Le Skylab

J’ai de bons souvenirs de la psychose autour du retour sur terre du satellite américain Skylab. Pourtant, j’avais 9 ans et j’habitais à cette époque au bord de la mer Noire dans la ville de Varna, en Bulgarie. Je ne lisais que de la science fiction soviétique (oui ça existe !) et les profs d’école nous promettaient que lorsque nous serions grands, nous voyagerions dans l’espace.
En arrière-plan, Julie Delpy et Lobomir Bakchev, et, en avant-plan, Denis Ménochet
En arrière-plan, Julie Delpy et Lobomir Bakchev, et, en avant-plan, Denis Ménochet
Photo Pierre-Yves Le Mée


Alors, quand Julie Delpy m’a proposé, en mai 2010, de faire Le Skylab, je me suis dit que j’allais enfin faire un film de science fiction. Puis en entrant dans les détails, j’ai compris que ce n’était pas vraiment le cas.
Il s’agit plutôt d’une grande réunion de famille à la campagne. 27 personnes autour d’une table pendant six semaines de tournage qui représentent 24 heures dans le film et tout ça en Bretagne, en forêt de Brocéliande. J’ai alors su que les raccords lumière allaient être difficiles : 70 % du film sont tournés en extérieur jour. Nous avons bataillé entre le soleil et la pluie pour les raccords, mais surtout avec le plan de travail fait en fonction des disponibilités des nombreux comédiens. Plusieurs jours pouvaient séparer un champ de son contre-champ.

Nous avons tout de suite opté pour un tournage à deux cameras numériques. Malgré l’unité de lieu, le scénario était très dense et laissait la possibilité aux nombreux comédiens d’improviser. La caméra qui me séduisait depuis sa sortie était la Sony F-800.
Avec une tête (capteur caméra) meilleure que la Sony 900R, elle enregistre des datas sur un " prodisque " (DVD Blue Ray). Ce qui facilitait le stockage et la lecture des rushes. Par contre c’est un format d’enregistrement très compressé (50 Mb/s long GOP), c’est la raison pour laquelle nous avons fait quelques essais avant tournage chez Digimage, afin d’être sûrs de pouvoir arriver à un bon résultat sur grand écran. Les essais furent très satisfaisants.
Nous avions donc deux Sony F-800 en permanence, je cadrais la première et Fabrice Sébille la seconde.

En parallèle, je voulais utiliser le Canon 5D MK2 pour des prises de vues en intérieur voiture. Et la voiture devait être une Renault 4L, la petite taille de l’appareil photo me paraissait donc idéale. Mais les essais n’ont pas été concluants. Un capteur beaucoup trop contrasté, des couleurs qui changent du soleil à l’ombre. Une compression également peu intelligente avec des artefacts dès qu’on touche à la couleur. J’ai donc abandonné cette idée.
Juste avant le tournage j’ai appris l’existence de la " paluche " HD de Sony. Le nom exact est HDC-P1. C’est un petit boîtier carré sans viseur ni enregistreur, mais avec la même tête que la F-800 et surtout les hyper gammas font partie de la caméra, et du coup, j’ai pu avoir les mêmes préréglages sur les deux types de caméra, la F-800 et la HDC-P1.
Comme enregistreur, nous avons utilisé le nanoFlash de Convergent Design. Nous avons utilisé le même nanoFlash, en sortie HD-SDI, pour les prises de vues sur fond vert de la séquence de l’Eurostar tournée avec la F-800.
Evidemment, depuis le tournage de ce film, quelques nouvelles caméras font fureur sur le marché et le bonheur des opérateurs. Mes collègues en ont d’ailleurs déjà parlé.

Le film a reçu le prix spécial du Jury au festival de San Sebastian.

Portfolio

Équipe

Cadreur 2e caméra : Fabrice Sébille
1ers assistants opérateurs : Matthieu Normand et Ludivine Renard
Chef électricien : Lucilio Da Costa Pais
Chef machiniste : Pierre-Yves Le Mée

Technique

Matériel caméra : Panavision Alga-Techno (2 Sony F-800, paluche Sony HDC-P1)
Matériel lumière : Panalux
Matériel machinerie : KGS
Postproduction : Digimage
Etalonnage : Guillaume Lips