Et si chaque DoP de l’AFC envoyait une image fixe de son lieu de confinement ou un texte...

Et s’il encourageait celles et ceux qui l’entourent à le faire…

AFC newsletter n°307

Parce que l’arrêt des tournages ne nous empêche pas de regarder…
Parce que la suspension des salles de cinéma ne nous empêche pas de nous retrouver autour d’un point de vue...
Parce que le coronavirus Covid-19 ne nous empêche pas d’échanger...
Nous, directrices et directeurs de la photographie de l’AFC, proposons d’arrêter notre regard sur ce qui nous entoure en proposant une image fixe, accompagnée de quelques mots ou pas, prise aux alentours de notre lieu de confinement… Ou éventuellement un texte...

• Fruit des observations quotidiennes et minutieuses de l’environnement du paysan, les dictons nous parviennent chargés de connaissances, transmises de génération en génération. Leur poésie souvent naïve, parfois maladroite, nous touche, nous étonne et nous amuse.
Ils concernent les astres, les saisons, les travaux des champs, les plantes, les animaux, les fêtes religieuses, les hommes… et le temps. Immuables, les dictons traversent le temps et font vivre la vie d’hier ; ils éclairent, malgré toutes les évolutions, celle d’aujourd’hui et annoncent, en dépit de tout, celle de demain.
La plupart d’entre eux ont été rassemblés par Gabrielle Cosson dans Inventaire des dictons des terroirs de France, publié aux Éditions Larousse en 1997 (Voir illustrations dans le portfolio). A titre d’exemple, en voici un qui nous rappelle les circonstances actuelles dont notre vie confinée dépend.
Brouillard dans la vallée,
Pêcheur fait ta journée,
Brouillard sur le mont,
Bonhomme reste à la maison. (Pas-de-Calais)
Jean-Noël Ferragut, mardi 24 mars, 10h13

• « On est tellement abasourdi, sans arrêt, par toutes les choses qui sont contre la vie.
Si on les laisse nous envahir, on se ferme, il ne nous arrive plus rien.
On ne fait plus qu’un avec toutes ses saloperies, on devient chiant pour les autres comme pour soi-même.
Ces jours où l’âme se fait lourde, ces soirs où l’on est fatigué de vivre et effrayé de mourir.
On en oublierait presque qu’on a un cœur qui bat, du sang chaud dans les veines, qu’on est fait pour être et désirer.
C’est dans ces moments-là qu’il faut savoir faire le vide, le propre.
Ne pas se réduire à ses refus, mais au contraire se faire le plus large possible, retrouver cette innocence qui, seule, peut nous donner la grâce.
Cela n’a rien à voir avec la volonté.
La volonté m’emmerde, elle m’enraye.
C’est juste une question de désir.
Ce désir qu’il faut aller chercher au-delà de tout ce qui nous pèse et nous encombre.
Lui seul peut nous ramener à la vie. »
Gérard Depardieu (Texte proposé par Dominique Le Rigoleur, lundi 23 mars)

• Je suis allé rechercher lundi un de mes enfants qui étudie en province afin qu’il ne soit pas confiné seul. Dans la nuit, sur l’autoroute de notre retour en sens inverse entre Paris et Limoges, ce n’était qu’un gigantesque encombrement… !
Le confinement, c’est aussi et surtout un comportement de civisme et nous devons être exemplaires.
Ce n’est pas seulement sauver sa peau, c’est engager une protection collective. Les Italiens ont contaminé l’entièreté de leur pays.
Ce matin, au Pré-Saint-Gervais, j’apprends le décès de notre marchant de pâtes "Carmelo", sujet à risque, il est parti en quelques heures. Une autre personne de ma famille est hospitalisée dans le coma et c’est le début d’une liste qui va tristement s’allonger. Je ne suis pas le seul à penser à nos parents âgés et isolés souvent peu conscients du risque.
Oui, je voulais rentrer dans le cycle des images, je trouvais cela une bonne proposition mais pas d’image dans ma tête car c’est le vide, l’inconnu, l’image est plutôt noire.
Ce que je retiens en ce moment serait sonore, les silences, plus de bruit de circulation du périf’ voisin, on entend quelques cris d’enfants venant des intérieurs et, à 20H, le rituel magnifique, les cris et applaudissements des si nombreuses personnes qui apparaissent aux fenêtres, geste dérisoire mais d’une grande beauté, voilà mon image.
Amis des campagnes, j’attends ce soir le 20H, pas la télé… le sentiment que nous ne sommes pas seuls et pouvons partager.
Dominique Gentil, samedi 21 mars, 15h44