"Kodak et Rochester, combat pour une renaissance"

Par Arnaud Leparmentier

La Lettre AFC n°281

Dans le supplément "Eco&Entreprise" de son édition des 19-20 novembre 2017, le quotidien Le Monde a publié sur deux pages un reportage d’Arnaud Leparmentier, envoyé spécial à Rochester (Etat de New York), qui fait le récit de la lente mue de Kodak, « l’inventeur de l’appareil photo moderne qui a raté le virage numérique et entraîné la ville dans sa chute ». Extraits...

Le Monde, dimanche 19 - lundi 20 novembre 2017

Erreurs stratégiques, faillite, salariés licenciés... Les déboires de l’inventeur de l’appareil photo moderne tout comme sa mue impriment leurs marques sur la ville où tout a débuté.

Ils travaillent pour renflouer le passé. Ils sont 2 300 salariés et doivent développer leur entreprise pour payer les pensions des 16 000 vétérans britanniques de l’entreprise. C’est la curieuse histoire de Kodak Alaris, entreprise de Rochester née sur les décombres de la faillite de Kodak. Cette société a pour unique actionnaire le fonds de pension des anciens salariés britanniques de Kodak et pour objectif de leur verser leur retraite engloutie dans la catastrophe. Elle résume la douloureuse transformation de Rochester, au nord de l’Etat de New York, qui s’efforce de solder son passé industriel pour embrasser l’ère du numérique et des services. Renaître après l’effondrement d’une entreprise qui a fait travailler dans cette ville plus de 60 000 salariés au début des années 1980 et ne figure même plus dans la liste des dix premiers employeurs de la région. C’est l’histoire de Kodak après Kodak, de Rochester après Kodak.

Le drame se joue en 2013, lorsque l’ancien leader mondial de la photographie Kodak se déclare en cessation de paiement. L’entreprise fondée en 1892 par George Eastman (1854-1932) à Rochester rata le virage du numérique. Pour la ville, ce fut un traumatisme.

Pour la caisse de retraite des salariés britanniques, première filiale de la multinationale américaine, aussi : Kodak leur devait alors 2,8 milliards de dollars. Pour honorer ses dettes, Kodak choisit de liquider les 1 100 brevets qu’il détient dans le numérique. Le groupe espère alors en tirer 2,3 milliards, mais en temps de faillite, c’est la curée : Google, Amazon et autres géants n’en donnent que 530 millions. Cela ne suffit pas, le trou est béant : les 16 000 salariés britanniques s’apprêtent à faire une croix sur leur retraite, ou presque. La logique voudrait qu’à Londres le régulateur des retraites reprenne la main et verse aux retraités le minimum garanti, une pension de misère.

La vie après la faillite
Finalement, une solution peu orthodoxe est imaginée ; la caisse de retraites décide de reprendre des actifs de l’entreprise : 4 700 salariés, le droit à l’usage des brevets et de la marque Kodak, des bâtiments et des activités dans l’argentique, l’impression photographique et le scannage numérique. Ainsi naît Kodak Alaris, qui doit « valoir » 2,8 milliards de dollars pour que les retraités retrouvent leurs billes. « La raison d’être de cette entreprise, ma mission, c’est de payer la retraite de ces employés, ce qui est très noble », explique le Franco-Américain Marc Jourlait, 50 ans, qui a pris la tête de l’entreprise en janvier. « Si la boîte est revendue, découpée, introduite en Bourse, ce sera l’étape d’après. » Pour l’instant, il a vendu des terrains près de Londres, restructuré la dette et, avec un chiffre d’affaires inférieur à 1 milliard de dollars, se cherche un avenir.

L’argentique, d’abord, un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Kodak Alaris joue désormais sur le côté vintage pour donner au film une renaissance analogue à celle que connaissent les disques vinyle. [...]

Arnaud Leparmentier, Le Monde, dimanche 19 - lundi 20 novembre 2017

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Ci-dessous, quelques photos extraites du portfolio.