Entretien avec Elodie Schmidt, responsable de la qualité, et Christophe Lucotte, étalonneur photochimique, aux Laboratoires LTC

La Lettre AFC n°216

21 décembre, Saint-Cloud, solstice d’hiver, le jour le plus court.
J’ai rendez-vous 14, boulevard Sénart avec Elodie Schmidt, responsable de la qualité chez LTC. Dans le hall, je suis reçue par des vigiles. Je décline mon identité, la raison de ma visite. Ils appellent Elodie qui vient me chercher à la réception.
En traversant la cour, les couloirs, l’absence est palpable : le silence est impressionnant et l’odeur des bains manque, la réalité frappe d’un coup, comme ça, sensorielle. Dans les bureaux, vide et silence à nouveau : seuls vingt parmi " 115 " sont d’astreinte, chargés de fermer la " boutique " avant la fin du mois. Nous rejoignons Christophe Lucotte, étalonneur photochimique LTC.
Chronique d’une liquidation… que nous publions ici.

  • Je remercie très chaleureusement Elodie et Christophe de leur accueil. (I. S.)

Historique de la situation sous Quinta Industries
Elodie Schmidt : Quand Tarak Ben Ammar nous a repris, il y a une dizaine d’années, on n’était pas bien, c’est vrai. En 2008, il n’a pas été autorisé à fusionner avec Eclair, une idée que nous ne trouvions pas idiote, mais, on l’a su après, 13 millions restaient impayés à l’URSSAF. La société était déjà un canard boiteux. Ensuite, j’ai le sentiment que l’on dégageait du cash pour alimenter les différentes sociétés de Quinta et que rien n’était fait pour redresser la barre ou pour gérer l’entreprise.
Tarak Ben Ammar a liquidé LTC, Duran, Ex Machina.
C’est vrai, on a tenu dix ans, on a été payé dix ans, merci.

Christophe Lucotte : Lors de la journée du patrimoine, on a fait visiter le labo à des anciens de LTC, je pense à Didier Dekeyser. Il a constaté que le laboratoire n’avait pas bougé en dix ans. Zéro investissement.

Quelles ont été les conséquences du passage au numérique pour les salariés de LTC ?
E. S. : L’arrivée du numérique n’a pas eu d’impact pour LTC jusqu’en 2010. On a sorti 119 millions de mètres en 2009 et 97 en 2010.
Mi 2010, le métrage a commencé à baisser, alors que 2009 et 2010 étaient des années record en photochimique. On a installé un service DCP KDM. Sur notre base de données, nous observions l’évolution des salles qui s’équipaient en numérique et pouvions quantifier le phénomène qui s’amplifiait à raison de 10 salles numériques par semaine.
La bascule est arrivée vraiment fin 2010.
Début 2010 on faisait neuf millions de mètres par mois ; fin 2010 quatre, cinq ; en juin 2011 trois à quatre.
Pour pallier la chute du photochimique, la première chose a été de supprimer l’équipe de nuit, en octobre 2010, une vingtaine de personnes à qui on a proposé de passer de jour. Une n’a pas accepté et a été licenciée. Les postes de jour étaient occupés par des intérimaires qui ont été remerciés.

Quelle était la proportion de personnel intérimaire et fixe ?
E. S. : 115 en CDI et il pouvait y avoir jusqu’à 50 intérimaires.
La politique de LTC a toujours été, lorsque l’on réclamait des embauches, de refuser, pour éviter, d’après eux, un plan social si la situation tournait mal !
Certains intérimaires sont restés chez nous deux ans, trois ans !
En mai 2011, disparition totale des intérimaires, en préparation du premier plan social présenté en juin 2011 qui prévoyait la suspension de 34 postes, touchant principalement la fabrication, développeurs, tireurs.
Le calcul était simple : moins 30 % de l’activité donc on vire 30 % des salariés. Or, LTC avait déjà compensé cette perte d’activité par la suppression des intérimaires !
Le CE a refusé ce plan, jusqu’à ce que, fin août, la direction retire ce PSE en précisant qu’elle en représenterait un autre dans les semaines à venir, concernant davantage de salariés, argumentant de la dégradation de la situation entre juin et août. Il est vrai que la baisse de métrage s’accentuait, mais on en était encore à 4 millions (de mètres par mois).
Ce plan social a tardé, retard de salaire début septembre, épée de Damoclès, on ne nous disait rien.
On s’est mis en grève début octobre, pour obtenir nos salaires.

