L’éditorial de janvier 2021

Par Gilles Porte, président de l’AFC

by Gilles Porte AFC newsletter n°315

Alors que les marins en tête de "la course à la voile autour du monde, en solitaire" viennent de passer le Cap Horn, voilà que nous entrons dans une nouvelle décennie avec des vagues dont les spécialistes ne cessent d’analyser les creux tout en étant incapables de nous dire aujourd’hui si le prochain printemps ressemblera au précédent. Dans La Nuit américaine, François Truffaut comparait les films « à des trains qui avancent dans la nuit » mais notre métier de "directeur(trice) de la photographie" ne s’apparente-t-il pas plus souvent à celui du marin qui s’engage dans des traversées avec son lot de surprises ?

Aujourd’hui, celles et ceux qui franchissent Le Cap Horn lors du Vendée Globe aperçoivent le phare le plus austral du monde dans une solitude volontaire alors que nous autres, sur terre, n’avons d’autres choix que d’envisager de voir la lumière collectivement...

Bien que je regarde très attentivement ces bateaux qui tournent autour de la terre "en solitaire", j’avoue prendre plus de plaisir à voyager "en équipage", sur un film de fiction ou au sein du conseil d’administration d’une association. S’il nous arrive aussi, en tant que "directeur de la photographie", d’être en plein cœur des "quarantièmes rugissants" et de se considérer tous comme des "concurrents", il me vient à la mémoire le sauvetage d’un marin, au large du Cap Horn lors d’une précédente édition, par un autre qui, en le sauvant, hypothéqua ses propres chances de victoire puisqu’il démâta à l’issue de son acte de bravoure*. La question d’intervenir ou pas ne s’était évidemment pas posée et avouons que parfois la question de "non-assistance en personne en danger" permet d’agir sans trop réfléchir !

Que cette année 2021 soit plus que jamais celle de l’"action", au sens collectif du terme, sans forcément omettre une certaine réflexion en amont !

Comme lorsque ce mot est scandé sur un plateau de cinéma après que le silence soit installé par l’assistant(e) réalisateur(trice), que le chef opérateur du son ait annoncé à tous qu’il tourne, que l’assistant caméra ait prévenu le machiniste afin qu’il puisse faire le clap et annoncer ainsi le numéro de la séquence, du plan et de la prise…

La coordination d’un collectif et le respect de nouvelles règles ont permis à beaucoup de continuer à tourner en 2020 et cela autorisera demain de rouvrir des cinémas afin que des films puissent à nouveau être projetés en grand et pas uniquement pour mieux apprécier les détails d’une image... Une émotion, cinématographique n’est-elle pas plus belle quand elle se partage à plusieurs ?

Afin de continuer à réfléchir ensemble, dès le début de l’année, différents corps de métier (réalisateur, chef opérateur du son, chef décorateur, directeur de la photographie, directeur de production, partenaires techniques, etc.), partageront des tables rondes dressées par l’AFC pour apporter leurs témoignages sur les différentes traversées qui ont conduit beaucoup d’entre nous à découvrir des rivages inconnus**.

Pour terminer avec des mots qui pourraient être gravés à la fois sur les quilles de voiliers qui prennent le large ou dans le métal des objectifs qui nous accompagnent, je voudrais citer un homme à l’origine d’une des plus formidables révolutions scientifiques du XIXe siècle :

« Savoir s’étonner à propos est le premier pas fait sur la route de la découverte. » (Louis Pasteur)

Bonne année à toutes et à tous !

* Sauvetage de Jean Le Cam : Vincent Riou raconte un "stress énorme" (Le Monde, 7 janvier 2009)

** Voir dans les détails les deux conférences organisées par l’AFC dans le cadre du Paris Images 2021, les 26 et 27 janvier.

En vignette de cet article, Guillaume Payen, Julien Marc et Olivier Ayrignac sur le tournage de Murder Party, de Nicolas Pleskof – Photo Gilles Porte