Manoel de Oliveira, les quatre-vingts ans d’une vie de cinéaste

La Lettre AFC n°253

Le cinéaste portugais Manoel de Oliveira, auteur de près d’une cinquantaine de films et documentaires, s’est éteint, jeudi 2 avril 2015 dans sa demeure de Porto, à l’age de cent-six ans. Son œuvre, entamée à la fin du cinéma muet, aura survolé quelques huit décennies, et ses films, faits de longs plans fixes tels des tableaux et de lents mouvements de caméra, aura fait la part belle aux fausses apparences et à l’imaginaire.
Manoel de Oliveira devant un mur de carreaux de faïence du 17e siècle à Lisbonne en 2008
DR

« Ce que j’aime, c’est la clarté des signes alliée à leur profonde ambiguïté. C’est ce que j’aime en général au cinéma : une saturation de signes magnifiques qui baignent dans la lumière de leur absence d’explication. Voilà pourquoi je crois au cinéma. » (Manoel de Oliveira, cité par Alain Bergala dans Gilles Deleuze et les images)

Six directeurs de la photographie, entre autres, et les films de Manoel de Oliveira qu’ils ont photographiés
Renato Berta, AFC
- O velho do restelo (2014)
- Gebo et l’ombre (2012)
- Le Miroir magique (2005)
- Le Principe de l’incertitude (2002)
- Parole et utopie (2000)
- Inquiétude (1998)
- Voyage au début du monde (1997)
- Party (1996)

Manoel de Oliveira et Renato Berta
DR


Sabine Lancelin
- L’Etrange affaire Angelica (2010)
- Singularités d’une jeune fille blonde (2009)
- Christophe Colomb, l’énigme (2007)
- Belle toujours (2006)
- Le Cinquième empire (2004)
- Je rentre à la maison (2001)

Emmanuel Machuel
- Un film parlé (2003)
- Porto de mon enfance (2001)
- La Lettre (1999)

Mário Barroso
- Le Couvent (1995)
- La Cassette (1994)
- Val Abraham (1993)
- Le Jour du désespoir (1992)
- Les Cannibales (1988)
- Mon cas (1986)

Elso Roque
- Non, ou la vaine gloire de commander (1990)
- Le Soulier de satin (1985)
- Visita ou Memórias e Confissões (1982)
- Francisca (1981)
- Benilde ou a Virgem Mãe (1975)

François Ede
- Nice - À propos de Jean Vigo (documentaire, 1983)

Parmi les nombreux prix obtenus par Manoel de Oliveira
En 1985, le Festival de Venise attribue un Lion d’Or spécial pour Le Soulier de satin et, en 2004, un Lion d’or pour l’ensemble de son œuvre.
En 1992, le Festival de Locarno lui remet un Léopard d’honneur pour l’ensemble de son œuvre et pour son film Le Jour du désespoir.
En 1999, le Festival de Cannes lui décerne le Prix du jury pour La Lettre et, en 2008, une Palme d’or d’honneur.
En 2004, Camerimage lui décerne un Prix pour l’ensemble de son œuvre de réalisateur.
En 2007, il reçoit un Prix d’honneur du Cinéma Européen.
En 2009, le Festival de Berlin lui attribue une Berlinale Camera.
Fin 2014, les insignes de Grand officier de la Légion d’honneur lui sont remis par Jean-François Blarel, ambassadeur de France au Portugal.

Cinémathèque française


« Il ne faudrait vraiment pas que l’on se contente de garder en mémoire, à propos de Manœl de Oliveira, qu’il fut le cinéaste en activité le plus âgé de toute l’histoire du cinéma mondial. Ce serait faire un sort injuste à sa mémoire. Car il fut bien plus que cela, un très grand cinéaste, né en 1908 à Porto, sa ville, qu’il a filmée et qu’il aimait, auteur d’une soixantaine de films, courts ou longs, voire très longs – son adaptation du Soulier de satin, d’après Claudel, œuvre magnifique, autant lyrique que plastique, durait six heures cinquante. » (Lire la suite de l’hommage rendu par Serge Toubiana à Manoel de Oliveira)

Renato Berta évoque sa collaboration avec Manoel de Oliveira, 2011

http://www.dailymotion.com/video/xhg2ya_renato-berta-parle-de-manoel-de-oliveira_shortfilms

France Culture


En septembre 2009, à la sortie de Singularités d’une jeune fille blonde, "Tout arrive !", le rendez-vous quotidien de l’actualité critique culturelle d’Arnaud Laporte, recueillait les propos de Manoel de Oliveira et ceux de sa directrice de la photographie, Sabine Lancelin (à partir d’environ 12 minutes 47 secondes).