C. L. : : Nous avons été traités d’irresponsables.

Qui était votre interlocuteur ?
C. L. : A cette époque, c’était encore Jean-Robert Gibard.

E. S. : Quand nous avons fait ces trois jours de grève, nous n’avons pas été reçus par Jean-Robert Gibard, mais par la DRH. On ne reprenait le travail que si on était payé et si les dirigeants et les actionnaires venaient sur le site.
Donc, au bout de trois jours, Monsieur Jean-Robert Gibard arrive sur le site de LTC, accompagné de Farid Djouhri, le bras droit de l’actionnaire.

C. L. : Déjà, Jean-Robert Gibard ne signait plus rien.

E. S. : Visiblement, tout devait passer par l’actionnaire. Farid Djouhri signait les commandes de pellicule, par exemple.

C. L. : Je reviens sur les commandes de pellicule. Au moment des trois jours de grève, on n’avait pas de pellicule pour tirer les copies, de toute façon. Il nous manquait la matière première !

E. S. : Jean-Robert Gibard et Farid Djouhri nous annoncent que l’on est déjà payé (ce qui sera effectif deux jours plus tard) et nous expliquent que le PSE sera présenté la deuxième quinzaine d’octobre 2011. Et nous promettent de revenir tous les mois pour faire le point.
On reprend le travail.
27 octobre, réunion du CE, la trésorerie n’est pas bonne.
28 octobre Jean-Robert Gibard annonce que LTC sera mis sous protection judiciaire, gel des dettes, salaires assurés.
3 novembre au tribunal, redressement judiciaire prononcé.
Coup de massue, on pensait plan de sauvegarde avec observation de six mois ! Tarak Ben Ammar promet la numérisation du catalogue, une réorganisation du labo et un plan social promis début octobre. On repart travailler.
Maître Gay, l’administrateur, nous convoque, nous présente un plan social qu’il veut appliquer immédiatement avec 74 suppressions de poste, a minima (puisque l’on est en redressement), donc uniquement les salaires, congés payés et indemnités légales conventionnelles.
Le CE ne veut pas commencer par le plan social, mais par la présentation de la situation réelle financière de l’entreprise. Notre expert comptable nous avait fait un bilan sur les chiffres de 2009, on n’avait pas eu ceux de 2010.
Jean-Robert Gibard est toujours dirigeant, mais tout passera par le bureau de l’administrateur. Le nouveau plan social nous est remis le 23 novembre. On suspend cette première réunion, on attend d’autres éléments, les avocats se mettent en relation. On essaie de comprendre.
On se met autour de la table pour négocier des primes extra légales. 1 086 000 euros sont accordés par Tarak Ben Ammar, soit 15 000 euros par licencié.

74 licenciés dans tous les domaines ?
E. S. : Mon poste sautait, restaient trois développeurs, trois étalonneurs sur cinq, deux monteuses, un visionneur, etc.
Le 8 décembre, après s’être mis d’accord oralement avec Tarak Ben Ammar concernant cette prime de 15 000 euros, on fait une AG pour annoncer cet accord, tout le monde est rassuré. A 17 h, notre comptable nous appelle pour nous faire part de la tenue d’une réunion au tribunal entre Tarak Ben Ammar, l’administrateur et le juge commissaire pour liquidation.
Info sue par le secrétaire du CE, le délégué FO et moi, déléguée CGT, confirmée le jeudi soir par l’administration qui corrobore la liquidation pour le 15 décembre.
Le vendredi matin, on arrête de bosser.

