, Annette Garducci, Pierre Sisser...

J’ai connu Armand sur le tournage de L’Aube, réalisé par Miklós Jancsó et tourné à La Ciotat, à l’été 1985. Le décor à éclairer était un hôpital désaffecté et le film, lui, constitué de plans-séquences de dix minutes, intérieurs-extérieurs, de jour pour passer toute de suite à la nuit, avec pluies, éclairs et lumières de torches de militaires – l’action du film se situait en Palestine, en 1947. C’était compliqué à éclairer et le résultat fut à la hauteur des exigences. On passait une journée à faire des répétitions de jeu, de lumière et de cadre avec Nyika Jancsó à la caméra, puis le lendemain on tournait.
Le film a été projeté au festival de Berlin et puis c’est tout. La société de production a déposé le bilan et Armand a soigneusement conservé une copie pendant des décennies dans son garage avant de pouvoir en faire don à la Cinémathèque.

A l’automne 1985, nous avons tourné à Paris The Last Song, de Denis Berry. Je me souviens des matins givrés sur les quais de la Seine dans le brouillard de novembre, puis des lumières glauques de la forêt d’hiver de Fontainebleau. Nous étions une équipe soudée avec Ned Burgess au cadre et Alain Vierre comme premier assistant.
Il y a eu ensuite des téléfilms de Claude Faraldo. La Chaîne (du roman de Michel Drucker), un feuilleton télévisé, à deux caméras, c’était soutenu. Armand éclairait pour deux caméras et cadrait. Ensuite il y a eu La Baïonnette de Mirabeau, en 1989, une superproduction au Studio de Boulogne avec décors et costumes de l’époque – un beau travail d’éclairage de studio.
Armand a toujours été pédagogue, au milieu d’une répétition, il expliquait ses partis pris d’éclairage. Plus tard, quand j’avais un film à éclairer, je pouvais lui téléphoner à n’importe quelle heure pour lui demander conseil.

Il a tourné ensuite Un homme sur les quais avec Raoul Peck. Je l’ai retrouvé sur un film de Patrice Noïa en Italie, Au nom du père et du fils, en 1992, un tournage très long. Nous avons passé des journées à discuter d’éclairage et de mise en scène à Chamonix, en attendant que le soleil sorte de derrière les nuages pour finir des raccords de plans tournés en été.
La dernière image de travail que je garde de lui, c’était sur une grue à deux heures du matin, au-dessus d’un canal. Autour de nous deux, nuit et brouillard. Une galère de court métrage de copains. Mais l’exigence était la même.