Les Hommes libres

Il s’agissait de ma première collaboration avec Ismaël Ferroukhi, réalisateur du Grand voyage.
Les Hommes libres se déroule en 1942, à Paris, sous l’occupation allemande. Tahar Rahim interprète un jeune émigré algérien, vivant du marché noir, qui va rentrer dans la résistance.
Tahar Rahim et Michael Lonsdale
Sur le tournage des Hommes libres d’Ismael Ferroukhi, photographié par Jérôme Alméras © Pyramide Distribution


Le film traite d’un fait historique assez méconnu : même si comme les autres institutions françaises de l’époque, la Mosquée de Paris a collaboré avec le régime de Vichy et les Allemands, son recteur, Si Kaddour Ben Ghabrit (incarné par le malicieux Michael Lonsdale), a fourni des faux papiers à certains résistants et des attestations d’appartenance à l’Islam à des Juifs. Ben Ghabrit, proche du Sultan du Maroc, qui lui-même protégeait les Juifs à cette époque, a pu notamment protéger un chanteur juif de musique arabo andalouse, Salim Hallali (interprété par Mahmoud Shalaby).
Ce film a le mérite et l’audace de montrer un aspect méconnu de l’histoire : le rapprochement, dans des moments dramatiques, des deux communautés juive et musulmane.

Après quelques essais comparatifs 35 mm et HD, le choix artistique de tourner au format Scope en 2 perfos – la recherche assumée d’une matière, d’une vibration – s’est imposé presque comme une évidence.
Le rendu chromatique de la HD, la gestion du rouge, et donc des carnations, paraissaient encore un peu délicats à Ismaël.
Le 2 perfos est sans doute, en fonction évidemment des projets, une bonne alternative au numérique.
Le résultat a été franchement à la hauteur de nos espérances.

Nous avons choisi de tourner avec les Kodak 5201, 5207 et 5219, les nouvelles pellicules étant trop saturées à mon goût.
Ismaël souhaitait « une image au service d’une histoire, pas trop envie de cette fameuse désaturation " historique " », il me parlait de contraste, de brillance, de la chaleur de l’été parisien avec ces ouvriers maghrébins, ces hommes de l’ombre, eux aussi dans la résistance ; il voulait avant tout une image réaliste, de la vie...

Nous avons travaillé avec sensiblement le même matériel que le film précédent Omar m’a tuer de Roschdy Zem, tourné lui en 3 perfos en revanche.
Une Arricam LT en 2 perfos donc au format 2,35 avec une série Master Prime, le zoom Angénieux Optimo 24-290 mm et le 28-76, que j’utilise très souvent depuis Secret défense de Philippe Haïm, outil idéal pour les séquences à l’épaule... accompagné de la géniale télécommande HF Preston 3, la seule à ne nous avoir jamais trahis sur aucun plan... J’avais découvert en tant qu’assistant le premier modèle Preston sur Betty Fisher de Claude Miller, matériel déjà extrêmement fiable et précis.
Une seconde Arricam cadrée par Simon Beaufils, un complice, est venue ponctuellement sur le tournage parisien et à Rabat au Maroc dans le Palais Tazzi, décor de la Grande Mosquée de Paris, pour laquelle nous n’avions pas reçu l’accord de tournage...

Un grand merci aux assistants opérateurs Simon Blanchard, Karine Arlot et Camille Clément pour leur dévouement, à Xavier Cholet, chef électricien et Damien Auriol, chef machiniste et leurs équipes pour leur disponibilité. J’ai la chance de travailler avec des gens passionnés... c’est mieux !
La chance d’avoir fait la lumière et le cadre sur ce projet, fresque historique ambitieuse...

Heureux et fier d’avoir été accueilli par mes pairs à l’AFC, je profite de cette première intervention dans ces colonnes pour remercier, encore une fois, tous les opérateurs qui m’ont fait confiance pendant ma carrière d’assistant, Gilles Porte et Jean-Jacques Bouhon m’ont ouvert la voie, Patrick Blossier, Pascal Ridao et Yves Angelo m’ont permis de passer à la photographie...
A bientôt, je finis en ce moment un film de François Ozon... tourné en Alexa, avec laquelle j’ai déjà fait deux autres longs métrages.

Équipe

2e caméra : Simon Beaufils
Assistants opérateurs : Simon Blanchard, Karine Arlot et Camille Clément
Chef électricien : Xavier Cholet
Chef machiniste : Damien Auriol
Etalonnage Marine Lepoutre

Technique

Pellicules : Kodak 5201, 5207 et 5219
Matériel Caméra : TSF, Caméra Arricam,
Optiques : série Master Prime, zooms Angénieux Optimo 24-290 et 28-76 mm
Matériel lumière et machinerie : TSF Lumière et TSF Grip
Postproduction : Laboratoires Eclair