C. L. : On était en train de fabriquer les copies d’Hugo Cabret, on nous mettait la pression pour sortir ce film, la plus grosse sortie de Metropolitan ; que l’on devait livrer le mercredi 14.

E. S. : Nous, labo, étions désespérés, on ne voulait pas bloquer cette sortie ; en octobre, on avait continué à développer les négatifs.

C. L. : Le vendredi matin, on a continué les projections avec les clients.

E. S. : Metropolitan est venu le vendredi soir réclamer ses éléments, on a dû dire non. Même eux ne croyaient pas à la liquidation. On ne voulait pas en arriver là. C’était pourtant le seul moyen pour que l’on nous entende. On a vu clairement le résultat. Si l’on n’avait pas bloqué ce film, on aurait fermé comme GTC a pu l’être. C’était notre baroud d’honneur. On ne voulait pas que ça se fasse en silence.
Puis il y a eu toute cette semaine où tout le monde est venu nous soutenir.
15 décembre : audience, le juge commissaire et le président du tribunal ont demandé à Farid ce qui s’est passé.
Seule explication, on ne voit rien venir de la Caisse des dépôts pour la numérisation des films. Le tribunal ne comprend pas pourquoi la liquidation n’a pas été prononcée le 3 novembre.

Pourquoi faire traîner comme ça ?
E. S. : A mon avis, ils pensaient que le tribunal leur laisserait du temps. C’est ce que je pense personnellement.
En novembre, le tribunal a obtenu d’autres chiffres, épluché les comptes de Quinta et, en creusant, a vu que la situation financière était plus grave. Monsieur Tarak Ben Ammar devait honorer ses engagements ; contrairement à ce qu’il avait annoncé, il n’a pas assuré le chiffre d’affaires en novembre et décembre.
Une anecdote : 22 millions appartenant à LTC sont partis dans le groupe, le CE a déposé une demande de référé dans le même tribunal.

C. L. : Où en est ce référé ?

E. S. : Ce référé est annulé, après la signature d’une prime de départ sous réserve d’abandon des droits de poursuite.
9 000 euros pour chaque licencié et référé aux oubliettes !

Cette situation résulte-t-elle de la mutation du secteur ou du manque de formation ?
E. S. : On avait intégré le PSE de 74 personnes avec 40 personnes sur site en pensant que les 40 finiraient " tranquillement " ces 3 millions de mètres que l’on a toujours faits. Nous restons intimement persuadés que le labo aurait pu rester ouvert jusqu’à mi 2012. Quant à la formation…

C.L : La moindre formation au numérique était systématiquement refusée. En tant qu’étalonneur, j’aurais pu faire une formation en interne. Ma hiérarchie refusait, d’année en année, depuis quatre ans. Quand les dirigeants ont fait venir des étalonneurs extérieurs déjà formés au numérique, pour nous, les portes de la formation se sont définitivement fermées.
Je réclamais deux mois de formation sur le site Duboi, c’était refusé. C’est usant.

E. S. : Le problème n’étant pas le coût de la formation, mais on ne pouvait pas se passer de Christophe qui avait assez de travail en photochimique, alors pourquoi lui accorder une formation ?

