Echange de photogrammes entre deux continents !

Par Gilles Porte, AFC
Combien sommes-nous, techniciens, réalisateurs, comédiens, producteurs, distributeurs, à nous interroger afin de savoir si un film sur lequel nous nous sommes investis sera sélectionné au prochain Festival de Cannes ? Au cours de l’attente, certains se rassurent en se disant que ce serait peut-être mieux que le film ne fasse pas un voyage jugé trop risqué…

C’est vrai qu’à la sortie du festival, l’expérience cannoise varie beaucoup en fonction de l’expérience traversée : « Alors ? "Canne" ou "Bâton" ? »
Sans attendre le résultat de toutes les sélections, le cinéaste Safy Nebou et moi-même sommes partis pour tourner au Mali un documentaire dont le sujet est le devenir d’orphelines recueillies dans les rues de Bamako…
Loin de moi l’idée d’opposer les paillettes du plus grand festival de cinéma du monde à une autre réalité – une actrice célèbre s’y est déjà risquée lors de la remise d’une palme, aussi je vous promets que je m’y abstiendrai – mais pour prendre un peu de distance, un voyage en dehors des autoroutes des tankers, n’est-il pas souvent la meilleures des réponses ?
C’est un peu dans cet esprit que j’étais parti en Sibérie – par moins 40° – après les tragiques événements du 7 janvier…

A l’heure où j’écris ces mots, il fait + 48° à l’ombre… Questions vêtements, ma valise a été plus facile à boucler pour l’Afrique de l’Ouest mais beaucoup plus délicate en ce qui concerne matériel, pour la bonne et simple raison qu’au Mali, je suis le seul technicien à bord… Pas d’assistant… Pas de machiniste ou/et d’électriciens…
Retour aux fondamentaux : deux Sony Alpha 7S… deux disques durs externes d’un tera… un sac à dos photo… deux micros… dix batteries… quatre chargeurs… un Mac portable… un lecteur de disquette… deux monopodes… un pied… et beaucoup de câbles…
Ça va être bon pour la mémoire ce film !

A Bamako, ma chambre d’hôtel ressemble à un petit magasin d’électronique… A Bamako, je repense à Samuel, plus au sud encore…
Samuel avait fait les back-up de plus d’un millier d’enfants filmés derrière une vitre avec deux caméras : c’était bien beau de faire le tour du monde mais encore fallait-il être bien accompagné !
Quand j’ai proposé – il y a un peu plus d’un an – à Samuel de partir en Sibérie avec moi, il n’était plus disponible ! Non pas qu’il s’était embourgeoisé mais on venait de lui proposer son 1er long métrage comme directeur de la photographie !
Samuel avait un pincement au cœur quand je l’ai croisé dans un café parisien, au mois de décembre : « La Sibérie en hiver, merde, ça doit avoir de la gueule, Gilles ! » (sic) Mais une page se tournait et c’est bien aussi que des pages se tournent, Samuel !

Pendant que Samuel (directeur de la photographie), Sacha (réalisateur) et Claire (directrice de production) tournaient dans l’océan Pacifique une partie de Mercenaire et moi, près du lac Baïkal, Les Forêts de Sibérie, Samuel et moi échangions des e-mails avec quelques photogrammes… Peu de mots… Beaucoup d’images fixes… Lui en 2,40, moi en 1,85
Aujourd’hui, lundi 18 avril 2016, alors que je transpire en rentrant dans les menus de ces foutus Sony Alpha 7S sous les pales d’un énorme ventilateur, un mail me parvient d’Afrique du Sud où Samuel tourne un autre documentaire : « Mercenaire est sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs !!! »
Même si j’ai le sentiment que Samuel sera toujours plus à l’aise une caméra sur l’épaule que sur un tapis rouge en train de se demander pourquoi il n’a pas pu prendre ses chaussures beiges pour gravir des marches, je suis certain que Cannes sera une bonne chose pour Mercenaire car s’il y en a bien un qui ne mérite pas le bâton, c’est bien Samuel !

Echange de photogrammes entre la Russie et l’océan Pacifique

Raphaël Personnaz dans "Les Forêts de Sibérie"
Photo Gilles Porte
Toki Pilioko dans "Mercenaire"
Photo Samuel Lahu