Où Renato Berta, AFC, évoque son travail auprès du cinéaste Philippe Garrel

La Lettre AFC n°276

Dans un entretien publié dans le quotidien Libération du mercredi 31 mai, le directeur de la photographie Renato Berta, AFC, évoque son travail auprès du cinéaste Philippe Garrel, amateur de contraintes formelles et d’expérimentations. Extraits...

« Philippe Garrel m’a laissé essayer des choses que je n’avais jamais faites. »

Renato Berta nous dit que sa chance est de n’avoir été le « chef op’ attitré de personne », ce qui lui a permis de travailler avec une multitude de cinéastes aussi importants et différents que (entre autres) : Alain Tanner, Daniel Schmid, Jean-Marie Straub et Danièle Huillet, Jean-Luc Godard, Eric Rohmer, Jacques Rivette, Louis Malle, André Téchiné, Paul Vecchiali, Alain Resnais, Claude Chabrol, Manoel de Oliveira. Après L’Ombre des femmes (2015), L’Amant d’un jour est sa deuxième collaboration avec Philippe Garrel. Il prépare déjà son prochain film.

A quelle étape de la fabrication du film commence votre travail avec Philippe Garrel ?
Sur L’Ombre des femmes, j’avais été un peu parachuté juste avant le tournage mais, sur L’Amant d’un jour, j’ai travaillé avec lui très en amont. Philippe pense ses films comme devrait les penser un producteur : dans leur totalité et en sachant très bien distribuer toutes les énergies à sa disposition. Dès l’écriture du scénario, il veut savoir de combien de personnes et d’argent il aura besoin, et quelles techniques il utilisera. En ce moment, il écrit son prochain film, il sait qu’il sera en couleurs et nous avons déjà des discussions sur le format, sur l’image…

Il sera aussi réalisé en pellicule ?
Philippe ne veut pas entendre parler du numérique. Et le meilleur argument pour continuer à tourner en 35 mm est la simplicité. C’est plus rationnel et conforme aux besoins d’un cinéaste comme lui. Les techniques numériques sont inutilement compliquées. Ceux qui inventent ces caméras n’ont aucune idée des besoins d’un tournage, ils proposent des tas de fonctions et de possibilités qui ne servent strictement à rien.

Philippe Garrel tourne dans l’ordre chronologique des séquences, était-ce une expérience nouvelle pour vous ?
Non. Avec Rohmer, on a tourné Les Nuits de la pleine lune de la même manière, en faisant des allers-retours dans les décors. Ça permet de réfléchir en avançant plan par plan et de mieux intégrer ce qu’il se passe sur le tournage. L’important est de se préparer, de poser les problèmes et de les résoudre à l’avance.
Avec Philippe, on fait des repérages sérieux en nous interrogeant sur chaque plan. Et après, on peut tourner rapidement. Lors du premier jour de tournage de L’Amant d’un jour, on a filmé en une nuit la partie qui débute par Esther Garrel pleurant dans la rue et qui se termine lorsqu’elle entre dans l’appartement de son père. De longs plans, dont certains avec des panoramiques, qu’il serait impossible de filmer si vite sur un tournage normal. [...]

(Propos recueillis par Marcos Uzal)