C. L. : Avec Christian Dutac, on assurait toutes les productions, on était pressé comme des citrons.

E. S. : A partir de 2008, on était bien conscient qu’il fallait former le personnel au numérique, mais pas seulement, puisqu’il n’y avait pas de place pour tout le monde. Impossible d’obtenir une formation hors secteur ; on savait pourtant que l’on ne pouvait pas reconvertir tout le monde dans le secteur. C’est seulement ces six derniers mois que certains ont pu se former en dehors du secteur. Le 15 décembre, trois salariés ont pu partir pour entamer une formation poids lourd qu’ils ne pourront peut-être pas achever.
Sans emploi, sans diplôme, là il y a eu un vrai manque d’anticipation.
Certes, il y a eu des formations, il y avait un budget : on a eu une formation informatique ; une journée d’initiation au numérique chez Duran à Issy-les-Moulineaux, en gros, visite du site, c’est risible !
Cela permet de montrer des chiffres : 70 % des salariés ont eu le droit à une formation ! Mais ce ne sont pas des formations qualifiantes, ni de reconversion. Sur les 115, trois sont en formation longue.

C. L. : Quand je suis entré, en 1999, j’entendais déjà que c’était la fin de l’argentique, qu’il fallait prendre le virage du numérique en douceur, en fait, on a foncé droit dans le mur. Qui a été formé à un autre métier et a valorisé son savoir-faire chez LTC ? Personne. On a fait du chiffre et au final, rien…
On part avec une formation incendie, le minimum légal dans toute entreprise !

L’avenir ?
E. S. : Dans le groupe, c’est fini, on va se débrouiller comme on l’a toujours fait. Le soutien de la profession va nous aider, nous allons faire circuler les CV.
Mais demain 22 décembre, nous ne sommes pas reçus au CNC. Si l’on peut éventuellement le comprendre, pourquoi ne pas prévoir une autre réunion organisée par le CNC avec les salariés ? Parce que aujourd’hui, LTC, c’est plié, mais demain ? Eclair ne va pas très bien non plus.

C. L. : On ressent la volonté de ne rien faire.

E. S. : Il y a deux ans, nous avions manifesté sous les fenêtres du CNC avec Eclair : « Eh oh ! On est en train de mourir ! Que vont devenir les négatifs, les shoots de conservation ? » On nous a proposé une réunion cet automne.
Autour de la table, il y avait l’APC, les producteurs, Eclair, LTC.
La réunion suivante était prévue le 19 janvier, trop tard !

Qui est présent aujourd’hui sur le site de LTC ?
E. S. : Une vingtaine de personnes chargées de fermer l’entreprise. Dès le jeudi après la journée du patrimoine, la société a été mise sous le contrôle de neuf vigiles. Les badges sont désactivés, on n’entre plus. Alors que l’on est licencié le 29 décembre, humiliation jusqu’au bout !
Ici, il y a par exemple quelqu’un au stock qui fait l’inventaire, chez Duran, pareil. On ne va tout de même pas réquisitionner des gens qui sont liquidés pour faire les transferts, sans un mot pour le gars, tout le travail d’une vie, méprisé ! Comme Nadine, toute sa vie à LTC, elle doit s’occuper des ayant droits, toute seule dans son bureau, personne s’en inquiète, à part les clients qui l’appellent sans arrêt.

C. L. : On parle des 36 films, sur les serveurs, qu’il faudrait décharger avant la saisie des machines mais chez Duboi, il n’y a plus un seul disque dur pour faire les transferts, comme nous, quand on n’avait plus de pellicule pour tirer les copies en octobre ! Scanlab récupérait les DVDs pour en fabriquer !

Où sont les éléments ?
E. S. : On entend : les salariés ont débloqué les négatifs, sous-entendu, les salariés bloquent les négatifs, c’est faux ! La liquidation implique que les négatifs soient bloqués, nous n’avons aucun pouvoir dessus.

C. L. : Nous avons mis en sécurité le stock le mercredi 14 décembre, déplacé les négatifs d’étage en étage pour les mettre au rez-de-chaussée, les enfermer, derrière une porte blindée. Il y a une centaine de films sur le site de LTC. On a fermé les portes et remis les clés au PC sécurité. Aucun salarié de LTC ne détient les clés. Ce n’est pas la direction ni le liquidateur qui ont mis les films à l’abri. Ce sont les salariés de LTC. Et on nous traite d’irresponsables !

