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Le cinéma numérique et la queue des comètes

Par Matthieu Poirot-Delpech, AFC

mardi 7 février 2012 - Modifié le 2/02

Il était d’usage, lors des tournages sur support argentique, de discourir de ce délicieux paradoxe du cadreur : il voyait tout sauf le film en train de se tourner. Ce phénomène dû à la visée reflex est simple à décrire : une fraction de temps était vue par l’opérateur, la fraction suivante était destinée à la pellicule. Le cadreur voyait " entre les images "… Cela pouvait parfois être handicapant : l’éclair qui avait été aperçu par le cadreur risquait de ne pas être vu par le spectateur... On s’en arrangeait finalement très bien.

Ce système avait aussi ses avantages : le cadreur voyait son sujet avant même que l’image ne soit impressionnée. Cette fraction de temps gagnée sur les évènements à filmer permettait d’anticiper et de coller au plus près de l’action. La visée " reflex ", qui date de 1937, portait donc bien son nom. Un acteur qui se lève brutalement, une gifle qui part, une assiette qui tombe… On était parfois " battu " mais on finissait toujours par y arriver.

Le cinéma numérique, qui semble aujourd’hui devoir supplanter une technologie plus que centenaire, nous apporte son lot de bonnes surprises, mais aussi de mauvaises. La disparition de la visée " reflex " sur la majorité des nouvelles caméras en fait partie. Les visées " électroniques ", qui équipent ces nouveaux outils, ont en effet le fâcheux défaut de nous montrer l’image avec un dixième de seconde de retard sur ce qui se passe devant l’objectif. Lorsque nous voyons l’acteur commencer à se lever, c’est qu’il est déjà debout, la deuxième gifle est déjà partie, l’assiette est déjà cassée.

Un constructeur, Arriflex, propose des visées " reflex " sur ses caméras numériques. Il est évident que ce dispositif est indispensable. Cependant, cette visée ne sera pleinement utilisable qu’à une condition : il faudra pouvoir placer les filtres de densité neutre entre le miroir et le capteur. Si cette condition n’est pas remplie, le cadreur risque, vu la sensibilité nominale de ces caméras, de se retrouver à cadrer dans un viseur bien trop assombri.

Le cinéma nous a permis longtemps de filmer des comètes, doit-on désormais se résoudre à ne montrer que leurs queues ?

1 Message

  • Le cinéma numérique et la queue des comètes Le 10 février 2012 à 10:25 , par berto

    Bonjour,

    A la suite d’une missive de Matthieu Poirot-Delpech concernant les visées électroniques, je voudrais vous faire part de mon sentiment.

    Le mois prochain, je vais cadrer mon premier film de long métrage en numérique... Je mesure la chance que j’ai eu à ne pas encore avoir à le faire... Quelle émotion... ou plutôt quelle angoisse. L’angoisse de ne plus voir ce que je vais cadrer aussi bien qu’avant. L’émotion d’un comédien, la beauté d’un décor, la sublimation de la lumière d’un chef op’ ...
    Après avoir fait le tour de toutes ces caméras numériques qui fleurissent même en hiver, et qui, j’en suis sûr, ont de plus en plus de qualités de reproduction des images, le constat est le même : personne ne s’est occupé de cette visée. La meilleure preuve est la nouvelle Red Epic ou le viseur et la qualité de la visée : strobe à la limite de le visibilité, la pire définition et en prime, un délai de plusieurs secondes...
    Avec un petit plus pour l’Alexa qui prend en compte le strobe par exemple et le réduit avec son système " smooth " et évidement
    l’Alexa Studio à visée optique qui sera malheureusement distribuée au compte gouttes,
    Et la nouvelle et très attendue Penelope Delta de Jean-Pierre Beauviala et sa visée optique.

    Je suis étonné que si peu de chef opérateurs, qui sont aussi cadreurs, ne se plaignent pas plus de cet état de fait, et ne le font pas " remonter " les infos auprès des constructeurs..
    Après tout, c’est notre principal outil de travail et ça le restera encore le plus longtemps possible...

    J’espère que je pourrais encore, comme j’en ai eu le plaisir depuis que je travaille, regarder à nouveau dans une caméra argentique... ou une caméra à visée optique et partager avec vous un plaisir qui je pense va m’échapper quelque temps...

    Bien à vous.
    Berto, cadreur / camera operator

    leberto chez free.fr
    00 336 08 71 28 82
    00 331 49 59 82 47

    www.berto-cameraoperator.com
    www.meltingpotagency.com
    www.imdb.com/name/nm0078151/

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