King Guillaume

King Guillaume est l’histoire d’un couple qui hérite d’une île, non pas d’une île paradisiaque du Pacifique, mais plutôt un caillou aride battu par la Manche.
Nous avons recréé cette île en Bretagne (Finistère Nord) sur la commune de Porspoder, presqu’île de Saint-Laurent. Un des points les plus à l’ouest de France ce qui veut dire qu’au mois de juin, il y faisait encore jour à 23 heures, l’heure magique où le soleil découpe la côte en éclats d’or rouge.
Le château de Guerreland
Décor de King Guillaume de Pierre-François Martin-Laval, photographié par Régis Blondeau
© Photo Cécile Burban

La météo a été plus que clémente, nous avons dû même recréer un peu de pluie pour raccorder une séquence... Qui a dit qu’il pleuvait en Bretagne... ? Ce soleil généreux m’a filé un sacré coup de main pour révéler toute la photogénie du site.
J’ai opté très vite pour les extérieurs sur l’île pour la nouvelle vision 50 Daylight (5201) de chez Kodak, je voulais pour ces scènes une image pure et sans grain et surtout une pellicule capable d’encaisser au mieux les surexpositions inévitables dans le ciel. Avec l’aide et les encouragements de Pef (toujours très concerné par l’image) et comme je ne pouvais pour des raisons logistiques que très peu rééclairer (même tenir des toiles relevait de l’exploit en raison du vent).
Nous avons toujours axé nos scènes par rapport aux directions idéales du soleil, latéral, 3/4 contre ou contre mais jamais face pour éviter que la lumière n’écrase le tout et dessine mal le relief de l’île. Le plan de travail, avec l’impeccable première assistante Mathilde Cavillan, était réglé en fonction de tous ces paramètres en y incluant les marées... Une jolie prise de tête et un lot de contraintes pas évidentes que Pef (devant et derrière la caméra) a su intégrer à sa mise en scène.

Rare jour de pluie
© Photo Cécile Burban

Deuxième collaboration avec Pierre-François Martin-Laval (dit Pef) et je peux dire que ce tournage de King Guillaume restera parmi mes meilleurs souvenirs. L’ambiance avec les acteurs Florence Foresti en tête, Pierre Richard, Omar, Pef bien sûr, et tous les autres... (et même la participation de Terry Jones des Monty Python) était loin d’engendrer la morosité.
La complicité qui régnait sur ce film et la beauté du décor a enchanté toute l’équipe et le retour en banlieue parisienne pour nos dernières scènes fut autant un choc thermique que visuel. Nous nous y attendions et le redoutions, c’est pourquoi avec Pef et Franck Schwartz (le chef déco) nous avons fait en sorte de garder l’unité artistique du film, son côté décalé et anachronique (avec sa référence moyenâgeuse), sa dimension de conte burlesque chère à Pef. Les décors étaient choisis en fonction de cette volonté d’être " hors du commun ", au sens premier du terme. L’image du film s’est construite autour de cette idée de ne pas représenter un réel pur et dur.

Super Technocrane au soleil
© Photo Cécile Burban

Pour le reste du film, j’utilisais la Kodak 250D pour les intérieurs jour (5205) la 500T (5218) pour les nuits. Le film a été traité chez Eclair et Eclair Numérique pour les effets spéciaux. Le film a suivi dans un premier temps une filière photochimique, jusqu’à ce qu’un pépin au labo sur plusieurs bobines nous oblige à numériser un des tous premiers positifs étalonnés pour le restaurer. Ce fût, somme toute, un mal pour un bien. J’y perdais un peu de " pureté " argentique, mais avec mon étalonneuse préférée, Marjolaine Mispelaere, nous en avons profité lors d’une séance pour réajuster, vite fait bien fait, certains détails impossible en argentique, ensuite le film a été transféré sur polyester pour le tirage des copies. J’évitais du même coup l’agrandissement en 4 perf et les pertes de piqué dus au gonflage de mon négatif original en 3 perf (1:85).

Vent dans les cadres
© Photo Cécile Burban

L’équipe de King Guillaume :
Pour ce film, je retrouvais comme " gaffer " Jean-Pierre Lacroix avec qui j’avais débuté, et découvrais avec la même joie Xavier Embry pour la machinerie. Comme pour les 2 précédents films, Marie Decourt et Vanessa Guez m’assistaient à la caméra.

(Les photographies qui illustrent cet article sont de Cécile Burban, photographe de plateau.)

Technique

Pellicules : Kodak 5201 50 Daylight, 5205 250D et 5218 500T
Laboratoire : Eclair
Etalonnage : Marjolaine Mispelaere
Effets spéciaux : Eclair numérique
Matériel caméra : TSF Caméra, Arri 535 3perfs et objectifs Cooke S4
Matériel machinerie : TSF Grip
Matériel électrique : TSF Lumière