Elin Kirschfink, chapeau bas !

Par Caroline Champetier, AFC

par Caroline Champetier La Lettre AFC n°304

Après Marie Spencer, son autre marraine AFC, c’est au tour de Caroline Champetier de présenter la directrice de la photographie Elin Kirschfink, entrée il y a peu à l’AFC. C’est à la vue du travail d’Elin sur le film Camille que Caroline étaye son mot d’accueil, lui donnant, en guise de souhait de bienvenue, un joli coup de chapeau.

Elin Kirschfink est entrée il y a peu à l’AFC sans que j’ai pu saluer son arrivée alors qu’elle avait eu l’intrépide idée de me choisir comme marraine sans que nous nous connaissions vraiment. Jean-Noël Ferragut, qui veille sur nos statuts et traditions comme un druide, m’a rappelé cinq ou six fois à l’ordre, rien n’y a fait. Heureusement , il y a le coffret des César et la curiosité toujours renouvelée d’aller y rencontrer le travail de nos pairs, les films que nous n’avons pas pu voir, ceux dont on parle et ceux dont on parle moins mais qui valent sacrement le coup.
 Camille, filmé, c’est-à-dire photographié et cadré par Elin Kirschfink, est de ceux-là.

C’est un film furieusement intrépide, comme Elin, mais dans le même temps d’une justesse absolue, ce qui n’est pas évident quand il s’agit d’un film de guerre dont l’héroïne est une femme, qui plus est photographe (Camille Lepage, 1988-2014).

Ce que le film suit pas à pas, regard après regard, c’est la détermination de Camille à rendre compte, par la photographie, des conflits centre-africains où les villageois se sont organisés en milices d’auto-défense protectrices de la population tentant de rendre coup pour coup aux Selaka semant la terreur dans le pays, épuisant femmes et enfants comme dans toute guerre. 
Il faut rendre grâce à la mise en scène de nous faire croire aux attaques, aux battues, aux constats morbides, soutenue en cela par une caméra qui suit Camille, la devance rarement, garde une distance constamment juste sur ce chaos.
L’autre grande qualité de la partition visuelle, peut-être même le secret de cette justesse, c’est, insérées dans le film sans transition mis a part leur immobilité, les photos de Camille Lepage qui témoignent de sa présence réelle aux côtés des jeunes combattants.
Il a sans doute fallu à Elin une belle modestie pour laisser à ces photos magnifiques de loyauté une place et peut-être plus, une sorte de "la" visuel, une note, qu’elle essaye de tenir avec la caméra forçant le respect par sa constance et son engagement.

Chapeau bas donc ! Je suis contente de n’avoir pas cédé à une parole qui aurait été plus convenue que sentie, d’avoir regardé Camille, heureuse que l’AFC accueille une DP qui y développe un geste admirable et nous étonnera certainement encore.