Les Herbes folles

Pour cette seconde collaboration, après Cœurs (sorti en 2006), Alain Resnais m’a proposé cette histoire d’Herbes folles (le titre est de lui), c’est-à-dire de ces herbes qui arrivent à pousser dans une fente de l’asphalte de la rue, ou dans un mur de pierre, là où il ne devrait pas y avoir de vie du tout. Un peu en écho à ses personnages qui tombent fous amoureux, sans se connaître...
« Je tourne pour voir comment ça va tourner », se plaisait à me dire Resnais. C’est un film construit en permanence dans l’expérimental... Que ce soit les sentiments complexes, contradictoires, inattendus de ses personnages, que les paris très étonnants et audacieux de sa mise en scène. Donc un travail passionnant pour un chef opérateur.

Pour ce film très coloré, et c’est un choix primordial de Resnais, j’ai continué le travail des couleurs entrepris sur Cœurs. Mais cette fois-ci, j’ai voulu éviter le côté " flashy " et kitch des gélatines colorées (qui servait très bien le propos d’un film où tout n’était qu’apparences, illusions, transparences...).
C’est pourquoi j’ai fait le choix de l’étalonnage numérique, qui m’a permis de travailler beaucoup plus subtilement le rendu des couleurs, et de les rendre plus ternes quand nécessaire. En référence aux comics américains des années 1940-50 qu’il aime tant.
Travailler chez Digimage a été précieux. Le professionnalisme, l’organisation, la technique (en coopération avec Arane pour le photochimique) ont été impeccables. Et c’est un lieu calme, convivial, où on parle encore avec passion de cinéma. Merci tout particulièrement à l’amitié de Tommaso Vergallo, et bien sûr au talent d’Isabelle Julien pour l’étalonnage.

Resnais voulait une caméra très " flottante " dans l’espace, aérienne. Il est beaucoup question d’avions dans ce film, et en particulier d’un Spitfire... Il y a beaucoup de points de vue élevés, de mouvements de grues. Et de Steadicam : c’est Kareem La Vaulée qui a opéré ces plans. Il a une très belle présence sur un plateau, il écoute, et interprète avec justesse des plans complexes...
Avec Alain, nous avons travaillé les mini ellipses (qu’il appelle syncopes, comme en jazz), les non raccords et les faux raccords (de lumière, de mouvements…), ainsi que les mouvements de lumières en studio... Et si le style visuel joue encore assez souvent avec le glamour, comme dans Cœurs, l’image est en général beaucoup plus contrastée, les personnages se retrouvant souvent dans la pénombre... L’étrange et l’inquiétant sont très présents dans Les Herbes folles.

Le tournage s’est déroulé essentiellement en studio à Arpajon, dans les toujours incroyablement inspirants décors de Jacques Saulnier. Mais la multiplicité des lieux nous a obligé à tourner aussi en décors naturels, qu’il a fallu raccorder avec une mise en images très théâtrale (adjectif qu’assume entièrement Resnais), très formelle. Donc le mot d’ordre était d’éviter tout naturalisme, et de rechercher l’artificiel… »

Technique

Tourné en Super 35 mm 3 perfs, format 2,35:1
Pellicule : Kodak 5219
Matériel caméra : Panavision Alga Techno
Matériel lumière : Transpalux
Matériel machinerie : KGS Panagrip