Bernard Zitzermann, décisif et influant

Par Eric Gautier, AFC
Fin de l’année scolaire 1981, l’été s’annonce, je suis en première année de l’École Louis-Lumière, j’ai vingt ans. Inimaginable pour moi de partir en vacances (cela s’est confirmé toute ma vie !), je veux participer à un tournage, moi qui viens d’un monde si lointain du cinéma…

J’achète Le Technicien du film, un mensuel à l’époque, qui parle un peu de technique et qui surtout annonce l’actualité des tournages à venir.
Et je repère qu’un film se prépare, photographié par Bernard Zitzermann. Sa photographie du Molière, d’Ariane Mnouchkine, m’avait ébloui, moi si jeune, débutant, inculte. Je me rends compte aujourd’hui à quel point il a été décisif et influant sur ma façon d’aborder la "cinématographie". Je recherche son téléphone dans le Bellefaye de l’époque, qui était un annuaire de tous les techniciens du cinéma, disponible à l’école de cinéma. Et j’appelle Bernard Zitzermann, tout tremblant (le téléphone à fil posé sur la tablette de l’entrée, chez mes parents), avec une énorme antisèche sous mes yeux.
Et au téléphone, me répond un homme charmant, ému et même amusé (je m’en souviens comme si c’était hier). Je lui explique que je n’ai jamais assisté à un tournage, que je ne connaissais rien des essais caméra (c’était la réalité de cette école alors). Bienveillant, il me donne les coordonnées de son premier assistant, Michel Mandereau. Je passe deux semaines avec lui et Sophie Charrière, la seconde assistante.

Puis, je passe les voir de temps en temps sur le tournage. Il s’agit du Grand Pardon. Je n’avais pas la moindre idée du casting impressionnant que j’allais y rencontrer. J’avais choisi ce film pour Bernard Zitzermann et le voir travailler. Inutile de dire que son influence a été essentielle dans ma vie, l’école Almendros. Une scène de mariage en plein soleil et juste une direction de quatre 4 kW HMI sur un seul côté et un bout de poly a la face.

Les assistants m’ont rappelé pour travailler deux jours en renfort comme second assistant (charger les magasins) en deuxième équipe. Ce sont mes deux premiers bulletins de paye dans le cinéma, signés de la main d’Ariel Zeitoun, qui me donnera une chance inouïe en me confiant la photographie du Nombril du monde, quelque dix ans plus tard.
Et j’y ai côtoyé, sans le savoir, quelques (rares) grands amis dans le cinéma : Guillaume Sciama, ingénieur du son, que j’ai retrouvé ensuite sur les films de Patrice Chéreau. Et Eric Baraillon, électro, qui est devenu mon chef électro, sur L’Apparition, récemment.

Je n’oublierai jamais la bienveillance de Bernard Zitzermann, malgré son air austère et concentré. Cette expérience a été décisive dans ma vie.
L’année d’après, je rencontrais Bruno Nuytten