Le centenaire de l’ASC

Par François Thomas

La Lettre AFC n°295

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Dans le cadre du festival "Toute la mémoire du monde", du 13 au 17 mars 2019, la Cinémathèque française célèbre le centenaire de l’ASC. François Thomas, qui interviendra lors de la présentation de cet évènement, éclaire pour l’AFC certaines des facettes de cette association pour le moins historique.

La plus ancienne association professionnelle de chefs opérateurs au monde fête son centenaire en 2019.
Deux clubs distincts fondés en 1913, le Cinema Camera Club à New York et le Static Camera Club à Hollywood, avaient échoué à s’imposer, abandonnant leurs activités en février 1918. L’American Society of Cinematographers (ASC) a au contraire bénéficié d’une reconnaissance incontestée après sa création en 1919 à Los Angeles par d’anciens membres de ces clubs pour « faire progresser l’art grâce au sens artistique et aux avancées technologiques […] afin d’aider à perpétuer ce qui est devenu le moyen d’expression le plus important que le monde ait connu ».
Le premier film faisant suivre le nom du chef opérateur par la mention "ASC" au générique, en 1920, est le western Son meilleur ami, réalisé par Lambert Hillyer et photographié par Joseph August, cofondateur de l’association et futur collaborateur régulier de John Ford pendant deux décennies. L’ASC joue rapidement un rôle de conseil auprès des industries techniques, par exemple, avec Kodak, pour l’introduction de la pellicule panchromatique, en 1922, ou pour la conception d’une pellicule comportant une piste sonore, en 1927. Cette collaboration se poursuivra jusqu’à aujourd’hui dans tous les domaines, y compris la télévision, les effets spéciaux ou l’image numérique.

Dernière structure pérennisant plus encore ces activités hors des plateaux : la création, en 2003, du Motion Imaging Technology Council regroupant des membres actifs, des membres associés et des experts des industries techniques, qui réfléchissent aussi bien à la conception de nouvelles caméras ou au perfectionnement des optiques qu’à la projection sur grand écran ou aux exigences de la conservation des films. En 2014, l’ASC accueille son premier membre actif travaillant exclusivement dans le cinéma d’animation numérique, Sharon Calahan, directrice de la photographie de 1 001 pattes ou du Monde de Nemo chez Pixar. L’ASC s’est ouverte aux chefs opérateurs étrangers travaillant régulièrement aux États-Unis, et Bruno Delbonnel, Darius Khondji, Willy Kurant, Denis Lenoir, Philippe Rousselot ou Eduardo Serra partagent la double appartenance AFC, ASC, tout comme le Belge Glynn Speeckaert, SBC, et l’Américain Tom Stern, collaborateur de Clint Eastwood.

La revue mensuelle de l’ASC fondée dès 1920, American Cinematographer, consacrera des articles à ce centenaire dans chacun de ses numéros de 2019, et un numéro spécial en août. Les célébrations seront nombreuses dans le monde entier. En France, elles auront lieu du 14 au 16 mars à la Cinémathèque française dans le cadre du festival de films restaurés "Toute la mémoire du monde", car l’ASC est également vigilante sur le respect de l’image des chefs opérateurs. Au programme de cet hommage : le film de gangsters La Rafle (1928), de Lewis Milestone, éclairé par Tony Gaudio ; Les Tueurs (1946), de Robert Siodmak, et À bout portant (1964), de Don Siegel, deux adaptations de la même nouvelle de Hemingway, avec une image respectivement de Woody Bredell et Richard L. Rawlings ; Cotton Club (1983), de Francis Ford Coppola, que présentera son chef opérateur Stephen Goldblatt ; et The Cold Blue (2018), d’Erik Nelson, qui s’empare des rushes en 16 mm Kodachrome filmés principalement par William H. Clothier et William W. Skall pour un documentaire gouvernemental réalisé par William Wyler sur le rôle d’un bombardier de l’armée de l’air dans la lutte contre l’Allemagne nazie, et les associe à des témoignages contemporains pour en tirer une réflexion sur la bravoure et la conscience de la mort.