Celle que vous croyez

C’est la troisième fois que je travaille avec Safy Nebbou… La première fois, c’était pour passer trois mois Dans les forêts de Sibérie. La deuxième fois, c’était pour tourner un documentaire pour l’ONG Solidarité Laïque dont l’action se passe au Liban et au Mali.

Cette fois, l’action de Celle que vous croyez – tirée d’un roman de Camille Laurens – se déroule à Paris. Un Paris moderne, à l’antithèse de celui d’Amélie Poulain. Pas le Paris pittoresque mais plutôt un Paris avec des lieux spécifiques sur lesquels la mise en scène et l’image peuvent s’appuyer et créer une cohérence esthétique et dramaturgique appropriée au film.

L’histoire du film est celle de Claire, la cinquantaine, qui crée un faux profil sur les réseaux sociaux pour devenir une magnifique jeune fille de 24 ans... C’est une histoire de double, un incroyable jeu de miroir entre le monde réel et le monde virtuel… Une l’histoire de liaisons dangereuses parce qu’une fois que le mécanisme se met en marche, c’est très difficile de revenir en arrière… Celle que vous croyez est une histoire d’amour et un thriller à la fois… Prisonnière de son avatar, Claire ne veut pas renoncer au désir… elle exprime des sentiments réels dans un monde totalement virtuel.

Juliette Binoche dans "Celle que vous croyez"

Safy m’avait fait lire une toute première version de son scénario alors qu’aucun financement n’avait encore été trouvé. Très tôt il m’a parlé de la couleur bleue pour son nouveau film. J’avais noté ces mots de Safy sur mon agenda avant qu’ils n’accompagnent mon carnet de tournage : « Il faut trouver quelque chose de virtuel… Des couleurs d’ordinateur… Dans les bleus… A un moment, le spectateur ne doit plus savoir si elle est dans l’univers de Facebook ou si Facebook est dans nous… »

Juliette Binoche

Impossible, en repensant à cette note bleue qui m’a toujours guidé dans l’élaboration de l’image de ce film, de ne pas mentionner toutes les réflexions en amont du tournage du chef décorateur Cyril Gomez-Mathieu, qui est le bras droit de Safy depuis ses tous débuts derrière la caméra… Ils ont créé un duo étonnant, une bulle artistique formidable pour tout opérateur en demande de détails. Plus qu’un partenaire, Cyril fut un véritable complice au cours de l’élaboration de l’image de ce film. Pas uniquement pour ce qui concerne les couleurs et les patines du film mais aussi pour les déplacements des personnages et les mouvements de caméra…
La circulation était toujours pensée en amont à travers des jeux de niveaux, des couloirs, des escalators, des passerelles qui n’ont eu de cesse de souligner le parcours mental et labyrinthique de Claire. Safy, Cyril et moi faisions beaucoup d’allers-retours avec des photos, des dessins, des peintures, des captures d’écrans tirées de séries ou de films plus classiques… On s’appelait, on échangeait, on discutait, on s’interrogeait, on s’envoyait des liens, des extraits de films... C’était un véritable jeu de ping-pong entre nous trois à l’instar du va-et-vient constant entre le monde réel de Claire et celui, virtuel, de Clara, son avatar.

Juliette Binoche et François Civil


Juliette Binoche et François Civil

Le rôle des écrans dans le film est également primordial. Téléphones portables, ordinateurs mais également toutes ces images lumineuses qui défilent sur des écrans LED dans un Paris moderne… Leurs lumières, leurs rythmes, leurs couleurs nous ont permis de jouer avec des réflexions, des transparences et des contrastes. Parfois, des effets d’optiques vont jusqu’à s’approprier la silhouette et le visage de Claire dont le double semble prêt à surgir à chaque instant. Par exemple, quand Claire observe des corps galvanisés au LED sur des affiches publicitaires ou bien un jeune couple qui s’embrasse sur une vitrine "fashion" suréclairée, elle est renvoyée à son propre avatar, lisse et parfait.

Bref, dans Celle que vous croyez, il y a, dès les premiers échanges, un véritable désir d’image de la part d’un réalisateur, d’un chef décorateur et – ce n’est pas si fréquent –, d’un producteur* ! Un désir d’image que Claire, incarnée magistralement par Juliette Binoche, recherche en permanence… Une nouvelle image d’elle-même… Voire même une nouvelle vie qu’elle va chercher dans un monde électrique, numérique, brillant et…virtuel.

Mes choix se sont portés vers la Sony F65 parce que je connaissais déjà son énorme potentiel colorimétrique découvert en tournant L’Échange des princesses, un film pourtant aux antipodes de Celle que vous croyez
L’absence de profondeur de champ, grâce à l’utilisation d’un gros capteur et l’utilisation de Primo 70, nous permettent également d’aider Claire à quitter le monde réel dans lequel nous la rencontrons pour la perdre peu à peu dans les méandres de cette histoire formidable qui confère parfois à la folie. Le diaph du film sera 2,8… Il a été posé comme un postulat, dès les premiers essais réalisés avec Safy et Cyril.
Celle que vous croyez est un film citadin, a contrario des films sur lesquels Safy et Cyril m’avaient embarqué et si le spectateur quitte un moment Paris pour débarquer du côté des falaises d’Etretat, c’est juste pour mieux se retrouver suspendu au-dessus du vide.

* Michel Saint-Jean

Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=52Sh55gMxcU&feature=youtu.be

Dans le portfolio ci-dessous, deux photos de plateau et le carnet de tournage de Gilles Porte

Portfolio

Équipe

Cadreur et lumière : Gilles Porte, AFC
2e caméra : Samuel Lahu
Opérateur Steadicam : Mathieu Caudroy
Assistants caméra : Steve de Rocco, Félix Terreyre Saint-Cast, Nicolas Rea, Salomé Rapinat
Chef électricien : Gregory Bar
Chef machiniste : Vivien Jouhannnaud

Et d’autres techniciens qui ont largement participé à l’image du film :
Chef décorateur : Cyril Gomez-Mathieu
1re assistante réalisatrice : Louna Morard
Scripte : Christine Richard
Directeur de production : Frédéric Sauvagnac
Maquilleuses : Céline Planchenault, Myriam Kimes
Coiffeur : Romain Marietti

Technique