Patrick Grandperret, Pierre Chevalier et Jérôme Minet réunis

Par Agnès Godard, AFC

par Agnès Godard La Lettre AFC n°296

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Patrick, Pierre et Jérôme réunis. Patrick et Pierre sont partis ensemble le week-end dernier, Jérôme s’est absenté il y a dix ans déjà. Patrick Grandperret, Pierre Chevalier et Jérôme Minet, les trois producteurs de Beau travail, de Claire Denis, ne sont plus là.

Chacun a ses raisons.
Parce que tout le monde pensait que la logistique du film était impossible, Patrick voulait le produire à tout prix.
Parce qu’il était quand même assez difficile de se représenter ce que serait le film, Pierre n’avait qu’une envie, satisfaire sa curiosité de le voir.
Parce que Jérôme lorsqu’il est arrivé n’a eu de cesse de tendre vers un seul but : trouver comment c’était possible.
Enfin suivre avec Claire la trace de Bruno Forestier, le déserteur du Petit soldat* n’y est pas pour rien.

Ils sont tous venus à Djibouti.
Ils ont regardé. Sans un mot. Avec une lueur joyeuse dans les yeux. Quand ils ne riaient pas comme les Djiboutiennes hilares qui nous observaient, se demandant ce qu’on était en train de faire. Imaginez des légionnaires comme un corps de ballet au son du Billy Bud, de Benjamin Britten, sortant le souffle court d’un ghetto blaster de fortune.
Imaginez l’attaque stratégique, mitraillette en main, d’un bâtiment inachevé, abandonné, inoffensif…

… Une séquence à filmer sous l’eau. On avait préparé une caméra DV, enfin préparé, c’est-à-dire mise dans un sac plastique, mais je ne savais pas rester au fond avec des bouteilles. Patrick était ravi, il allait le faire. Je me suis maudite quelques instants le matin où il s’est enfoncé dans l’eau, il était pâle d’une nuit gourmande de khat, les petites feuilles vertes de Djibouti. Tous ses plans sont dans le film.

Ils y croyaient, on y croyait. Sans même jamais voir une seule image pendant le tournage.
Nous sommes plusieurs à être encore invités à venir présenter le film à l’autre bout du monde, comme le rappelait Denis Lavant lundi au Cinéma des Cinéastes.

Claire y évoquait cette anecdote.
Patrick était seul en repérages sur la plage du Malgache. Nous allions y tourner, c’était une des rares où la mer est non seulement hospitalière mais irrésistible de clarté.
Patrick n’a pas résisté. Il s’est retrouvé au poste de police, nu et dépouillé !

Ce petit épisode pourrait bien être la meilleure façon de décrire sa vie, de décrire leur rencontre qui s’est soudée autour d’un but défini : produire.

« … Car un homme doit s’élever au-dessus de l’ordinaire pour pouvoir faire, de la simulation comme de toute autre chose, un beau travail. »
(William Faulkner, Lumières d’août).

* Michel Subor

En vignette de cet article, portrait de Pierre Chevalier pour France Culture - Photo Pierre-Emmanuel Rastoin.