"Entre les vagues", l’énergie de la photographie au service de la narration

par Poly Son

Poly Son a eu le plaisir de travailler sur la postproduction du long métrage d’Anaïs Volpé, Entre les vagues, photographié par Sean Price Williams. Lors des étapes suivantes : laboratoire numérique, montage image, étalonnage, montage son, post synchros et mixage. Le film est présenté cette année à la Quinzaine des Réalisateurs.

Pour son second long métrage, Anaïs Volpé a tenu un engagement esthétique fort : celui de tourner avec la caméra Digital Bolex. Sa particularité est de créer un rendu 16 mm tout en étant du numérique. Cette caméra produite à petite échelle, a été très peu utilisée dans le monde du fait qu’en cas de soucis technique, seule une personne dans le monde peut la réparer ! Un beau challenge pour ce film d’Anaïs !

Autre désir primordial pour la réalisatrice : travailler avec un D.O.P. américain. L’univers new-yorkais fait partie intégrante de la pièce de théâtre dans ce film. Sean Price Williams a ainsi pu apporter sa culture au sein de ce projet. L’objectif était que l’on puisse sentir que l’âme de la pièce de théâtre s’immisce dans tout le film et la vie des personnages principales.

Anaïs Volpé voulait également que le film transpire la caméra épaule, le jeu épaule, le montage épaule. Margot et Alma, les héroïnes du film, ne s’arrêtent jamais. Aussi, Anaïs souhaitait que l’on reste constamment avec elles dans leur voyage, leurs vagues,... Ce désir d’être très près des personnages permet au spectateur de ressentir que lorsqu’on vit des choses intenses, nous n’avons pas forcément le temps de prendre du recul pour analyser les évènements.

La réalisatrice aspirait à rester dans quelque chose de très brut, simple, essentiel, dans une énergie et une urgence de la vie. Le jeu avant tout. Pour cela, l’équipe de tournage devait passer le moins de temps possible à installer le matériel, les lumières,... Afin de ne pas sentir la fabrication du film à l’image et laisser place au jeu, au maximum, pour préserver l’énergie des actrices.

Dans ce film, la photographie engagée à forte connotation Super 16 a été assumée jusqu’aux finitions image. Laurent Ripoll a pu porter les choix d’Anaïs durant l’étalonnage et mener à une image en lien étroit avec la narration. Les couleurs du film sont joyeuses. Entre les vagues est un film de contrastes, très coloré et très gai visuellement. Au final, tout fonctionne en duo et en dualité dans ce film. Anaïs Volpé voulait que l’image occupe tout l’écran, sans format spécifique. Un désir de vie en pleine face.

Photogramme d’"Entre les vagues"
Photogramme d’"Entre les vagues"
© Unité de production

Du point de vue de l’étalonneur, Laurent Ripoll :
« Mon rôle sur Entre les vagues a été un peu singulier pour un étalonneur. Il se trouve qu’il y a quelques années, avec des camarades Directeurs de la photographie (Lucile Mercier, Martin Roux), nous avons acheté des Digital Bolex (D16) pour avoir le plaisir d’utiliser cette caméra presque introuvable en France, construite autour d’un capteur CCD Kodak Super16.
Lorsque Sean Price Williams et Anaïs Volpé ont commencé la préparation d’Entre les vagues, leur envie de tourner avec une D16 a provoqué la rencontre. Nous leur avons ainsi fourni la caméra, mais aussi les optiques, une série Elite Super16 qui contribue en partie à l’organicité de l’image du film.

Faire un long métrage de fiction en D16 supposait une vraie flexibilité et écoute du laboratoire. Le workflow de cette caméra, qui n’enregistre qu’en cineDNG, sans time code, est quelque peu déroutant, et s’apparente parfois un peu à l’expérience du tournage en pellicule. Poly Son a pris en compte toutes les spécificités de la D16, proposant des proxys déjà très bien interprétés, et une vigilance particulière à toutes les fragilités de cette caméra. Sa conception presque artisanale, provoque parfois des défauts dans l’image qu’il faut traiter avec précaution.

Avec la D16, si elle est bien posée au tournage et correctement traitée en post production – comme c’était le cas sur Entre les vagues – les finitions sont alors d’une grande simplicité. La caméra, bien que peu dynamique, possède un signal très riche et non compressé, l’image est en quelque sorte déjà très bien positionnée. Avec Martin Roux, nous avions fabriqué une LUT sur mesure pour les primaires du capteur atypique de la D16. Grâce à ces outils déjà très déterminés, l’image était déjà très engagée en mapping couleur et mon travail au moment des finitions s’est rapproché d’un travail de tirage photographique : chercher la balance de chaque plan pour révéler au mieux l’image de Sean Price Williams qui travaille beaucoup les contrastes chromatiques au tournage, et tenir ainsi un engagement coloré sur chaque séquence, souvent bien loin de la neutralité.
Nous avons aussi ajusté la texture de l’image, en termes de granularité, de piqué et de contraste local. Ces ajustements, fins mais déterminant nous ont permis de répondre aux attentes d’Anaïs Volpé et Sean Price Williams pour une image résolument organique et intemporelle. »

Entre les vagues, d’Anaïs Volpé | Unité
Directeur de la photographie (D.O.P.) : Sean Price Williams
Étalonneur (Colorist) : Laurent Ripoll
Caméra : Digital Bolex