Disparition de Jacques Perrin, acteur, producteur et réalisateur

13 juillet 1941 – 21 avril 2022

Contre-Champ AFC n°332

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Comédien puis producteur et réalisateur engagé, le parcours de Jacques Perrin n’emprunte pas les sentiers habituels d’une “carrière” cinématographique. Enfant de la balle, il a cependant tracé une voie originale et exigeante, affronté avec audace et ténacité les difficultés et les paris les plus improbables, se reconnaissant pour seul talent, celui de « savoir réunir des gens qui en possédaient. » Les personnes qui auront participé à ses films retiendront de lui, entre autres qualités, sa bienveillance, son courage, son obstination, sa confiance et son respect envers elles.

Jacques Perrin, c’est d’abord ce visage éternellement juvénile, qui surgit dans le cinéma italien du début des années 1960. Il reste l’inoubliable jeune interprète des films de Valerio Zurlini, La Fille à la valise, en 1960, où il donne la réplique à Claudia Cardinale, et Journal intime, deux ans plus tard, avec Marcello Mastroianni.

A gauche : "La Fille à la valise" | A droite : "Journal intime"
A gauche : "La Fille à la valise" | A droite : "Journal intime"

Cette première période de sa carrière, devant la caméra, lui vaudra la Coupe Volpi du Meilleur acteur lors de la 27e Mostra de Venise en 1966 pour Un homme à moitié, de Vittorio De Seta, avec Luciano Tovoli derrière la caméra, qui restera un fidèle parmi les fidèles.
Encore interprète en 1963 pour Mauro Bolognini (La Corruption) ou Duccio Tessari (Le Procès des doges), Jacques Perrin voit sa carrière d’acteur prendre son essor en France grâce à Pierre Schoendorffer (La 317e section, en 1965), Costa-Gavras (Compartiment tueur) et Jacques Demy (Les Demoiselles de Rochefort, en 1967), réalisateurs dont il accompagnera longtemps le parcours jusqu’à se lancer dans la production, dès 1969, son premier grand défi pour faire exister un film que d’autres avaient refusé de produire : Z, de Costa-Gavras.
S’il continua toute sa vie à "faire l’acteur", parfois, de son propre aveu, pour renflouer les caisses, Jacques Perrin devient un producteur audacieux, en fiction comme en documentaire : Le Désert des Tartares, de Valerio Zurlini, Les 40èmes rugissants, de Christian de Challonge, Himalaya, l’enfance d’un chef, d’Eric Valli, mais aussi Le Peuple singe, de Gérard Vienne, Microcosmos, de Claude Nuridsany et Marie Pérennou.

Jacques Perrin
Jacques Perrin
Photo Mathieu Simonet

A l’image d’Albert Kahn qui, au début du siècle dernier, envoyait des photographes et opérateurs partout dans le monde pour constituer les Archives de la Planète, Jacques Perrin constitua des équipes d’opérateurs, auxquels il resta fidèle, les envoyant partout dans le monde pour rapporter, coûte que coûte, des images rares, uniques pour ses documentaires animaliers ou ses plaidoyers pour la planète et la sauvegarde des espèces : Le Peuple migrateur (2001), Océans (2009), Les Saisons (2016)...

Captures d’images d’après "Making of Le Peuple migrateur", de Olli Barbé | © Galatée Films


S’il n’était pas un technicien lui-même, Jacques Perrin était fasciné par les outils dans la mesure où ils permettent d’obtenir les images rêvées, d’où de constantes innovations dès Microcosmos, réinventant ainsi une façon de filmer en cassant les codes du cinéma animalier.
Le public ne s’y est pas trompé en réservant un grand succès à ces productions qui magnifient la nature et le monde animal, sans pour autant verser dans le militantisme et les images chocs.

Invité le 16 juin 1995 par Bernard Pivot dans son émission "Bouillon de culture", Jacques Perrin résumait ainsi sa vision du cinéma dans son rapport aux spectateurs : « J’ai l’impression que les spectateurs ont toujours une âme d’enfant et qu’un espace, une salle cinématographique, je trouve que c’est un espace aussi très humaniste. C’est formidable de voir les spectateurs qui pleurent à des valeurs, à des gens qu’ils rencontrent dans la rue, peut-être auxquels ils ne s’intéresseraient pas, et au contraire, au cinéma on est pris, on aime son prochain. En plus, qu’est ce que c’est que le cinéma ? C’est la projection aussi d’une illusion, d’un rêve et avoir un rêve commun partagé avec les spectateurs, et qu’on sache que le spectacle c’est pas le film, c’est le film qu’à partir du moment où il est révélé par le spectateur et que les deux créent le spectacle. Donc c’est une communion, c’est une belle chose. »

  • Lire une tribune de Jacques Perrin à propos de la lumière publiée sur le site de l’Académie des beaux-arts.