E. S. : Nous sommes des gens responsables, nous savons ce que nous fabriquons et en connaissons la valeur. C’est pour cela que l’on a mis les " éléments clients " en sécurité. Les clients ont toujours été en confiance avec nous et n’ont donc pas prévu de plan B ou de shoot de sécurité pour leurs films.
Nos dirigeants et actionnaires ont pris une décision sans penser que, tous les mercredis, les films devaient sortir, que cela représentait des années de travail, sans prévoir ni anticiper l’avenir.
A mon avis, le CNC va devoir débloquer des fonds d’urgence pour récupérer les films. Mais il n’y aura pas de fonds d’urgence pour les salariés…
Cette dernière semaine, nous avons arrêté les machines, mis en sécurité les films et reçu, jeudi, les clients, les amis.
Ce laboratoire ferme salement. On voulait partir dignement. Dire au revoir à tout le monde, les collègues, les clients. Faire un pot de départ, ce qui ne se faisait plus depuis six ans, interdiction de déboucher une bouteille de champagne pour un départ à la retraite !
Notre pot de départ a été la journée du patrimoine.

(Propos recueillis par Isabelle Scala pour l’AFC)

Les membres du personnel de LTC réunis en Grande projection
Photo Eric Guichard


Les " 115 " de LTC
- 1 animateur hygiène sécurité
- 1 assistant facturation
- 1 personne pour les autorisations
- 3 personnes chargées de clientèle au service distribution
- 3 chargés de projet production
- 3 chargés de planning
- 1 directeur de production
- 1 gestionnaire de stock
- 15 développeurs
- 1 directeur de fabrication
- 3 personnes au service DCP - KDM
- 1 responsable qualité
- 15 tireurs - essuyeurs
- 11 personnes au standard finition - emballage
- 8 visionneurs - projectionnistes
- 1 vérificateur des éléments
- 1 chargé de projet
- 1 responsable de fabrication
- 1 responsable des flux
- 5 personnes au service livraison
- 1 personne au stock - patrimoine
- 5 étalonneurs
- 7 monteuses
- 4 préparateurs de bain
- 3 électrotechniciens
- 4 personnes au fluide - chaudière
- 9 personnes à la maintenance - mécanique
- 5 chimistes - sensitométrie

21 personnes ont plus de 25 ans de " maison "…

Une bobine de 600 m pèse 3,5 kg et il en faut cinq pour faire un film de 1h40 (20 minutes par bobine)

Chronologie des événements
Octobre 2010 : suppression de l’équipe de nuit
Mai 2011 : disparition totale des intérimaires
Juin 2011 : proposition du premier plan de sauvegarde pour l’emploi, refusé par le CE. Objectif : suppression de 34 postes
Septembre 2011 : retard de salaires
Octobre 2011 : grève de 3 jours
27 octobre 2011 : réunion du CE, la trésorerie n’est pas bonne
28 octobre 2011 : Jean-Robert Gibard annonce que LTC sera mis sous protection judiciaire
3 novembre 2011 : redressement judiciaire prononcé par le Tribunal. 74 suppressions de poste, a minima (salaires, congés payés et indemnités légales conventionnelles)
23 novembre 2011 : le nouveau plan social est remis aux salariés
8 décembre 2011 : AG pour annoncer l’accord oral avec TBA sur la prime extra légale
8 décembre 2011, 17h : appel du comptable qui fait part d’une réunion au tribunal entre TBA, l’administrateur et le juge commissaire pour liquidation, information confirmée le jeudi soir par l’administration qui corrobore la liquidation pour le 15 décembre
9 décembre 2011 : arrêt des machines, du travail
15 décembre : journée du patrimoine LTC
Les clés du stock sont données au PC sécurité après mise à l’abri des " éléments clients " par les salariés de LTC.

Christophe Lucotte et Elodie Schmidt à LTC
Photo Isabelle Scala