Où sont-ils ?

Par Marc Galerne, K 5600 Lighting

by K5600 Lighting AFC newsletter n°248

Lors de cette édition de Camerimage, nous avons sponsorisé avec Transvideo, une discussion sur l’Equipe Image. Probablement le seul événement où il n’était pas question de technique (ni de vendre quoique ce soit) mais de relations entre les gens et leurs interactions.

En préparant le panel avec Benjamin Bergery, qui modérait la discussion, nous nous sommes demandé ce qui pouvait intéresser un auditoire d’étudiants et de professionnels. Benjamin a eu l’idée de procéder chronologiquement, en commençant par la préparation, les repérages, les tests caméras, les réunions de production et ensuite aborder le tournage.
A peine la première question posée, le ton fut donné par les interventions de Matthew Libatique, ASC (Black Swan, Iron Man 1&2) et Dick Pope, BSC (Mr. Turner, The Illusionist). Avec humour et dérision, les deux chefs opérateurs ont enchaîné les anecdotes croustillantes de leurs expériences, bien différentes et pourtant si proches. Rapidement, les autres speakers, qu’ils soient gaffers, DIT, assistants caméra ou opérateurs Steadicam, y ont été de leurs avis sur le paradoxe qu’il y a entre la production et la réalisation avec le reste de l’équipe, voire du monde réelle.

Et chacun d’évoquer les repérages bâclés, les réunions interminables qui n’aboutissent à rien de concret, les modifications de scénario le matin même du tournage alors que 350 personnes attendent sur le plateau. Les choix de décors sans tenir compte de la logistique parfois lourde que cela entraîne parfois. Le manque de discipline des comédiens qui passent plus de temps à faire les cabots pour le " making of " du DVD que de se préparer à tourner.
L’absence de respect des marques qui est devenue une pratique de plus en plus acceptée. La surproduction de datas à traiter en postproduction car les réalisateurs demandent aux opérateurs de laisser tourner les caméras entre les prises, emmagasinant dans la foulée la mise en place de centaines de figurants entre chaque prise tel un documentaire long et ennuyeux sur le tournage d’un film.

A croire qu’ils cherchent plus d’images pour le " making of " que pour le film lui-même. En résumé, l’absence de rigueur et de professionnalisme des personnes en haut de la pyramide, l’absence de connaissances techniques et de respect pour les personnes et leur travail. Leur éloignement de la réalité du tournage et des impératifs de chacun : tout ceci n’est pas sans rappeler la politique et ceux qui gouvernent le monde.
En face d’eux, des techniciens et des ouvriers qui, pour faire bien leur travail, donnent de leur temps gratuitement, se préparant en cachette, presque dans la honte, deux semaines à l’avance comme me confiait le DIT. Applaudissements dans la salle, rires partagés par un public de professionnels qui retrouvaient bien leurs propres expériences et des étudiants somme toute effarés de se rendre compte que leur avenir n’est peut-être pas aussi différents de ce qu’ils vivent sur leurs courts métrages, en termes d’économie. Malgré cette bonne humeur, c’est un sentiment amer qui subsiste dans les discussions qui s’en suivent.

Alors? Où sont-ils ?
Les producteurs et les réalisateurs qui n’entendent pas ces paroles pleines de bon sens : plus de rigueur sur le plateau et plus de temps de préparation lorsque l’équipe est réduite font gagner du temps sur le plateau et permettent d’avantage de possibilités créatrices.
En tout cas, ils n’étaient pas dans cette salle, ni même à Camerimage, et c’est bien dommage. Ils auraient appris plein de choses importantes (leur métier). Ceci dit, ils n’ont pas besoin d’aller dans une ville perdue de Pologne, il suffit qu’ils écoutent ce que les équipes tentent de leur faire comprendre. Peut-être devrions-nous faire venir des étudiants en production et en réalisation l’année prochaine ?