Coaching et maquillage, deux domaines d’activité nouvellement mis en lumière par le CNC

La Lettre AFC n°306

Après avoir éclairé ses lecteurs sur les métiers de chef constructeur, fixeur, scripte et repéreur de décors, le site Internet du CNC fait découvrir à qui l’ignorerait le travail du coaching de jeu et celui du maquillage. Patricia Sterlin et Odile Fourquin, professionnelles pratiquant respectivement l’un de ces métiers, expliquent la façon dont elles l’exercent.

Aider le comédien à être plus précis dans ses intentions, à travailler la justesse des émotions, à sublimer les textes et mieux appréhender les demandes d’authenticité ou de non-jeu que peuvent parfois avoir les réalisateurs : telles sont les missions du coach de jeu. Explications avec Patricia Sterlin, qui exerce ce métier depuis 1991.

« Un bon coach ne fait pas de direction d’acteur, tâche qui incombe au réalisateur », précise d’emblée Patricia Sterlin, engagée par des comédiens pour les aider à se préparer avant un tournage (elle dirige également des ateliers collectifs). Elle travaille avec eux l’énergie et les émotions à donner selon les scènes, la manière dont ils doivent jouer face à la caméra et la construction globale de leur personnage. Si elle dispose parfois d’un peu plus d’un mois pour coacher un comédien ou une comédienne – une durée idéale selon elle -, elle intervient le plus souvent trois semaines avant le tournage. « Je fais beaucoup parler les comédiens avant, pour savoir ce qu’ils ont en tête. Parfois, mais c’est rare, nous avons des réunions avec le réalisateur et je note tout ce qu’il désire et les raisons pour lesquelles il a choisi ce comédien-là. Je peux ensuite puiser dans ces échanges pour construire le coaching : je deviens une sorte de mémoire de cette première réunion. » Patricia Sterlin ne débute son coaching qu’après avoir évoqué les envies du comédien et la manière dont il voit le personnage à incarner. Autre étape obligatoire : la lecture du scénario. « Je le lis à travers ce que ressent le personnage que je vais accompagner et je m’interdis d’avoir un esprit critique. »

Une scène du "Couperet", de Costa-Gavras, film pour lequel Patricia Sterlin a coaché un comédien
Photo KG Productions - RTBF - Wanda Vision

Pour guider le comédien, elle utilise diverses méthodes, notamment celles très liées de l’Actor’s Studio (qui combine le travail littéral sur le rôle et une approche plus introspective) et de Stanislavski (axée sur « l’impulsion du corps et l’action physique »). « Je m’adapte aux comédiens car ils ont tous leur méthode de préparation. Il y a parfois un travail pour trouver la gravité de la voix à travers les émotions du personnage. Pour d’autres, il suffit de changer de langue pour que la voix descende et trouve le bon ton », poursuit Patricia Sterlin en ajoutant que la voix est un atout essentiel pour certains acteurs. Elle sera donc travaillée différemment afin de ne pas perdre cette marque de fabrique. « Les acteurs sont très réactifs. Ils ont une mémoire sensorielle qui me donne l’impression de travailler avec des Stradivarius. Leur transformation physique, du regard et de la voix est parfois impressionnante », poursuit-elle en expliquant que répéter en costumes est une bonne manière de se plonger davantage dans le rôle. « On n’a pas la même démarche en santiags qu’en charentaises. Avec les chaussures et le costume, le ressenti psychologique n’est pas le même. La méthode Actor’s Studio appelle ça travailler de "l’extérieur vers l’intérieur". »

Présents sur les tournages pour préparer les visages des comédiens, les maquilleurs doivent faire preuve d’une grande capacité d’adaptation et d’un sens aigu de la lumière. Et ce ne sont pas les seuls éléments à prendre en compte pour ces professionnels dont le métier a été bouleversé par le numérique.

« Rien ne vaut l’expérience. » Pour Odile Fourquin, maquilleuse et chef maquilleuse pour le grand et le petit écran depuis trente ans, son métier s’apprend avant tout sur les tournages. « Il faut être le plus possible sur des plateaux, être immensément curieux et essayer d’être en contact avec des chefs maquilleuses qui ont de l’expérience : c’est là qu’on apprend le plus », conseille-t-elle à ceux qui voudraient faire ce métier. Si elle a fait une école de maquillage, elle a commencé sa carrière de maquilleuse avant même l’obtention de son diplôme. « Je me suis inscrite à l’IDHEC (L’Institut des hautes études cinématographiques, intégré à La Fémis depuis 1988 ndlr) et j’ai proposé mes services pour les courts métrages. J’en ai fait un, puis deux, puis dix… J’ai appris sur le tas », se souvient-elle en expliquant qu’à « l’époque, l’enseignement du maquillage était très traditionnel. On n’apprenait pas du tout ce qu’étaient un plateau et les exigences d’un film. »

Odile Fourquin maquillant John Malkovitch
Document Odile Fourquin

Odile Fourquin s’occupe aussi bien de la mise en beauté des comédiens que des maquillages de « fatigue, de bouton » et des « effets spéciaux tels que les blessures et les cicatrices ». Pour choisir le maquillage approprié, elle se base avant tout sur « ce qui est décrit dans le scénario et ce qui est demandé par le réalisateur ». Pour les blessures, elle prend ainsi en compte l’arme, le contexte ou encore « s’il s’agit d’une blessure fraîche ou ancienne ». « Le réalisateur vous aiguille mais après, c’est à vous de proposer des choses en sachant que les techniques ont beaucoup évolué maintenant. Pour de nombreuses blessures et cicatrices, nous travaillons avec des petits morceaux en plastique qu’il faut camoufler mais ils permettent d’avoir une tenue et des raccords parfaits », précise-t-elle ainsi en soulignant que les maquilleurs travaillent avec « leur propre matériel ». « Sur chaque film, le chef maquilleur a un budget qui permet de renouveler ses produits et d’acheter ce dont on a besoin spécifiquement pour le film. Lorsqu’on est un extra, on travaille avec son propre matériel et celui mis à disposition par le chef maquilleur. »