L’Enfant rêvé

Au départ de notre collaboration j’ai envoyé quelques images à Raphaël, images dont la lecture du scénario avait déclenché le souvenir. Une cabane en bois, une cheminée et les bras d’un homme qu’on aime : Tout ce que le ciel permet, de Douglas Sirk.

C’est la cabane où se retrouvent les deux amants. Un lieu idéalisé, un lieu dangereux. Le lieu du refuge par excellence. Au départ, dans le scénario, c’était "la cabane des contrebandiers". Au moment de tourner la scène avec Jalil Lespert et Louise Bourgoin, Raphaël avait retiré le mot "contrebandiers". Je trouvais cela dommage, c’est un film sur l’amour clandestin, un amour de contrebande... Le mot est finalement revenu. Les films sont faits de ces détails, souvent ils en sont le cœur.

La cabane des contrebandiers
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"Tout ce que le ciel permet", de Douglas Sirk (1955)
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"Tout ce que le ciel permet", de Douglas Sirk (1955)
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"Tout ce que le ciel permet", de Douglas Sirk (1955)
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J’ai repéré le décor de la scierie très en amont du film, c’était le décor principal, un personnage à part entière. En janvier, il faisait très froid dans le Jura, la région était entièrement sous la neige. Je connaissais peu le Jura et cet endroit m’a fasciné.

Photo de repérage de la scierie
Photo Céline Bozon

J’ai adoré parcourir, au petit matin dans ma voiture, tous ces paysages, je les découvrais tous les jours avec émerveillement. La brume, des chatoiements de lumière hallucinants… D’ailleurs nous avons fait une journée d’équipe B avec mon assistant, Romain Marcel, et mon machino, Gaston Grandin, où nous avons filmé la nature, les paysages dans des lumières magnifiques, solaires et intenses.

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Journée équipe B : Céline Bozon et Romain Marcel
Photo Gaston Grandin

Raphaël m’avait montré ce film magnifique de, et avec, Paul Newman sur un patriarche qui tient une scierie : Le Clan des irréductibles. Ce film a été une grande source pour notre film. Pour les paysages, le CinémaScope et les rapports familiaux aussi tendus que fermés. Mais aussi pour ses magnifiques plans aériens – qui a l’époque étaient faits en hélicoptère, ce qui leur donnaient une certaine fragilité émouvante. Je pense notamment à ce plan au-dessus de la rivière où Newman, envers et contre tout, trouve une solution pour ramener ses troncs d’arbre sur l’eau.

Paul Newman dans "Le Clan des irréductibles" (1971)
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Plan au drone
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C’est le premier film que je faisais avec Pierre Michaud, chef électro, et l’alchimie a fonctionné étonnamment. Il m’a poussé à une forme de simplicité et de classicisme. C’est dur à décrire mais c’est un endroit où je ne vais pas spontanément. C’était comme si mon "expressionnisme" naturel était contrecarré par son regard, franc, direct et son histoire à lui, sa vision de la lumière et de la technique. Pierre a fabriqué un système qui permettait de faire varier les lumières au sein d’un plan en intensité et en couleurs, ce qui est très riche en possibilités, comme un mixeur ; il est devant ses "faders" et voit l’image sur son écran, ce qui permet une grande souplesse et précision du geste. Il y a un grand bonheur quand un allié vous amène à un endroit où vous n’étiez jamais allé, comme une contrée nouvelle. Je crois que c’est pour ce genre de rencontre qu’on fait les films. Avec les metteurs en scène, c’est pareil. On rêve de d’éloigner de soi. Et de voir le monde avec un nouveau regard.

Le film est tourné en Scope avec des séries G (un immense merci à Patrick Leplat et à Panavision), optiques tellement magnifiques, et la Venice, que j’aime beaucoup mais qui m’a posé pas mal de questions à l’étalonnage, questions non encore résolues de mon côté, à suivre….

Bande annonce officielle


https://youtu.be/9PtyNdqlLHU

Portfolio

Crew

Premier assistant opérateur : Romain Marcel
Deuxième assistante opératrice : Alice Rebetez
Chef électricien : Pierre Michaud
Electriciens : Marco Beaurepaire, Jean-Sébastien Poüs, Margaux Rivera, Frédérick Vanard
Chef machiniste : Gaston Grandin
Machinistes : Maxime Boisbeaux, Jean-Marc Duez
Opérateur drone : Marc Didier (avec une première sur un gros porteur et la Sony Venice embarquée)

Technical

Matériel caméra : Panavision Alga (Sony Venice, série G anamorphique)
Matériels lumière et machinerie : TSF Lumière et TSF Grip
Postproduction : M141
Etalonnage : Christophe Bousquet

synopsis

Depuis l’enfance, François a consacré sa vie au bois. Celui des arbres des forêts du Jura, qu’il connait mieux que personne. Il dirige la scierie familiale avec sa femme Noémie, et tous deux rêvent d’avoir un enfant sans y parvenir. C’est alors que François rencontre Patricia, qui vient de s’installer dans la région. Commence une liaison passionnelle. Très vite, Patricia tombe enceinte. François vacille...